La Sirène à Barbe de Dieppe : un cabaret drag-queen en réponse à l'homophobie

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Une coproduction Dryades films et France Télévisions ©Un film de Nicolas Birkenstock et Nicolas Engel

Suite à une agression homophobe en 2018, Nicolas Bellenchombre décide de monter "La Sirène à Barbe", un cabaret drag-queen en plein cœur de Dieppe, sa ville natale : "la meilleure réponse qu'on puisse donner à la violence, c'est la joie". Derrière la fête et les paillettes grondent luttes et résistances, magnifiquement filmées dans le documentaire "Les sirènes de Dieppe".

"Il y a cinq ans, j'ai été grièvement agressé dans la grande rue à Dieppe", nous raconte Nicolas Bellenchombre, le patron du cabaret "La Sirène à Barbe"

"Je marchais dans la rue avec mon compagnon de l'époque et on chantait une chanson de Diane Tell (ça me reste marqué parce que je chante une chanson de Diane Tell au cabaret). Bref en tout cas ça n'a visiblement pas plu et on s'est fait poursuivre et attaquer. Agresser verbalement, d'abord, avec beaucoup de violence, des propos homophobes. Puis physiquement.

Je me suis fait littéralement tabasser la tronche à coups de poings, à coups de pieds. J'ai eu le crâne fissuré, une fracture du sinus, un nerf sectionné dans le dos qui fait que je ne sens plus le dessus de mes cuisses encore aujourd'hui. J'ai fait une dépression après ça. Je n'arrivais plus à sortir dans la rue."

C'est là qu'il a l'idée d'ouvrir le cabaret. Un cabaret drag-queen en plein cœur de Dieppe, sa ville natale. Il imagine ce lieu comme un rempart à l’intolérance. 

La joie, c'est la meilleure réponse qu'on peut donner à la bêtise.

Nicolas Bellenchombre, patron du cabaret "La Sirène à Barbe"

dans le JT soir de France 3 Normandie du samedi 11 mai

Un tour du destin appelé Covid

Mais alors que le cabaret est sur le point d’ouvrir, la Covid détruit ses belles ambitions. À la réouverture des salles, n’ayant plus les moyens d’engager une équipe entière d’artistes professionnels, Nicolas Bellenchombre se décide à monter lui-même sur scène et s’invente un personnage : "J'ai dû prendre un antidépresseur qui m'a fait prendre 30 kilos en un an. Je suis devenu une baleine, comme certains me le disent."

Et bah, j'ai dit, puisque je suis une baleine et bien, je porterai un nom de baleine et cette baleine, ce sera une jolie baleine mignonne, toute blanche, toute souriante, toute ronde, toute jolie qui s'appelle le béluga.

Nicolas Bellenchombre alias Diva Beluga

dans le documentaire "Les sirènes de Dieppe"

Diva Beluga invite son amie Lily à faire des numéros avec lui. Elle dont le métier est de charger les ferrys sur le port de Dieppe se découvre une vocation tardive, qui bouleverse sa vie.

Viennent s’ajouter à la troupe Alonso Gyne, un artiste d’origine mexicaine, ancien danseur à New-York, Londres et Paris, qui mêle l’acrobatie à l’art du drag-queen ; Sweety Bonbon, une drag-queen parisienne ayant une prédilection pour le chant et le piano ; ou encore Plexy Glam, jeune Rouennais d’abord venu en spectateur, qui a changé de vie pour faire du drag.

Ensemble, ils forment "la folle famille de La Sirène à Barbe", comme l'appelle tendrement Nicolas Bellenchombre.

En implantant ce cabaret à Dieppe, ville de pêcheurs de 30 000 habitants, Nicolas Bellenchombre savait qu’il ouvrait un lieu très atypique. Il tenait à ce que la Sirène, située place Nationale, en plein centre-ville, entre la poissonnerie et le kébab, soit un lieu de mixité. Un lieu qui bouscule les consciences sans agressivité et véhicule un message politique derrière les paillettes.

Le cabaret, c'est le seul espace de totale liberté encore présent dans le spectacle vivant selon moi. On peut tout dire au cabaret. Faire passer des messages politiques. Ou pas.

Diva Beluga / Nicolas Bellenchombre

dans le JT soir de France 3 Normandie le 11 mai

 Les réalisateurs Nicolas Engel et Nicolas Birkenstock ont suivi la Sirène à Barbe pendant une année entière, période où le cabaret s’est retrouvé dans une situation financière compliquée et a même été menacé de fermeture. Témoins de ce moment-charnière, ils filment la détermination de l’équipe face à l’adversité dans le magnifique documentaire : "Les sirènes de Dieppe".

 Au cœur du documentaire, les queens de la Sirène nous racontent leur vie en chanson, à la manière d’une comédie musicale. Sur une partition du compositeur Raphaël Bancou, ces échappées lyriques nous rappellent que quoi qu’il arrive, le spectacle continue.

Aujourd’hui, les soucis financiers de la Sirène à Barbe ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Le cabaret marche très fort, il vaut mieux réserver, car c'est souvent complet.

"Les sirènes de Dieppe", un documentaire de Nicolas Engel et Nicolas Birkenstock à découvrir ce jeudi 16 mai à 23h sur France 3 Normandie

Et quand vous voulez, sur notre plateforme de replay france.tv, pendant un mois.

Un film puis un débat

Ce documentaire sera suivi d'une émission "débadoc" sur la fête après la Covid présentée par Laurent Quembre. Après les apéros en visio et les rassemblements annulés de la période Covid, comment et pourquoi fait–on aujourd’hui la fête en France ? Encore faut-il que les lieux dédiés à la fête survivent : alors que la France comptait 4000 boîtes de nuit il y a trente ans, son nombre a été divisé par deux ; plus de deux tiers des communes françaises n’ont plus de café, les bals populaires ont quasiment disparu. Après l’heure du numérique et du repli sur soi, savons-nous encore faire la fête dans la vraie vie ?

Les invités de l'émission :

  • Simon Ugolin, co-gérant du Quartier Libre de Rouen.
  • Philippe Coudy, président général de l’UMIH Normandie (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie).
  • Pascal Duval, propriétaire de l’Excalibur à Grémonville.
  • Philippe Steiner, sociologue, professeur émérite de sociologie à la Sorbonne, Auteur de « Faire la fête : sociologie de la joie » en 2023.

Une émission à découvrir ce jeudi 16 mai à 23h50 après "Les sirènes de Dieppe".

Et quand vous voulez, sur notre plateforme de replay france.tv.

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