Philippe Torreton et Fanny Chesnel racontent leurs souvenirs de Noël dans l'Eure et à Cherbourg 2/2

Il a raconté son enfance dans "Mémé" et interprète en ce moment Galilée sur scène. Elle aussi consacre sa vie aux mots, en écrivant des romans et des scénarios. Que sont les "picots" dégustés par la famille Torreton à Triqueville ? Où se ressource Fanny Chesnel quand elle revient dans son Cotentin ?
Les souvenirs de Noël de Fanny Chesnel et de Philippe Torreton
Les souvenirs de Noël de Fanny Chesnel et de Philippe Torreton © PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP/Roberto Frankenberg/Flammarion

Enfant, Philippe Torreton se rendait chez sa "Mémé"* dans l'Eure, à Triqueville (canton de Pont-Audemer). Toute la famille se réunissait
pendant plusieurs jours dans cette maison pour faire le sapin, décorer les vitres, installer les tréteaux et préparer cette grande tablée de vingt à trente personnes.

Ma mémé s'occupait des "picots". C'est comme cela qu'on appelait la dinde de Noël, en Normandie.
 

"La dinde pesait entre 3 et 4 kilos et je me souviens que ça effrayait ma mère, car elle mettait des heures et des heures à cuire."

Chacun ramenait son petit cadeau du comité d'entreprise, comme les huîtres par exemple.
 

J'aimais bien cette ambiance avec ce repas qui n'en finissait plus. Avec les grands cousins, qui faisaient semblant de croire au Père Noël afin de préserver la magie encore deux, trois ans pour les plus petits.


Dans la famille Torreton, Noël se déroulait en chanson. "On avait un mange-disque et on écoutait tous les chanteurs de l'époque, Sheila "comme les rois mages en Galilée", Claude François, François Valéry et "Non Non Rien n'a changé" des Poppys "
 
Les Poppys - Non Non Rien N'a Changé - 1971

Un Noël l'a particulièrement marqué. C'était en "1985 ou 1986". Philippe Torreton se rend avec ses parents en Côte d'Ivoire pour rendre visite à son frère aîné. 

C'était dans un parc avec plein d'animaux. Les villageois avaient préparé un spectacle autour d'un feu de camp.

Tout était décalé, c'était incroyable et très impressionnant


"Les enfants nous ont récité les Fables de la Fontaine , qu'ils connaissaient par coeur. C'était évidemment très touchant mais à la fois, on voyait comment la culture française s'était imposée à eux. Il y avait très peu de contes ivoiriens."
 
Tartuffe" à la Comédie Française avec Philippe Torreton | INA Comédie Française

Dans les années 90, Philippe Torreton passe les fêtes sur les planches de la Comédie Française, en compagnie de Molière. Il jouait devant un public un peu particulier, quelques familles mais aussi beaucoup de personnes seules. La chaleur humaine se faisait alors sentir dans la salle. 

Ces soirs là, c'était étrange. Je ressentais à la fois de tristesse de ne pas être avec ma famille, mais ça me touchait beaucoup de jouer pour ce public. J'étais vraiment content d'être là pour eux.


Cette année, L'acteur, qui interprète Galilée dans une pièce de Bertolt Brecht, s'octroie une parenthèse enchantée et ... normande pour les fêtes.
 
Théâtre : Philippe Torreton dans la peau de Galilée

Le 25 décembre, il sera chez son frère François "très grand cuisinier". Et Philippe, lui, emmène le foie gras, qu'il fait lui-même depuis 20 ans. Et il y tient "C'est hyper simple : sel, poivre, et je rajoute un peu de porto".

*"Mémé" :
livre paru en 2014 (Editions : L'Iconoclaste, 162 p., 15 €)
* "Jacques à la guerre ", Philippe Torreton raconte les années de guerre de son père. (éditions Plon, 366 pages, 19,90 euros. parution en 2019) 
 
Fanny Chesnel s'est faite connaître sur la scène littéraire avec "Une jeune fille aux cheveux blancs"*. Son premier roman tape dans l'oeil de la réalisatrice Marion Vernoux, qui signe l'adaptation cinéma avec Fanny Ardant et Laurent laffitte.
 
Son "Berceau", sorti en février, se déroule entre la Hague et le Canada. L'histoire s'incarnera aussi au cinéma puisqu'une adaptation est en cours.

Avant la publication de son troisième opus "La relève", prévue en mars, la romancière et scénariste nous raconte ses Noëls dans son Cotentin natal.
 
Elle se souvient de ses conversations téléphoniques avec le Père Noël.

"Quand j'étais petite, on avait deux téléphones et on pouvait s'appeler entre les étages. Je téléphonais donc au Père Noël, interprété par mon oncle et pendant ce temps-là, il mettait les cadeaux. Il devait avoir un don d'ubiquité et ça ne me choquait pas du tout à l'époque."

Et puis un jour, alors qu'elle n'est âgée que de quatre ans et demi, elle se demande :

"Dis maman, comment il fait alors, le Père Noël, pour tenir sur les nuages, ce n'est pas possible ?"  

Sa maman, professeur de géographie, venait de lui expliquer comment se forment les nuages, avec l'évaporation d'eau. La petite fille percute tout de suite. 

J'ai beaucoup pleuré. Je me suis sentie trahie.
 

Ce n'était pas parce que le Père Noël n'existait pas, mais je ne comprenais pas que mes parents m'aient menti. On avait et on a toujours une relation de confiance très forte."

Cet épisode reste gravé dans la mémoire de la jeune femme, maman de deux enfants : "Je ne fais pas de surenchère avec le Père Noël. Quand mon fils me pose la question, je réponds par une question "Et, toi, qu'en penses-tu ? pour éviter de lui mentir".

 
Le berceau de Fanny Chesnel


Dans la famille Chesnel, il y a des sujets sensibles. L'école et la pédagogie, car certains sont profs et ne sont pas tous d'accord. Et le nucléaire.

Tout le monde y mettait du sien à l'apéro pour ne pas mettre les sujets sur la table et après les petits fours, ça dégénérait.


"Maintenant, ça me fait rire car on savait que sur l'école et le nucléaire, ça partait tout le temps en vrille. C'était l'apprentissage du vivre ensemble. Aujourd'hui, heureusement, ce n'est plus du tout comme ça".
 
La plage de Collignon, à Tourlaville - le 21 décembre 2019
La plage de Collignon, à Tourlaville - le 21 décembre 2019 © Clémence Latrouitte
          

Après quelques escapades au ski, "J'adorais passer Noël à la montagne, le chocolat chaud en rentrant des pistes, la tarte aux myrtilles",  la famille Chesnel se retrouve à Tourlaville, dans le Cotentin.

"Je suis avec mes parents et mes soeurs, mes beaux-frères que j'aime beaucoup. On danse, on chante. On se dit qu'on s'aime, même si on le sait déjà. C'est un moment hyper joyeux."

Dès qu'elle revient dans son berceau natal, Fanny Chesnel a besoin de s'octroyer un tête-à tête avec la mer, qui se trouve à 5 minutes de chez elle.

Collignon, c'est chez moi. J'ai vu sur la rade et l'île Pelé. J'y ai noyé quelques chagrins d'amour.


Mais j'aime aussi le Cap Lévi, à Fermanville. Goury, Ecalgrain. J'adore la mer, l'hiver."


*"Une jeune fille aux cheveux blancs", paru en 2011 chez Albin Michel
"Le berceau", paru en 2019 chez Flammarion
"La relève" paraîtra en mars chez Flammarion
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