Résultats de la Présidentielle 2022 en Normandie. Quel rapport de force politique en vue des élections législatives ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Olfa Ayed avec Franck Besnier

Emmanuel Macron a été élu ce dimanche 24 avril 2022, Président de la République. Désormais, un nouvel horizon électoral s’esquisse : l’élection législative le 12 juin prochain. Au regard des résultats des deux tours de la présidentielle, quelles sont les perspectives en Normandie? Décryptage de Franck Besnier, présentateur de Dimanche en politique sur France 3 Normandie.

Emmanuel Macron a été élu Président de la République ce dimanche 24 avril 2022. Dans notre région, les Normands ont plutôt voté comme au niveau national (58,2% pour Emmanuel Macron et 41,2% pour Marine Le Pen) avec 55,84% des voix accordées au président réélu et 44,16% des suffrages pour la candidate d'extrême droite en Normandie. 

Les résultats de l’élection présidentielle désormais connus, la page des législatives s’ouvre avec des élections prévues les 12 et 19 juin 2022. Un horizon important pour le nouveau président et pour les Français puisqu’il s’agit de renouveler l’intégralité de l’Assemblée nationale, soit 577 députés en charge de voter les lois. Vingt-huit députés sont à élire en Normandie.  

Une nouvelle bataille commence avec des sortants qui vont tenter de sauver leur poste et de nouer des alliances. Reste à savoir si les électeurs voteront pour les figures qu’ils connaissent ou pour le parti qu’ils ont choisi à la présidentielle. Décryptage avec Franck Besnier, présentateur de Dimanche en politique sur France 3 Normandie.

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Quel avenir pour les 17 députés LREM sortants ?

Sur les 28 sièges normands à l’Assemblée, LREM en détient aujourd’hui 17. Ces députés sortants vont devoir valider leur ancrage territorial obtenu en 2017 qui leur avait permis de décrocher un premier mandat de parlementaire. La campagne qui va s'ouvrir, à la différence d'il y a cinq ans, se jouera sur le bilan des sortants et sur les négociations avec d'autres alliés de la majorité. 

C’est dans ce scrutin de 2022 qu’il sera possible de juger leur implantation locale. L'effet nouveauté de 2017 et l'élan qu'avait suscité Emmanuel Macron par son élection s'est essoufflé sur le terrain. L'écart entre LREM et RN s’est resserré et certaines figures n’ont pas réussi à exister politiquement.

Autre élément avec lequel LREM va devoir composer, c’est avec le nouveau parti Horizon d’Edouard Philippe, lancé en octobre 2021. Ce dernier compte bien jouer un rôle dans ces législatives. Reste à savoir quels accords il va nouer avec le parti d’Emmanuel Macron, c'est-à-dire combien de sièges l’ancien Premier ministre et maire du Havre peut-il obtenir d’En Marche. A titre d'exemple, les regards seront tournés vers Agnès Firmin le Bodo, députée sortante de la 7e circonscription de Seine-Maritime et porte-parole d’Horizons. Elle y brigue un nouveau mandat, dans un territoire où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête lors du premier tour de la présidentielle.

Des députés RN en Normandie ?

Aujourd’hui ils ne sont que trois à l’Assemblée nationale et aucun élu normand ne siège au parlement. L’enjeu, après le score de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle, est pour le RN de confirmer son résultat lors des législatives. Devra-t-elle passer un accord avec Reconquête!, le parti d’Eric Zemmour, qui a récolté 5.6% des voix au premier tour dans notre région, ou son parti est en mesure de faire cavalier seul ?

Le RN est aujourd’hui en position de force pour négocier. Et parmi ceux qui pourraient profiter d’une alliance aux législatives il y a l’ancien chef de fil du RN en Normandie, Nicolas Bay, conseiller Régional et membre de Reconquête!. Celui a quitté le RN à un mois et demi du premier tour pour rejoindre le parti de Zemmour a d’ailleurs lancé un appel "pour une coalition des droites", mercredi dernier.

Pour rappel, Nicolas Bay avait été éliminé in extrémis en 2017 lors des législatives par le communiste Sébastien Jumel à Dieppe, 6e circonscription de Seine-Maritime, aujourd’hui qui a soutenu Jean-Luc Mélenchon dans sa campagne. Certaines rumeurs indiquent qu'il pourrait ne pas retourner sur ce territoire et se diriger plutôt vers le Calvados sur la circonscription Deauville-Trouville, détenu pour l’instant par Christophe Blanchet du Modem, soutien d'Emmanuel Macron.

La gauche va-t-elle se ressouder ?

En Normandie, il reste trois députés socialistes et trois PCF. Aucun député EELV normand ne siège à l’Assemblée. Aujourd’hui, la gauche a pour objectif de se ressouder mais avec quelle union ? Jean-Luc Mélenchon crédité de 18.8% en Normandie a appelé, la semaine dernière, les électeurs à "l'élire Premier ministre."

