Les urgences de Cherbourg s'enfoncent dans la crise

Depuis la fermeture du service des urgences de Valognes l'été dernier, celui de Cherbourg est débordé. Le personnel, lessivé, tirait la sonnette d'alarme, dès le mois de janvier. A deux semaines du Tour de France, le service semble plus que jamais au plus mal.

"Je ne souhaite pas travailler dans un endroit où je me sens en danger et où je n'ai pas la satisfaction de donner le meilleur de moi-même aux patients", déclarait le Docteur Charles Jeleff, médecin urgentiste à Cherbourg en mars dernier. Déjà en janvier, une infirmière racontait : "J'ai des collègues qui ont fait des malaises, qui pleurent (..) On se lève le matin en appréhendant la journée et en se demandant comment ça va se passer".

Six mois plus tard, la situation s'est encore agravée : plusieurs médécins ont décidé de quitter ce navire en perdition. "Nous devrions avoir 24 équivalents temps plein pour faire fonctionner tout ce qui est urgences vitales, urgences relatives et service d'accueil d'urgence, hors nous sommes moins de la moitié de l'effectif", explique Jean-Christophe Mariotti, délégué départemental AMUF (association des médecins urgentistes de France). Ces 15 derniers jours, deux médecins ont décidé de partir. D'autres songeraient à faire de même.

"Les patients n'ont aucun recours et arrivent chez nous"

Et pourtant, le diagnostic a été établi depuis plusieurs mois; Tout d'abord, un sous-effectif chronique dans un service de plus en plus sollicité compte tenu de l'évolution du paysage médical. "Comme il y a de moins en moins de médecins traitants, les patients n'ont aucun recours donc ils arrivent chez nous", raconte Catalin Muntean, médecin aux urgences de Cherbourg. A cela s'ajoute la fermeture l'été dernier du service des urgences de Valognes : 20% d'activité en plus pour l'hôpital cherbourgeois. 

Certes, un centre de soins non programmés a ouvert ses portes le 7 mars mais il ne traite que les pathologies les plus légères, n'est ouvert que de 8 heures à 18h30 et fonctionne avec des médecins urgentistes de l'hôpital Pasteur de Cherbourg, déjà en sous-effectif dans leur établissement. Et la situation actuelle n'incite pas des médecins extérieurs à candidater dans le Cotentin. Le serpent se mord la queue.

Et cette situation pourrait encore s'aggraver avec la période estivale : les grandes vacances et leur flot de touristes mais surtout le Grand départ du Tour de France dans la Manche et ses milliers de spectateurs. La direction de l'hôpital refuse de communiquer sur la crise en cours.

Reportage de Sylvain Rouil et Claude Leloche
Intervenants:
- Catalin Muntean, médecin aux urgences de Cherbourg
- Jean-Christophe Mariotti, délégué départemental AMUF (association des médecins urgentistes de France)