Polémique dans le Perche autour d'un projet de trois unités de méthanisation dans la commune de Saint Mard de Reno

Dans le Perche, un vent de colère est en train de monter. Trois agriculteurs d'une petite commune ont chacun déposé un permis de construire afin de se lancer dans la méthanisation. Un collectif d'habitants entend bien faire barrage à ces productions  de gaz ou d’électricité.

 

A proximité de Saint Mard de Réno, dans l'Orne.
A proximité de Saint Mard de Réno, dans l'Orne. © Capture Google Street View / Google

Depuis quelques semaines à Saint Mard de Reno, un sujet occupe toutes les conversations : les méthaniseurs. Il faut dire que ce petit village au cœur du Parc Naturel Régional du Perche est plutôt gâté : trois agriculteurs de la commune, dans un rayon d’ 1,5 kilomètre, ont lancé quasiment en même temps leur projet de méthanisation. 

Un engouement inattendu qui provoque, en ce moment, quelques remous au sein du conseil municipal. Le maire de la commune, est une ancienne agricultrice, deux des porteurs de projets siègent en mairie et une partie des conseillers sont farouchement opposés à la méthanisation.

Un revenu net de 80 000 euros par an grâce à la méthanisation

Denis Mariette, au Gaec de la Gohyère est l’agriculteur le plus avancé dans ce projet. Pour lui, la méthanisation est une garantie pour l’avenir de sa ferme:

Mon fils va reprendre très prochainement la ferme et la méthanisation va être un apport financier non négligeable. C’est à peine une heure de boulot par jour et le revenu issu de la vente de l’électricité sera largement supérieur à ce que me rapporte aujourd’hui mes 130 vaches. Aujourd’hui le lait, la viande ne payent plus. Il va bien falloir que nos jeunes vivent de quelque chose.

Cette nouvelle source d’énergie assure aux agriculteurs des revenus fixes non négligeables. Pour des méthaniseurs de la taille de ceux de Saint Mard de Reno, l'investissement est de 2 millions d’euros; une somme remboursée en 7 ans et qui dégagera chaque année aux exploitants agricoles un revenu net de 80000 euros.

La peur de l'inconnu pour les riverains des futures unités de méthanisation

C'est l'intérêt croissant pour ces petites usines à gaz ou électricité qui inquiète les opposants à la méthanisation. Ils craignent que leurs vertes collines du Perche ne soient défigurées par des installations industrielles nécessitant beaucoup de transports et développant du bruit et des odeurs nauséabondes.

Nous sommes dans un parc Naturel Régional qui encourage le tourisme. C’est une transformation de notre environnement et ça nous interpelle que ça puisse se faire sans l’avis de la population. Sur le plan agricole, c’est également inquiétant car dans leurs méthaniseurs, ils vont utiliser de la paille, du maïs qu’ils vont acheter à d’autres agriculteurs; résultats ça va déréguler le cour des matières agricoles.

Noral Liberalotto. Présidente de l’association  "Bien vivre dans le Perche"

C’est pas raisonnable qu’il y ait trois projets dans un rayon de cinq kilomètres. Les agriculteurs deviennent des industriels ! Ça va générer beaucoup de trafic sur nos routes. Sur le plan sanitaire, c’est aussi inquiétant car le digestat, la matière qui est extraite du méthaniseur, sera ensuite rependue dans les champs en grosse quantité. Une matière chauffée à 40°c et chargée en bactérie.

Un opposant anonyme

En France, l'installation de méthaniseurs est très réglementée. Pour éviter certaines dérives comme en Allemagne, la loi  interdit, par exemple, aux exploitants agricoles d'utiliser plus de 15% de leurs cultures pour alimenter le digesteur. Les trois agriculteurs de Saint Mard de Reno jugent leurs projets très mesurés; ils affirment d'ailleurs ne pas être soumis à une enquête publique. Trente tonnes, composées de fumier et d’éléments végétaux, seront digérés chaque jour par leurs machines alors que les plus grosses installations en absorbent quotidiennement jusqu’à 90 tonnes. Les frères Deschoolmeester, sont aujourd’hui installés en bio, ils font de la vente direct à la ferme et le méthaniseur est avant tout pour eux une source d’énergie renouvelable.

Avec le méthaniseur, on va valoriser la matière organique et on va être autonome en terme de fertilisant. L’idée, c’est de produire de l’énergie au plus près de l’endroit où elle sera consommée et de participer à l’abandon de l’énergie fossile qui pollue énormément. Nous, on ne fait pas de la méthanisation opportuniste. On a abandonné l’agriculture conventionnelle pour se diriger vers un système plus vertueux

Samuel Deschoolmeester

Un méthaniseur en Normandie
Un méthaniseur en Normandie © Chambre d'agriculture de Normandie

En Normandie, 4% des énergies renouvelables proviennent d'unités de méthanisation

Dans ces dossiers, la commune n’occupe qu’un rôle consultatif ; ce sont les services de l’état, la Dreal et la préfecture qui accordent ou non les permis de construire. Mais dans le cadre de la stratégie de développement des énergies renouvelables, les collectivités territoriales appuient de plus en plus ce type de projet. En 2018, un vaste plan de développement de la méthanisation a été lancée à l’échelle de la Normandie. Saint Mard de Reno en est une preuve, le Perche a fait l’objet d’une étude approfondie à hauteur de 200 000 euros partagée par la Région, le Syndicat de l’Energie de l’Orne et les deux Communautés de Communes.

Après plusieurs réunions, on a repéré des agriculteurs, porteurs de projets près d’une conduite importante de gaz. L’objectif est de proposer de l’injection directe dans le circuit. Dans nos campagnes, on a une ressource: les effluents d’élevage et il serait dommage de s’en priver.

Jean Claude Lenoir, président de la CdC du pays de Mortagne au Perche

Présentation de la méthanisation par le Chambre d'Agriculture

 A l’échelle de la Normandie, la production de biogaz s'établit principalement dans l’Orne, le Calvados et la Manche, les départements où se concentrent le plus d’élevages. 117 unités sont actuellement en fonctionnement et, en moyenne, 25 nouvelles installations sont lancées chaque année . Une montée en puissance qui doit s’accompagner d’une formation adéquate de ces agriculteurs à ces nouvelles techniques et ces nouveaux fertilisants. Quant à l’acceptation des habitants, elle passera par une bonne communication et une intégration paysagère réussie. 

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