Perche: du miel et des voleurs

Dans toute la France, de plus en plus de vols sont constatés chez les apiculteurs. Un phénomène qui a touché, début avril, le Conservatoire de l’abeille noire du Perche : 14 ruches ont disparu.

Les abeilles noires, une race patrimoniale typiquement normande
Les abeilles noires, une race patrimoniale typiquement normande © Félix Bollez - France Télévisions

Ils sont bénévoles et se battent toute l’année pour conserver cette espèce endémique : l’abeille noire du Perche. 160 colonies sont reparties dans un rayon de 7 km autour de la maison du parc naturel régional. Mais début avril, ces apiculteurs amateurs ont été sous le choc en découvrant la disparition de 14 ruches.

Pour Gérard Corvée, président de la fédération de l’abeille noire de Normandie, c’est l’œuvre d'apiculteurs professionnels.

Nous c’est la deuxième fois qu’on se fait voler. Cette année, l’hiver a été difficile, beaucoup d’apiculteurs ont perdu des abeilles et à mon avis ce sont des professionnels qui reconstituent leur cheptel en se servant à droite, à gauche. Il faut avoir l’habitude, les ruches sont lourdes, plus de 50 kg, il faut savoir les manipuler. Ce qui est sûr, c’est que c’est un vol facile : les ruchers sont souvent dans des endroits isolés, à la portée de main de tout le monde.

Gérard Corvée

Un miel plus rare donc plus cher 

Le vol de ruches est un phénomène qui a d’abord été observé dans le sud de la France ou se concentre une grosse partie de la production de miel mais qui s’est généralisé aujourd’hui à l’ensemble du pays. Il faut dire que ces dernières années, la surmortalité des abeilles a fragilisé l’ensemble de la profession. Pesticide, frelon asiatique, la mortalité des abeilles aurait atteint 30% en 2020. Résultat le  coût du miel s’est envolé, juste à 18 euros le kilo (+ 25% de puis 2013) et les ruches, au milieu des champs, sont devenus des objets très convoités.

Patrick Gaugain, installé près d’Alençon, est un professionnel, il gère près de 400 ruches. Lui aussi, a subi un vol par le passé. Mais il ne souhaite pas qu’on pointe du doigt uniquement les professionnels. Il rappelle que la famille des apiculteurs est très large.

Ça ne peut venir que de personnes qui ont des rudiments en apiculture, il faut avoir de bonnes bases pour effectuer le transport de colonies ou de ruches en activité. Mais beaucoup de gens ont ces connaissances : Il y a les amateurs éclairés qui ont quelques ruches, les semi amateurs qui en font un revenu complémentaire et les professionnels. Dans ces trois catégories, il peut y avoir des brebis galeuses

Patrick Gaugain. Apiculteur.

© France 3 Normandie

Pour faire face à ce fléau, nombreux sont ceux à s’équiper de matériel de surveillance et de traçage. Un système coûteux pour les apiculteurs, plus d’une centaine d’euros par an, mais qui peut aussi éviter de grosses pertes. Patrick Gaugain a déjà sauté le pas.

La valeur d’une colonie d’abeille, c’est environ 230 euros avec le matériel. Mais si la ruche est volée juste avant la récolte il faut compter la perte en miel : 20 à 30 kg de miel. Ça fait cinq ans que je suis équipé de GPS pour mes ruchers. Les systèmes sont placés au cœur des boites et en cas de déplacement, nous sommes avertis sur notre téléphone.

Patrick Gaugain. Apiculteur.

Le Conservatoire de l’abeille noire du Perche a déposé plainte auprès de la gendarmerie mais ils se disent peu optimistes quant à l’issu des investigations. Eux-aussi, ont décidé de s’équiper en matériel de surveillance.

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