Près de Fécamp, la levée de boucliers des riverains d'un village contre une usine de méthanisation

Une usine de méthanisation est en train de sortir de terre sur la commune de Maniquerville près de Fécamp. Les riverains s'inquiètent des futures nuisances générées par le processus et dénoncent le manque de communication des exploitants agricoles à l'origine du projet.

Grâce aux fumiers d'une exploitation agricole, l'usine produira du gaz pour l'agglomération de Fécamp
Grâce aux fumiers d'une exploitation agricole, l'usine produira du gaz pour l'agglomération de Fécamp © Stéphane L'hôte - France Télévisions

Un projet important

Cela fait près de 5 ans que le couple Cousin, exploitants agricoles à Maniquerville près de Fécamp songe à constuire un méthaniseur pour "valoriser les déchets de leur exploitation", c'est à dire transformer le fumier généré par leurs 150 vaches laitières en gaz.

Il y a 2 ans, le projet prend forme, la préfecture autorise la constuction de l'usine et les travaux ont commencé début juin. Le coût du projet s'élève à 4 millions d'euros, financé en partie par la Région Normandie.
 
Coût des travaux : 4 millions d'euros. L'usine de méthanisation sera opérationnelle en avril 2021.
Coût des travaux : 4 millions d'euros. L'usine de méthanisation sera opérationnelle en avril 2021. © Stéphane L'hôte - France Télévisions

Pour Delphine Cousin, l"interêt pour l'avenir c'est de préserver l'élevage, de continuer à produire de façon raisonnée et de pouvoir passer l'exploitation en bio". La mise en route devrait avoir lieu l'année prochaine. Le site sera alors le 2ème producteur de gaz pour l'agglomération de Fécamp.

Levée de boucliers des riverains 

Le village de Manniquerville compte 400 habitants et beaucoup ont dénoncé une communication insuffisante des porteurs de projets auprès de la population. Certains voisins du chantier ont découvert l'existence du projet d'usine lors du confinement. "On a vu ça lors d'une balade d'une heure avec mon épouse. On voyait des arbresqui tombaient autour d'un magnifique clos masure et ça nous a posé question. On s'est rappelé d'une petite carte postale vue dans notre boîte aux lettres", explique Régis David, membre du collectif Anti-Méthaniquerville.
 
Les riverains ont reçu cette carte postale explicative dans leur boîte aux lettres.
Les riverains ont reçu cette carte postale explicative dans leur boîte aux lettres. © France Télévisions

En effet, Mr et Mme Cousin ont bien distribué des prospectus explicatifs dans les boîtes aux lettres des habitants: " C'est un projet en déclaration, on n'est pas obligé de faire une enquête publique. Moi j'ai fait le choix d'en avertir la municipalité et les voisins" se défend Delphine Cousin, avant de poursuivre "le canal utilisé n'a certainement pas bien fonctionné".
 

On nous fait croire que c'est une énergie verte, que c'est une énergie vertueuse, ce n'est pas le cas.

Régis David, membre du collectif Anti-Méthaniquerville



Au coeur des préoccupations des riverains demeurent principalement les nuisances liées au fonctionnement de cette usine. "On craint une pollution atmosphérique, de la terre, de l'eau, des nappes phréatiques" raconte Laurent Guérault, un autre membre du collectif de riverains.

Son voisin, Régis a peur pour ses petits-enfants "si ça se trouve, ils ne pourront plus venir jouer dans leur cabane parce que ça sentira trop fort. Et dans cette odeur de souffre, il y a plein de choses irrespirables. J'ai peur qu'il y aient des métaux lourds qui s'échappent aussi".
 
Près de Fécamp, la construction d'une usine de méthanisation fait polémique

Ces habitants remettent en question l'utilisation du Digesta, une eau ammoniacale, épandue sur les terres. Selon les opposants au projet, des études de l'INRA, Institut National de la Recherche Agronomique, ont montré qu'il y avait une disparition et une mortalité de certaines races de vers de terres.

"En Bretagne, 180 000 foyers ont été privés d'eau potable en raison du débordement d'une cive de Digesta, ici il va y en avoir une. On a de quoi être inquiet, avoir peur" poursuit Régis David.
 
Delphine Cousin, exploitante agricole assure que le projet est mené de façon responsable. "Mon objectif n'est pas de faire un projet qui embêtera les voisins. Les nuisances existent déjà au quotidien avec le fumier des animaux. Le but c'est qu'on arrive à les maîtriser"
Réponse lors de la mise en route de l'usine en avril 2021...

 
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