Plysorol, le mystère de la forêt gabonaise

Publié le Mis à jour le
Écrit par CB et AFP

Le groupe disposait des droits d'exploitation sur 600 000 hectares de forêt au Gabon.

Une mine d'or, un trésor, qui a fait l'objet d'obscures batailles entre les deux derniers repreneurs de Plysorol et a fini par échapper au groupe.

Ces droits ont été acquis après la Seconde guerre mondiale par la société Leroy, ancêtre de Plysorol. Ils sont précieux car c'est de ces forêts qu'est tiré l'okoumé, composant clé du contreplaqué.

Or le gouvernement gabonais les a retirés en décembre 2011 à Leroy Gabon, filiale de Plysorol International, au motif que le cahier des charges d'exploitation n'était pas respecté.

Puis il les a, au vu des "investissements effectués", attribués en févier 2012 au groupe John Bitar and Co, une autre société de l'entrepreneur libano-ghanéen Ghassan Bitar qui a racheté Plysorol en octobre 2010.

C'est ce qui ressort d'un rapport d'expertise ordonné en juillet par le tribunal de commerce de Lisieux, dont l'AFP a eu une copie.

Me Philippe Brun, l'avocat du comité central d'entreprise dit y voir "la preuve qu'il y a eu spoliation des forêts gabonaises" par M. Bitar contre qui il a demandé des sanctions pénales et dénoncé les "tours de passe passe".

Mais pour le procureur de la République de Lisieux Bruno Dieudonné, les choses ne sont pas si claires. Il y a certes "effectivement des petites zones d'ombres concernant les échanges entre M. Bitar et le gouvernement gabonais" mais "pour l'heure" il n'est pas question de poursuivre le Libano-ghanéen.

Le rapport montre combien le précédent propriétaire de Plysorol, le patron de la société Honest Timber, le Chinois Guohua Zhang, a tout fait pour empêcher Bitar de faire valoir ses droits.

M. Zhang, propriétaire de Plysorol entre avril 2009 et l'été 2010, a ainsi laissé les filiales gabonaises exsangues après de nombreux actes délictueux, selon le rapport.

"L'opérateur chinois a détourné l'ensemble du matériel affectés à l'exploitation forestière de Leroy Gabon", et laissé les sociétés "dans une situation financière très dégradée", selon cette source.

Il a fallu qu'une décision de la cour de Cassation au Gabon tranche en faveur de M. Bitar en 2011, après de multiples rebondissements.

Selon une source judiciaire, la valeur des droits est en outre à relativiser depuis que le Gabon a interdit en 2010 l'exportation des grumes non transformés, alors que le projet de Plysorol était d'opérer "le déroulage" du bois sur place mais d'effectuer le "plaquage" en France.

Les deux sociétés gabonaises de Plysorol, Leroy Gabon et Pogab, emploient 340 personnes, selon un avocat de Bitar.

Liquidation judiciaire

Rappelons que ce jeudi 6 septembre, la justice a prononcé jeudi la liquidation de Plysorol, ultime épisode d'une agonie de plusieurs années pour les 277 salariés français convaincus que l'ex-leader européen du contreplaqué a été spolié de ses précieuses forêts au Gabon par ses repreneurs.

"Voleur", ont crié des salariés lorsque Ghassan Bitar a quitté en voiture le tribunal de commerce de Lisieux, siège de la société qui employait au début des années 2000 encore plus de 1 000 personnes en France selon la CGT.

Pour la secrétaire CGT du comité central d'entreprise (CCE) , Marie-Christine Malet, "nous avons affaire à un véritable patron voyou qui est venu piller les richesses de la société avant de laisser 280 personnes sur le carreau".

L'entrepreneur n'a pas apporté les 700 000 euros promis en juillet et qui étaient indispensables à un plan de continuation.

C'est la seconde fois en moins de quatre ans qu'un repreneur de Plysorol part sous les huées des salariés, moins de deux ans après avoir été accueilli en sauveur.

En 2010, c'était le Chinois Guohua Zhang, qui laissait l'entreprise à l'agonie. Il fait toujours l'objet d'une enquête pour abus de bien social et banqueroute.

"Comment voulez-vous que les gens ne pètent pas un câble? On est écoeurés que l'Etat laisse faire ça", a lancé Nadège Mallard, déléguée CGT du site de Fontenay-le-Comte, en Vendée.

Plysorol emploie 112 personnes dans son usine, 70 à Lisieux, siège de la société qui y produisait du contreplaqué depuis 1912, et 95 à Epernay,dans la Marne.

"Depuis 2008, c'est la douzième ou quinzième fois qu'on vient au tribunal. Bitar semblait crédible pourtant. Il connaissait nos produits, nos machines. Et puis, en fait, sa seule finalité comme pour Zhang, c'est la forêt du Gabon", a confié Daniel Delacrouée, 59 ans, responsable des achats à Lisieux.

La série noire a démarré en novembre 2008. Plysorol, alors filiale française du groupe portugais Sonae Industria, appelée Isoroy jusqu'en 2000, est placée en redressement judicaire. A l'époque déjà, une déléguée syndicale estimait que les chances de retrouver un repreneur étaient minces.

En mars 2009, Guohua Zhang, via sa société Honest Timber ("bois honnête") rachetait Plysorol, en promettant de conserver les 470 emplois d'alors pendant trois ans.

Une proposition du groupe Bitar, avec 50 suppressions d'emploi, est alors écartée par le tribunal de commerce.

Un an plus tard, Plysorol dépose son bilan. Et en octobre 2010 Bitar est choisi comme
repreneur, moyennant la suppression de 151 emplois. Une expertise atteste alors de son sérieux.

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