À Rouen, les boutiques de CBD fleurissent en centre-ville

CBD pour cannabidiole, la molécule du cannabis qui se trouve dans la fleur de chanvre. L'union européenne a jugé illégal d'interdire sa vente en novembre dernier. Depuis les boutiques ouvrent à toute allure, on en compte plus de 400 en France, et la Normandie n'échappe pas au phénomène.

Dans le centre-ville de Rouen, les boutiques de produits de CBD fleurissent.
Dans le centre-ville de Rouen, les boutiques de produits de CBD fleurissent. © France Télévisions

CBD, 3 lettres qui provoquent un engouement pour certains. Depuis quelques mois, les boutiques qui vendent cette molécule présente dans le cannabis fleurissent notamment à Rouen. On compte déjà cinq boutiques spécialisées en centre-ville. Une quinzaine dans l'agglomération. Souvent des franchises, comme "L'as du CBD" ou "O'CBD shop".

Cette dernière est d'ailleurs gérée par un danseur du chanteur Keen'v, qui, privé de concert, a récemment assuré sa promotion sur les réseaux sociaux pour lui donner un peu de visibilité. La vente de produits CBD, de son vrai nom Cannabidiol, est autorisée en France depuis novembre 2020 suite à une décision de justice européenne. Si le produit dérivé du chanvre (la plante à l'origine du cannabis) contient moins de 0,2 % de THC, il n'est pas considéré comme une drogue.

Il n'y a pas d'effet psychotrope, ni d'effets secondaires.

Jimmy, gérant de la boutique O'CBD Shop à Rouen. 

Un marché hyperconcurrentiel

Le marché du CBD, qui pèse 150 millions d'euros aujourd'hui, et doit atteindre le milliard d'ici deux ans, est hyper concurrentiel. En France, on compte plus de 400 boutique et la Normandie n'échappe pas à la règle.

Le dernier arrivé à Rouen, c'est "L'Oncle Ben", géré par Benjamain Bénard. "J'ai eu un lancement un peu compliqué avec le Covid car il y a peu de monde dans les rues. Mais c'est vrai que le marché est en pleine croissance."

Dans sa boutique, Benjamin vend du CBD sous toutes les formes.
Dans sa boutique, Benjamin vend du CBD sous toutes les formes. © France Télévisions

Dans sa boutique, Benjamin propose une vingtaine de variétés vendues sous toutes ses formes : huiles essentielles, résines, cosmétiques et bien sûr, la fleur de CBD. "Tous mes produits viennent de Suisse. Je fais des pochons de 1 gramme, 5 grammes et 10 grammes." Côté tarif, il faut compter 8 à 12 euros le gramme, selon la variété.

Mon fournisseur me fournit tous les tests de laboratoire me garantissant le taux inférieur de THC à 0,2% parce que si je dépasse cette limite, je suis reconnu comme vendeur de stupéfiant.

Benjamin Bénard, gérant de "L'Oncle Ben"

Ni médecins, ni pharmaciens

Juridiquement, le CBD est un produit complexe. Il est légal de le vendre, mais pas pour le fumer. Il se prend officiellement en infusion. Autre interdiction pour les revendeurs : évoquer ses vertus thérapeutiques, qui seraient pourtant prouvées.  "Le CBD fonctionne pour l'anxiété mais je n'ai pas le droit de vendre ses vertues parce que je ne suis pas habilité pour. Je conseille généralement aux gens de se renseigner auprès de leur médecin traitant", explique Benjamin Bénard.

Nous ne sommes ni médecin, ni pharmacien et ça ne guérit pas.

Jimmy, gérant de la boutique OCBD Shop Rouen

Apaiser l'insomnie, calmer les douleurs musculaires, l'anxiété ou encore des troubles dermatologiques... le chanvre aurait des bienfaits sur notre santé. "Ces huiles soulagent les douleurs de maladies chroniques, inflammatoires, dégénératives... aussi pour les douleurs musculaires et articulaires", nous montre Jimmy de la boutique "OCBD Shop". Tisanes, fleurs, chocolat, shampooing, crèmes pour le visage, produits pour chiens et chats... il y en a sous toutes les formes. 

Du chanvre dans des produits de beauté.
Du chanvre dans des produits de beauté. © Amandine Pointel / France Télévisions

Des personnes souffrant de règles douloureuses ou encore de pathologies comme la sclérose en plaques ou la maladie de Crohn, apprécient ses effets.

"Finalement on ne ressent pas grand-chose. Une légère détente qui vous envahie, un apaisement...", nous confie Olivier, 42 ans et ancien fumeur de cannabis, qui se rend dans la boutique de Benjamin une fois par semaine.

