Abattoir AIM : 194 ex-salariés obtiennent gain de cause de la justice

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Écrit par Olfa Ayed et Stéphanie Potay

Le conseil de prud'hommes d'Avranches donne raison, lundi 27 juin 2022, aux 194 ex-salariés de l'abattoir industriel AIM du Sud-Manche qui contestaient leur licenciement pour motif économique. Ils percevront des indemnités et une prime pour absence de gestion des risques psychosociaux.

C'est une décision sous forme d'épilogue à un long feuilleton social pour les salariés de l’ex-abattoir industriel AIM situé à Sainte-Cécile dans le Sud-Manche, fermé en 2018. Lundi 27 juin 2022, le conseil de prud'hommes d'Avranches a tranché, en quelques minutes sur ce dossier : chacun des 194 ex-salariés, qui contestaient leur licenciement pour motif économique, sera indemnisé à hauteur de 30 000 euros. Ils percevront également 5000 euros pour absence de gestion des risques psychosociaux.

Nous avons cette reconnaissance que le licenciement n’est pas fondé, que le liquidateur n’a pas fait son travail, parce qu’il n’a pas respecté les obligations de recherche de replacement en externe. Ce qui a été fait pour retrouver du travail aux salariés a été, il faut le dire et je le dis, lamentable.

Maître Elise Brand, avocate des ex-AIM

France 3 Normandie

Abattoir AIM: retour sur une fermeture

C'est la fin d'un long dossier fait de rebondissement pour les salariés d'AIM. En 2013-2014 déjà, les premières difficultés apparaissent pour l’abattoir du Sud-Manche, un abattoir industriel spécialisé dans le porc. Avec le soutien des collectivités, 236 employés restant sur 400 reprennent l’abattoir en 2015 avec leurs propres indemnités de licenciement.

Mais cela ne suffira pas. L’aventure s’arrête définitivement en 2018 : un redressement judiciaire et une liquidation sont prononcés, tout le monde est licencié. Un coup terrible pour les salariés, qui témoignaient à l’époque. "Il y a du travail et on ferme l’abattoir", réagissait l'un d'eux. "38 ans ici et finir comme ça…On a du mal à réaliser", soufflait un autre.

La reconnaissance du préjudice psychosocial

Les ouvriers ne capitulent pourtant pas. En plus de la reconnaissance de leur licenciement entaché de nullité, la procédure prudhommale reconnaît leur préjudice psychosocial à hauteur de 5000 euros.

"Cette fermeture s'est faite dans des conditions absolument délétères. On a eu des personnes qui se sont suicidées, des personnes qui se sont pendues, avec des familles qui sont en deuil et cette non-gestion des risques psychosociaux et la souffrance des salariés a été reconnue par le tribunal", souligne l'avocate des anciens salariés.

Le liquidateur, absent à l’audience, devra provisionner ces sommes même s’il fait appel de la décision.