Le marais d'Annoville s'asphyxie, les oiseaux meurent

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Après les fortes chaleurs du mois d'août, "des canards, des fouques, des poules d'eau, des hérons, mais aussi des poissons" ont été retrouvés "morts ou agonisants" dans des mares. Ce marais caractéristique de la côte ouest du Cotentin est en train d'étouffer, victime d'un manque d'entretien.

Le marais est situé à l'arrière du massif dunaire d'Annoville, entre le havre de Regnéville et celui de la Vanlée. C'est une zone humide naturelle, un bien précieux parce que fréquenté par de nombreuses espèces d'oiseaux. "En 1802, un canal a été créé afin de drainer cette zone qui était trop souvent inondée, raconte Anastase Bouet, propriétaire d'une parcelle de ce marais. Le canal de Passevin évacuait l'eau dans le havre de Regnéville où une porte-à-flot empêche la mer de remonter. Cela permettait une alternance d'inondations et de sécheresses".
Mais depuis vingt ans, le canal s'envase, inexorablement. L'eau stagne et ne s'évacue plus. "L'hiver, les saules ont de l'eau jusqu'au tronc. Ils crèvent. Il n'y a plus de végétation. Tout meurt. L'été, le niveau baisse petit à petit avec l'évaporation, mais l'eau croupit", se désole Anastase Bouet. Il y a quelques années, il a saisi la justice pour demander aux services de l'État de faire appliquer la loi : c'est aux riverains qu'il revient d'entretenir les berges. Les tribunaux lui ont donné raison. Mais depuis, aucun curage n'a été entrepris.
Cette eau qui ne vit plus pourrait-elle avoir causé la mort des oiseaux ? "Le 10 août, je me suis rendu près de notre mare où nous avons un gabion. J'ai vu une dizaine de canards morts et d'autres en train d'agoniser". Quelques jours plus tard, le 18 août, des oiseaux et des poissons flottent à la surface, par dizaines. Anastase Bouet fait appel à la Fédération des chasseurs de la Manche. Un technicien se rend sur place afin d'effectuer des prélèvements. Depuis, silence radio. Que révèlent les analyses ? Qu'est-ce qui a causé la mort des animaux ? La Fédération des chasseurs que nous avons sollicitée ne nous a pas répondu.
Dans le doute, Anastase Bouet n'a pas chassé lors de l'ouverture le 21 août. "Aucune envie d'aller dans un endroit où tout est en train de mourir... Je ne veux pas prendre le risque qu'un chien s'empoisonne avec un oiseau en train d'agoniser. On ne sait pas ce que c'est."

Avec les fortes chaleurs, des bactéries se développent dans l'eau stagnante

"Malheureusement, je ne suis pas très surpris, lâche Jean-Philippe Lacoste, le directeur du Conservatoire du Littoral qui a la responsabilité du massif dunaire "et de quelques terrains en périphérie du marais". "Je connais la situation. Il y a vraiment de gros problèmes d'écoulement. Quand il reste peu d'eau et qu'il fait chaud, il y a un phénomène d'eutrophisation". Autrement dit : une prolifération d'organismes végétaux entraîne un appauvrissement en oxygène. "Cela peut aussi provoquer le développement de bactéries ou de la toxine botulique".

Avec le retour d'un temps automnal, la température de l'eau a baissé, et les mares se sont régénérées. Cet hiver, le marais sera à coup sûr inondé. Et l'été prochain ? "On nous dit que c'est à cause du réchauffement climatique, s'agace Anastase Bouet. Mais lors de la canicule de 2003, on n'a pas eu d'oiseaux morts comme ça. Je reste persuadé que le problème vient de ce canal du Passevin qu'il faudrait nettoyer. Il suffirait peut-être de faire sauter les bouchons qui se forment à certains endroits sous des ponts". A priori, les derniers travaux remontent à 1995...
"Nous avons connu la même situation dans le marais de la Claire-douve à Dragey dans la baie du Mont Saint-Michel. Il y avait des problèmes d'évacuation de l'eau à cause d'une pente très faible, comme pour le Passevin à Annoville, explique Jean-Philippe Lacoste. Nous avons effectué des travaux hydrauliques. Depuis, la situation est bien meilleure." Dans une lettre adressée à le 26 août à Anastase Bouet, la mairie d'Annoville indique qu'une réflexion est en cours avec les collectivités et les services de l'État "pour assurer une meilleure maîtrise du niveau d'eau du Passevin, le maintien ou la restauration de la biodiversité et anticiper une montée des eaux due au réchauffement climatique". La vie de ce marais en dépend.