Une alternative pour les fumeurs de cannabis ?

Les effets du CBD plaisent notamment aux fumeurs de THC, autre molécule présente dans le cannabis, sa version plus connue, récréative, mais illégale. Alexis (son prénom a été modifié), 28 ans, a accepté de nous en parler. "Je suis dépendant au cannabis clairement. Je consommais environ 5 joints de cannabis par jour. Depuis que je connais le CBD je n'en fume plus que un ou deux." Avec le CBD qu'il fume depuis deux ans, pas d'effets psychotropes, ni de paranoïa. 

C'était mon but en consommant du CBD de réduire ma consommation de cannabis. Cette accoutumance que j'avais dans le fait de rouler, de fumer... je la retrouve sans les effets néfastes du cannabis.

Alexis, ancien fumeur de cannabis

Alexis a remplacé sa consommation de cannabis par la fleur de CBD.
Alexis a remplacé sa consommation de cannabis par la fleur de CBD. © France Télévisions

"Je suis serveur, donc c'est totalement impossible de fumer un joint de cannabis avant le service. Alors que fumer du CBD c'est totalement envisageable. Je vais être plus détendu, plus relaxé, je vais peut-être avoir plus de contact avec la clientèle. Si c'était du cannabis, je me serai contenté de ramener l'assiette et j'aurais été incapable d'avoir une discussion avec les clients", explique Alexis.

Le CBD est-il vraiment une solution pour se sevrer de son addiction au cannabis ? "C'est une solution intéressante pour réduire les risques", indique Alexandre Baguet, docteur en addictologie au CHU de Rouen. "Avec le confinement, se procurer du cannabis est devenu plus difficile. Il est fort probable qu'une partie de la population dépendante au cannabis se soit rabattue par la consommation du CBD."

"Aucun médicament ne se fume"

"Le CBD n'est pas un produit de santé, ce n'est pas un médicament, c'est un produit de consommation. Les vertues sont peut-être ressenties mais n'ont pas encore été démontrées", selon Alexandre Baguet, docteur en addictologie au CHU de Rouen. 

Selon lui, deux médicaments en France contiennent actuellement du CBD : "des études sont en cours pour démontrer s'il y a des interêts".

Aucun médicament ne peut-être fumé. La fumée est toujours toxique pour la santé. Les médicaments évoqués seraient soit à ingéré, soit par spray buccal.

Alexandre Baguet, docteur en addictologie au CHU de Rouen

La France, 1er producteur européen de chanvre

Avec 20 000 hectares dédiés, la France est le premier producteur européen de chanvre. Pourtant, les vendeurs de CBD français se fournissent en Suisse. En cause, un arreté de 1990 qui empêche d'exploiter la fleur du chanvre. Mais la loi devrait évoluer.

"Le mois prochain, il y aura des réunions entre les cabinets ministériels et c'est là que ca va se décider", explique Nathalie Fichaux, à la tête de l'interprofession du chanvre. Elle attend de pied ferme cette loi qui permettrait de mieux valoriser la plante. 

Expérimentation du cannabis médical

Autorisée en 2019 par l'Assemblée nationale mais repoussée par la crise sanitaire du Covid-19, l'expérimentation du cannabis médical débute en France. Le ministre de la Santé Olivier Véran a assisté vendredi 26 mars à la première prescription de cannabis médical en France pour un patient suivi au CHU Estaing de Clermont-Ferrand.

"C'est un jour important pour l'histoire de la médecine en France puisque notre pays, à compter d'aujourd'hui, commence à reconnaître dans le cadre d'un protocole thérapeutique le cannabis comme étant un membre à part entière de la pharmacopée française", a souligné le ministre de la Santé lors d'un point presse.

Cette expérimentation, destinée à évaluer l'efficacité de l'introduction de cannabis dans l'offre pharmaceutique, durera deux ans et concernera 3 000 patients. Quelque 200 centres de référence dans 170 hôpitaux sont impliqués dans l'expérimentation. 

Les patients sont éligibles s'ils souffrent de maladies graves mais seulement "en cas de soulagement insuffisant ou d'une mauvaise tolérance" avec les traitements déjà existants, selon l'Agence du médicament ANSM. Il s'agit de certaines formes d'épilepsies, de douleurs neuropathiques, d'effets secondaires de la chimiothérapie, de situations de soins palliatifs ou certaines douleurs de la sclérose en plaques.

Des enfants pourront être inclus, en particulier pour des formes d'épilepsie réfractaires aux traitements ou en cancérologie. Ces médicaments, importés, seront disponibles à différents dosages des substances actives - tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol (CBD).
 

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