Fils de GI débarqué en Normandie, il retrouve son demi-frère américain à l'âge de 72 ans

A gauche, andré Gantois ( 72 ans ) et à droite Allen Henderson, 65 ans. Un air de famille incontestable. / © Allenhenderson
A gauche, andré Gantois ( 72 ans ) et à droite Allen Henderson, 65 ans. Un air de famille incontestable. / © Allenhenderson

C'est une histoire incroyable. Celle de deux demi-frères qui ont vécu de chaque coté de l'Atlantique sans savoir que l'autre existait. A 72 et 65 ans, ils se sont trouvés grâce à un simple test ADN. Ensemble, ils vont revenir sur les traces de leur papa qui a débarqué à l'âge de 19 ans, à Omaha.

Par Alexandra Huctin

Allen Henderson ( à droite) et André Gantois ( à gauche) au même âge, avec leur 7 ans de différence.
Deux frères. / © Allenhenderson
Allen Henderson ( à droite) et André Gantois ( à gauche) au même âge, avec leur 7 ans de différence. Deux frères. / © Allenhenderson

Enfant de la guerre


C'est une histoire comme il y'en a eu des milliers pendant la guerre. Irène, la maman d'André Gantois est tombée amoureuse d'un beau GI alors qu'elle était du côté de la résistance. Ils se sont croisés sur le front de l'Est. Lui combattait entre le Luxembourg et l'Allemagne. 
Jamais, elle n'a dit à son GI qu'elle était enceinte. 
Irène est morte très jeune, alors que son fils n'avait que 15 ans. Le laissant orphelin de tout : avant sa mort elle n'a rien révélé sur son père, ni son nom, ni son prénom. 


Chercher une épingle dans un meule de foin


Leur père s'appelait Bill Henderson. Il était conducteur de char et tireur d'Elite pendant la guerre.
Irène, la mère d'André était la soeur d'un résistant déporté à Buchenwald. Elle habitait Nancy et quand les américains sont arrivés dans l'Est, elle s'est naturellement engagée aurpès d'eux en tant qu'infirmière. "Elle les a suivi jusqu'à Manheim et c'est là qu'elle a rencontré Bill, alors blessé ", explique Carine, la belle-fille d'André Gantois. 
 
Irène s'était engagée comme infirmière sur le front de l'Est auprès de l'armée américaine, alors que son frère, résistant, venait d'être déporté. / © familleGantois
Irène s'était engagée comme infirmière sur le front de l'Est auprès de l'armée américaine, alors que son frère, résistant, venait d'être déporté. / © familleGantois


Après la guerre,Bill est retourné aux Etats-Unis. Mais avant de partir, il est revenu chercher sa dulcinée à Nancy, Irène . "Des témoins l'ont vu avec elle. Il a essayé de la convaincre de le suivre mais elle ne voulait pas quitter sa mère qui venait d'apprendre la mort de son fils, déporté."

André a été conçu en mars 1945.  

Et la vie, malgré les blessures, a continué : Bill de retour chez lui, a eu,ensuite, 2 enfants :  une fille, Judy  et un garçon, Allen.
Bill est décédé en 1997 et est enterré à Los Angeles. Il est mort sans n'avoir jamais su qu'il avait en France, un fils. Jamais il n'a parlé d'Irène, à ses enfants.

son fils "français" (André)  le recherche depuis des années et  vient seulement de retrouver sa famille américaine grâce aux tests ADN. 


Lancé dans une quête éperdue pour trouver son père, il avait 20 ans à sa première tentative et à l'ambassade des Etats-Unis à Paris, on le laissa sans réponse .
"On m'a répondu que ce que je demandais, c'était comme chercher une épingle dans une meule de foin."
Les autorités américaines étaient sceptiques à l'idée qu'il fasse des recherches pour obtenir des aides, affirme son fils et avocat Alexandre.
Jusqu'à ce que sa belle-fille l'oriente vers un institut américain spécialisé en recherche d'ADN. "C'était une recherche inespérée. De toute façon, je disais toujours que je mourrais sans connaître mon père", confie à l'AFP ce retraité, ancien fonctionnaire de La Poste.

L'aide d'une association américaine spécialisée dans les tests génétiques

 En juillet, il reçoit deux éprouvettes et deux bâtons, effectue un prélèvement dans la bouche qu'il envoie aux Etats-Unis. Il ne sait pas que trois semaines avant lui, cette entreprise a été chargée, par la famille Henderson, de mener une recherche généalogique basée sur l'ADN.

 Les résultats tombent début août: "les tests se sont croisés et l'agence a déterminé que j'avais un frère aux Etats-Unis et que j'étais de famille américaine", raconte André Gantois encore "retourné" par son histoire.

De son côté, son frère américain,  Allen Henderson, explose de joie comme le montre ce post Facebook ci-dessous, publié en août dernier, alors qu'il échange depuis quelques semaines avec ce frère tombé du cile et qu'ils découvrent leur ressemblance : 

Si on sait notamment que quelque 200.000 Français sont nés de soldats allemands, il n'existe, faute d'étude sérieuse à ce jour, aucun chiffre officiel sur les enfants nés de soldats alliés, souligne Emmanuel Thiebot du Mémorial de Caen.

 

André et Allen vont passer ensemble du temps en Normandie, ce lundi 24 septembre 2018. Ils seront ce lundi après-midi sur les traces de leur père, Bill, à Omaha et au cimetière américain de Colleville-sur-Mer.

Une horde de journaliste les attendait ce lundi 24 septembre 2018 au cimetière américain de Colleville, pour écouter leur histoire
Crédit photo / F3 Normandie- Aurélie Misery:


A cette occasion, les deux frères ont pu préciser leur histoire. 
Bill Henderson était donc bien revenu chercher Irène Gantois, la maman d'André à la fin de la guerre .
Ce sacrifice d'elle-même pour rester près de sa mère, c'est une décision forte qui la rendit malheureuse toute sa vie. " Elle est morte de la tuberculose à 37 ans et ne m'a jamais rien dit. C'est ma grand -mère qui m'a raconté que j'étais un enfant de la guerre quand je me suis retrouvé seule avec elle. Mais elle ne connaissait pas ni le prénom, ni le nom de mon père", explique André Gantois.



Quant à Bill, amoureux fou éconduit, il porta la cicatrice en lui sans ne jamais rien lâcher à ses enfants, de son vivant. 
Comme beaucoup de contemporain de la guerre, les blessures se sont portées en silence jusqu'au dernier jour... Combien n'ont jamais parlé?


 
© auréliemisery
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les frères Gantois-Henderson en Normandie pour leurs retrouvailles en France

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