Menés par un havrais, des hôteliers lancent la fronde contre les sites géants de réservation en ligne

Un hôtelier havrais (Seine Maritime) et ses confrères appellent les touristes à réserver leurs nuitées en direct pour éviter les commissions des plateformes géantes de réservation. Ils sont une vingtaine en Normandie à avoir adhéré à l’association « Contact Hôtels ».

Malgré une météo capricieuse et des restrictions sanitaires assez strictes, la Normandie reste très prisée des vacanciers. Qu’ils séjournent dans des campings, des maisons d’hôtes ou des hôtels, comment les touristes réservent-ils leur logement pour les vacances ? Certains mettent un point d’honneur à réserver directement sur la page internet d’un hôtel sans passer par d’autres sites « car quand on a l’hôtelier au téléphone, on a une petite idée de l’endroit où on va aller, et des précisions sur la chambre, les équipements, la vue » affirme Marie-Laure, venue visiter Honfleur pour quelques jours. Mais pour beaucoup, comme cette mère et sa fille venues d’Allemagne, réserver par « Booking », « Hotels.com » ou encore « Expedia » est devenu une habitude : « C’est facile, c’est sûr, on peut annuler facilement ». Ces géants de la réservation sur Internet, ont réussi en quelques années à devenir incontournables, et ce n’est pas du goût de certains hôteliers.

Des prix qui gonflent sur internet

Si certains particuliers en sont informés, beaucoup ignorent encore que réserver sa chambre par ces grandes plateformes en ligne revient plus cher que de contacter directement l’établissement en question. En cause, une commission de 15 à 20%. Au Motel Les Bleuets à Honfleur, cela fait bondir le prix de la chambre de 110 à 126 euros la nuit. Un constat qui a fait réagir le propriétaire, Laurent Jaillard. Si les grandes plateformes représentaient il y a encore quelques mois des partenaires idéaux pour ce dernier, il a décidé de doucement s’en émanciper. 

Avant, Booking avait 95% de nos parts de marché. Aujourd’hui, 75%. Sur l’année, j’observe un net recul de Booking et plus de réservations directes via notre site internet et via Contact hôtels. »

Laurent Jaillard, propriétaire du Motel Les Bleuets à Honfleur.

Favoriser le tourisme local

En France, 300 hôteliers indépendants, dont une vingtaine en Normandie, se sont réunis sous l’association « Contact Hôtels » créée il y a 30 ans. Ils ont lancé la campagne « Pour mes vacances, je choisis la France » et demandent aux clients de consommer local et réserver en direct leurs chambres.

En haute-saison, 40% de mes clients passent par ces plateformes, ce sont nos partenaires, mais nous voulons que la balance se rééquilibre. »

Thomas Richard, président de "Contact Hôtels" et propriétaire de l’hôtel Le Petit Vatel situé en centre-ville du Havre.

 

L’objectif de la plateforme n’est pas de boycotter les grands sites de réservation car ils apportent une certaine visibilité notamment auprès de la clientèle étrangère, mais plutôt de faire profiter le tourisme aux acteurs locaux.

Il y a un problème de fiscalité puisque ces plateformes ne sont pas imposées en France. La commission qu’ils prennent ne génère pas de richesse pour le territoire français et donc de réinvestissement sur des infrastructures pour accueillir les touristes. »

Thomas Richard, président de "Contact Hôtels" et propriétaire de l’hôtel Le Petit Vatel situé en centre-ville du Havre.

Cette commission est utilisée pour classer les chambres. « Ce sont souvent les hôtels qui payent le plus de commissions qui arrivent en haut de la liste, pas ceux qui sont les mieux notés par les clients »

Et pour capter les touristes en direct, la structure garantit un tarif plus intéressant.

Nos chambres sont moins chères sur le site de l’association ou en réservation par téléphone. Et nous proposons 4 euros de réduction sur une deuxième nuitée dans un hôtel du groupement. »

Thomas Richard, président de "Contact Hôtels" et propriétaire de l’hôtel Le Petit Vatel situé en centre-ville du Havre.

Aujourd’hui, les hôteliers comptent sur les Français pour limiter l’impact du Covid-19 sur la saison, qui s’annonce déjà moins bonne que la précédente. La structure espère que son message sera entendu au-delà de la clientèle : « Contact Hôtels » souhaite que le législateur se saisisse du sujet.

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