Les îles anglo-normandes d’Ecréhou au cœur d’une polémique entre Français et Anglais

Depuis plusieurs semaines, des journaux et des tabloïds anglais pointent du doigt les plaisanciers normands. Ils dénoncent une surfréquentation de l'île d'Ecréhou et le mauvais comportement des visiteurs. « Faux » assurent les intéressés qui crient à l’instrumentalisation.

© Creativecommons/simonsimages
La polémique fait rage depuis plusieurs mois et les habitants de Barneville-Carteret dans la Manche espèrent qu’elle n’entachera pas les bonnes relations qu’ils entretiennent depuis longtemps avec les résidents d’Ecréhou.

Cet archipel, situé à l’ouest du Cotentin, tout près de Jersey, est un paradis pour la faune et la flore. Cette langue de sable et de pierres compte une vingtaine de maisonnettes de pêcheurs, sans électricité ni l’eau courante.

 Mais sa particularité c’est d’être surtout une réserve naturelle pour les phoques, les oiseaux…on y croise aussi des dauphins. Un site exceptionnel qui attire de plus en plus de touristes.
 

Regardez ce reportage de l'émission Des Racines et des Ailes pour découvrir cet archipel d'Ecréhou


Polémique sur fond de Brexit


Selon l’association des résidents d’Ecréhou (ERA), entre 2011 et 2018 la fréquentation de l’île a augmenté de 700 % ! Pour Thierry Gibert, le président de la Goélette du Cotentin, une association qui amène environ 500 personnes sur les îles par an cette surfréquentation a plusieurs raisons :

Le problème vient d’abord du tourisme lucratif d’origine anglo-normande. Des semi-rigides venus de Jersey déposent de nombreux touristes sur les îles d’Ecréhou. L’autre phénomène, côté français, ce sont les plaisanciers qui peuvent avec les moyens techniques d’aujourd’hui accéder plus facilement à ce site. Avant il fallait être bon navigateur, aujourd’hui n’importe qui avec un bon GPS peut débarquer sur l’île


A l’automne dernier, les scientifiques de la convention Ramsar (l’équivalent pour les îles anglo-normande de notre Natura 2000) ont tiré la sonnette d’alarme. Pour eux, cette surfréquentation met en danger l’écosystème de l’archipel.

Des journaux anglais, dont le Daily Telegraph, et des tabloïds se sont rapidement emparés du sujet et ont pointé du doigt les plaisanciers de Barneville-Carteret. Ils accusent « les touristes des bateaux français d’avoir des effets catastrophiques sur les mouettes et les oiseaux protégés ». Des articles qui ont indigné Thierry Gibert :
 

Les tabloïds se sont mis à nous invectiver, en disant qu’avec l’augmentation des anneaux dans le port de Carteret 700 bateaux allaient débarquer sur l’île d’Ecréhou. C’est diffamatoire. La vérité, c’est que l’on s’est fait assassiner par ces journaux pro-Brexit et que ça les arrange bien d’accuser les Français.


Pas de problème avec les habitants de l’île

Pour Thierry Gibert cette situation est d’autant plus absurde qu’il assure entretenir de bonnes relations avec les habitants de l'archipel d'Ecréhou.
 

Il n’y a pas de bagarre entre les Anglo-normands et les gens de Carteret. Nous travaillons main dans la main pour que chacun respecte l’environnement des îles et ses habitants.


Une charte de bonne conduite a ainsi été éditée par le Yacht club de Barneville-Carteret. Son objectif : s’assurer que les comportements des plaisanciers soient exemplaires sur l’île. Respect des réserves dédiées aux oiseaux, réglementation autour du mouillage, des barbecues, des nuisances sonores ou encore de la circulation dans l’île.
 

Charte de bonne conduite pour se rendre aux îles d'Ecréhou


Les garde-côtes de Jersey veillent aussi au grain car les autorités ont relevé plusieurs comportements indélicats.
 

Crainte d’une fermeture des îles


Pour l’heure, il existe une certaine souplesse dans la réglementation pour accoster sur l'archipel. Les îles d’Ecréhou, comme toutes les anglo-normandes, ne relève pas de l’espace Schengen c’est-à-dire que théoriquement chaque Français devrait passer à la douane.

Mais jusqu’ici une simple déclaration auprès des autorités suffisait. Le risque, suppose Thierry Gibert, c’est que le ton se durcisse :


Aujourd’hui, nous disposons d'accords avantageux, mais nous craignons que les Anglais régularisent la venue de touristes étrangers de façon draconienne. Et à la veille du Brexit on ne sait pas comment cela va se passer.


D’ici là, les associations vont veiller à maintenir le dialogue avec les résidents de l’île d’Ecréhou et à s’assurer que son environnement naturel soit respecté.
 
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