Pour rappel il est arrivé en tête dans de grandes villes telles que le Havre et Rouen et dans la 2e circonscription du Calvados de Laurence Dumont (PS). Avec une union, la gauche peut espérer décrocher davantage de sièges qu’en 2017 mais il faudra se mettre d'accord sur des programmes communs et ce n'est pas gagné...

Sur la question de l’énergie le PCF est pronucléaire tandis qu’EELV est contre. La région compte quatre parcs éoliens et un cinquième est en cours d’étude ainsi que trois centrales nucléaires et un réacteur de Flamanville, toujours en construction, fait l’objet de nombreuses crispations entre ceux qui annoncent vouloir s'entendre.

Quel avenir pour Les LR en Normandie ?

Seulement quatre députés LR normands siègent à l’Assemblée nationale et ils vont devoir se battre pour conserver leur siège à savoir Jérôme Nury et Véronique Louwagie dans l'Orne, Nathalie Porte dans le Calvados et Philippe Gosselin dans la Manche.

Avec l’échec cuisant à la présidentielle, cela peut rebattre les cartes dans leur circonscription.

L’ancrage local des députés sortants 

Il y a eu une poussée d’Emmanuel Macron dans certains territoires. Ainsi, l’enracinement du vote LREM et la macronisation de la vie politique peut mettre sur le banc un certain nombre de partis et de candidats qui, historiquement, occupaient la scène politique normande.

Le mauvais score LR peut mettre sur la touche certaines figures de la droite dans la région. De son côté Laurence Dumont, figure historique du PS à la faveur d’une potentielle union de la gauche et de son assise locale et régionale est en capacité de garder son siège. Même chose du côté de Jérôme Nury et Philippe Gosselin chez les LR.

Les circonscriptions à suivre

Dans la 4e circonscription de la Manche, Sonia Krimi brigue un nouveau mandat. Sa candidature est à surveiller. Sur certains dossiers elle a pris le contrechamp de sa majorité. Lors de la crise des gilets jaunes par exemple, elle avait accueilli certain d’entre eux dans sa permanence avec un gilet jaune, ce qui brouille un peu les cartes. Son poste sera observé sur Cherbourg. Sa réélection est loin d’être gagnée.

À surveiller également de nouveaux duels dans l’Eure entre LREM et ses soutiens et le RN. Au premier et au second tour de la présidentielle Marine Le Pen a été élue en tête dans ce département. Bruno Lemaire et Sébastien Lecornu, les ministres de l’Economie et des Outre-Mer ne sont pas étiquetés LREM et comptent briguer respectivement un siège dans l’Eure. Ils bénéficient d'un autre avantage, que de celui d'appartenir à la majorité, c'est leur notoriété et leur expérience locale.

La 2e circonscription de ce département est également à surveiller. Le RN, en embuscade, espère bien déjouer la réélection de Fabien Gouttefarde (LREM).

La ministre du travail Elisabeth Borne est annoncée sur la 6e circonscription du Calvados, à Vire. Elle était encore la semaine dernière, mardi 19 avril, en "repérage". À Vire le poste sera vacant puisque Alain Tourret (LREM) ne se représente pas. La ville a placé Emmanuel Macron en tête au premier tour et au second tour. Le maire, Marc Andreu-Sabater, est un soutien de la première heure de la majorité présidentielle et proche d’Edouard Philippe. Ce parachutage peut donc aboutir. Elle arriverait en terrain conquis.

Rappel du mode de scrutin des législatives

Les élections législatives auront lieu les 12 et 19 juin 2022. Il est question d’élire les députés qui siègeront à l’Assemblée nationale, située au Palais Bourbon à Paris, durant 5 ans. Les députés votent, ou non, les lois du quinquennat. Ils sont élus au suffrage universel direct, au scrutin majoritaire à deux tours et par circonscription. Chaque département est quadrillé en circonscription électorale. L’électeur est ainsi en charge d’élire le député qui se présente dans la circonscription à laquelle il est rattaché.

Pour être élu au premier tour, un candidat doit obtenir plus de 50% des suffrages exprimés et un nombre de voix au moins égal à 25% du nombre des électeurs inscrits. Si aucun candidat n’est élu dès le premier tour, un second tour est organisé une semaine plus tard.

Au deuxième tour sont présents les deux candidats arrivés en tête et les candidats suivants, à condition d’avoir obtenu un nombre de voix au moins égale à 12.5% du nombre des électeurs inscrits.

Est enfin élu le candidat qui a obtenu le plus grand nombre de voix. En cas d’égalité c’est le plus âgé des deux qui est élu.