"Je quitte la Normandie à contrecoeur." Polémique dans le Perche, l'apiculteur des restaurants étoilés s'exile

Apiculteur normand installé à Bellême (Orne), fournisseur de nombreux restaurants étoilés, Patrick Cholet est parti s'installer dans la Sarthe en novembre 2023. Un exil qu'il estime contraint et forcé par l'inaction des élus ornais à lui trouver une solution pour s'agrandir.

Contrairement au miel d'exception qu'il essaime auprès de grands chefs du monde entier, Patrick Cholet est amer. Né dans le Perche et fier de ses racines ornaises et normandes, il a dû se résoudre à installer son nouveau QG... dans la Sarthe.

Dans le département voisin, les gens l'ont "compris tout de suite", se réjouit-il, même s'il aurait préféré "continuer à se développer dans l'Orne". Mais il n'a pas eu le choix. Ou la patience. Après avoir connu la galère, il ne veut plus attendre.  

Des gros doutes aux grandes récompenses

En 2015, Patrick Cholet se lance dans l'apiculture, après une carrière de directeur commercial dans l'industrie pétrolière. Le changement de cap est osé, brutal, et compliqué. Les trois premières années sont délicates.

Tant et si bien qu'il songe à arrêter les frais, jusqu'à ce qu'il se résolve à tancer la grande restauration lors d'un salon à Monaco. Les chefs le mettent au défi de produire un miel d'exception, "zéro défaut, pas de chauffage, pas de brassage". 

Challenge relevé. Aujourd'hui, les miels estampillés Les Cadres Noirs Percherons sont cuisinés par 80 chefs étoilés, dans 19 palaces, et distribués dans neuf pays étrangers. Parallèlement, en Normandie, Patrick Cholet place ses ruches chez les chefs David Galienne, Pierre Caillet, Mickaël Marion, Arnaud Viel.

Sa production est auréolée du Prix Lebey du meilleur producteur en 2020, puis sélectionnée par le guide Régalade des 500 meilleurs produits du monde. L'apiculteur ressent alors le besoin de voir plus grand, plus beau. 

Je ressentais l'obligation intellectuelle et psychologique de me dire 'je ne peux pas recevoir ces personnes dans un lieu qui ne ressemble pas à ce que je fais maintenant'. Il nous fallait plus grand, tout simplement.

Patrick Cholet, apiculteur Les Cadres Noirs Percherons

Toutefois, ses finances ne sont pas extensibles. Il cherche alors du soutien, de l'aide, auprès des collectivités locales et régionales, via l'appui de Hervé Morin, président de la Région Normandie.

"Des personnes m'ont rappelé, mais sans conviction. On ne m'a rien proposé en rapport avec mes demandes, ou alors des locaux palliatifs, ne correspondant pas à ce que je voulais faire. Je n'ai pas eu l'écoute que je voulais avoir", se désole l'entrepreneur, qui déclare avoir essuyé plusieurs refus de permis de construire pour s'agrandir à Bellême.

Les élus n'ont pas trouvé "le mouton à cinq pattes"

Du côté du département de l'Orne, on se défend d'un mauvais accompagnement. "On ne peut pas donner ce qu'on n'a pas, avance Christophe de Balorre, président du conseil départemental. M. Cholet m'a appelé à l'automne, je lui ai proposé d'intégrer notre pépinière d'entreprises à vocation agroalimentaire, à Sainte-Scolasse-sur-Sarthe. il ne m'a pas répondu et n'est même jamais allé la visiter". Patrick Cholet rétorque que ces locaux n'étaient pas adaptés à son activité. 

C'est un peu cavalier de considérer qu'on n'en a rien à foutre de lui, et de dire par voie de presse qu'on a rien fait pour lui.

Jean-Pierre Deshaye, élu chargé du développement économique à la communauté de communes Collines du Perche normand

Lui aussi critiqué pour sa prétendue inaction dans le dossier, Jean-Pierre Deshayes s'inscrit en faux. "En juillet, il voulait un terrain agricole pour construire, dans une zone précise, éloignée d'un concurrent. En août, sa demande avait changé, il voulait un bâtiment à louer. On lui en a proposé un de 500 m² pour 1 500 euros par mois, mais c'était trop cher pour lui. S'il a trouvé la même chose dans le département d'à côté, tant mieux pour lui, mais qu'il ne vienne pas dire qu'on n’a rien fait".

Pour l'élu local, la manière de réécrire l'histoire de l'entrepreneur n'est "pas agréable".  

Les bonnes tables à Bonnétable

Pris entre l'amour de la Normandie et la réalité financière, Patrick Cholet se résout à "s'expatrier" dans la Sarthe, à Bonnétable, où on lui a proposé "l'opportunité et le coup de main financier" qu'il cherchait.

"On a un bâtiment tout neuf de 350 m². J'ai un loyer à payer et une option d'achat dans cinq ans. Pour une petite entreprise comme moi, ça ne met pas de pression." Patrick Cholet a pu y installer un showroom pour recevoir les chefs et leurs brigades, ses caves à hydromels et une cave climatisée pour le vieillissement des miels.

Au moment de partir, les sentiments sont ambivalents. S'il explique ressentir "beaucoup de tristesse à quitter ceux qui l'ont aidé", il éprouve aussi de la rancœur. "J'ai voulu mettre en avant ma région, mon département, ma commune, et je n'ai rien reçu en retour. Ma façon de parler est assez franche, ça a sans doute déplu."

Finalement, ce déménagement forcé se révèle un mal pour un bien. L'entrepreneur va pouvoir continuer à mettre en avant l'étendard normand, tout en pouvant désormais se revendiquer sarthois. D'ailleurs, il entend déjà travailler avec la maison Robuchon à la confection d'un nouveau miel.

L'ancien directeur commercial ne perd décidément pas le sens des affaires, ni la passion de la création.

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