Dans l'agglomération de Rouen, les espaces verts sont rongés par la bétonisation

De moins en moins d'espaces verts et de plus en plus de petits immeubles. Rive gauche à Rouen, à Bois-Guillaume également, les habitants et les nouveaux élus déplorent une transformation du paysage sur le long terme. Et cherchent des solutions

Le projet d'immeuble doit remplacer le fleuriste basile
Le projet d'immeuble doit remplacer le fleuriste basile © France Télévisions

Depuis des années, la rive de gauche de Rouen voit pousser les immeubles les uns après les autres. Les espaces verts eux se réduisent au fil au temps. Et un nouveau projet devrait sortir de terre dans les mois à venir.

"Sauvons le 40!"

Au numéro 40 de la rue de la Mare du Parc se trouve l'ancien fleuriste "Basile Fleur" qui a fermé ses portes. Et les anciens locaux, désormais inoccupés, vont bientôt être détruits pour laisser place à un nouvel immeuble de cinq étages. "Ce projet a été adopté à la va-vite par l'ancienne municipalité au moment où le 'Plan Local d'Urbanisme (PLU) était en train de changer", s'agace Benjamin, membre du collectif "Sauvons le 40!". Le permis de construire a bel et bien été délivré quelques semaines avant le premier tour des élections municipales. Le promoteur, Cap Horn, l'a obtenu en mars 2020 quelques temps avant le vote d'un nouveau PLU. "Quand on regarde l'environnement autour de ce futur immeuble, je comprends que l'on puisse s'interroger", admet Fatima El Khili, nouvelle adjointe à l'urbanisme dans l'équipe de Nicolas Mayer-Rossignol à la mairie de Rouen. 

Projet d'immeuble au 40 rue de la mare au Parc, rive gauche à Rouen
Projet d'immeuble au 40 rue de la mare au Parc, rive gauche à Rouen © DR/France Télévisions

La lutte a commencé au début de l'année 2021 pour le collectif "Sauvons le 40!", presque un an après la délivrance du permis de construire. "Il est trop tard pour les recours juridiques, regrette la maire-adjointe, le promoteur est maintenant propriétaire du foncier. Le droit à la propriété s'applique."

On est pieds et poings liés. Légalement on ne peut rien faire.

Fatima El Khili, adjointe à l'urbanisme à la mairie de Rouen

L'immeuble haut de cinq étages dont deux sous les combles, va accueillir à terme une trentaine de logements. Et à ce jour, rien n'empêche que les travaux commencent. "Nous sommes pieds et poings liés, reconnait Fatima El Khili, s'il avait été proposé aujourd'hui, le projet aurait été davantage concerté. On le voit la nature n'est pas pris en compte, la densité maximale autorisée a été atteinte".

En réalité, certains habitants de la rive gauche dénoncent la bétonisation rampante de leurs quartiers. Comme en témoignent ces deux prises de vues, en moins de quinze années, le béton a remplacé la végétation.

Rouen, rive gauche en 2006
Rouen, rive gauche en 2006 © France Télévisions
Rouen, rive gauche en 2020
Rouen, rive gauche en 2020 © France Télévisions

La rive gauche bétonnée, la nature sacrifiée ?

"Tout le long près du jardin des plantes, c'était un parc magnifique, se souvient Cécile, membre du collectif "Sauvons le 40!", tout a disparu en un rien de temps." Pendant la campagne municipale, Nicolas Mayer-Rossignol, allié au candidat EELV Jean-Michel Beregovoy, avait promis de faire la part belle aux espaces verts. "Nous allons prendre de nouvelles dispositions dans le prochain PLUI en octobre 2021, à la Métropole Rouen Normandie, pour protéger nos espaces remarques" annonce Fatima El Khili, également conseillère métropolitaine.

Il faut stopper la course à l'échalote (ndlr : la surenchère) dans la hauteur des immeubles.

Fatima El Khili, adjointe à l'urbanisme à la mairie de Rouen

Au total, 27 dispositions devraient être soumises au vote pour protéger les arbres remarquables, les espaces boisés, les alignements d'arbres, pour abaisser les règles de hauteurs des futurs immeubles dans les quartiers ouest de Rouen... "Il faut stopper la course à l'échalote (ndlr : la surenchère) dans la hauteur des immeubles", justifie l'élue. L'exécutif municipal tente également, selon elle, d'imposer la végétalisation des extérieurs des constructions à venir. "Pour ce qui est du projet près du jardin des plantes, nous espérons pouvoir l'améliorer en proposant la végétalisation autour de l'immeuble et sur les terrasses" explique l'adjointe de Nicolas Mayer-Rossignol. Elle va d'ailleurs tenter une médiation entre les riverains et le promoteur Cap Horn. "Je veux mettre tout le monde autour de la table pour obtenir un permis de construire rectificatif, espère Fatima El Khili, ma porte est ouverte."  

L'étalement urbain, phénomène global ?

Le problème que connait la ville de Rouen est le même à Bois-Guillaume, au nord de l'agglomération. Les chantiers de petits immeubles y poussent comme des champignons. "Il y a beaucoup de frustration, d'incompréhension et parfois de la colère, reconnaissait récemment Théo Perez, nouveau maire de la ville, il faut freiner l'étalement urbain, éviter que la ville consomme des espaces naturels. Aujourd'hui la grande difficulté c'est que les opérateurs immobiliers vont d'abord traiter avec le propriétaire. La ville est dos au mur." Pour contrer ce phénomène, Théo Perez, a mis en place une convention citoyenne de l'urbanisme au début de l'année 2021. Une "charte locale de l'urbanisme" va poser les règles pour les promoteurs et sera conforme au PLUI. Ce nouveau dispositif devrait permettre d'imposer de la cohérence dans les nouvelles constructions et davantage d'espace pour la végétation. 

A Rouen, de son côté la municipalité compte réunir l'ensemble des promoteurs et des bailleurs sociaux le 14 avril prochain pour échanger sur les constructions à venir.

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