Covid19 : "À ce rythme, je mets bientôt la clef sous la porte" les bars de la métropole Rouen contraints de fermer à 22h

Depuis le 23 septembre et les annonces d'Olivier Véran, ministre de la Santé, les bars de 19 communes de la métropole de Rouen Normandie sont contraints de fermer à 22h. Une décision vécue comme une injustice par les propriétaires de ces derniers.

C’est dans la métropole de Rouen que la situation est la plus critique. En conséquence, les bars de 19 communes de la métropole devront notamment fermer à 22h à partir du 28 septembre.
C’est dans la métropole de Rouen que la situation est la plus critique. En conséquence, les bars de 19 communes de la métropole devront notamment fermer à 22h à partir du 28 septembre. © Jean-Luc FLEMAL / Maxppp
"Je ne sais même pas vraiment quoi dire à part que je suis désespéré. À ce rythme, je mets bientôt la clef sous la porte."

Cette propriétaire d’un bar à Rouen, qui préfère rester anonyme, ne cache pas son désarroi, ce vendredi 25 septembre. "On respecte toutes les mesures barrières, toutes les recommandations du gouvernement depuis le début. Aujourd’hui, fermer à 22h, c’est presque annoncer la fin de mon commerce."

Un sentiment d’injustice et un important mécontentement partagé, selon Philippe Coudy, président de l’Umih -1er syndicat national des hôtels, bars et restaurants -, par un grand nombre de propriétaires de bars de la métropole rouennaise.

À partir du 28 septembre, les débits de boissons seront ainsi contraints de fermer à 22h. Une décision actée mercredi par le ministre de la Santé, et précisée ce vendredi par le préfet de Seine-Maritime : 19 communes de la métropole (sur 71) sont effectivement concernées.

Des contrôles de respect des mesures sanitaires dans les établissements "insuffisants"

Raison invoquée par les autorités : le passage de la métropole de Rouen en "zone d’alerte renforcée", face à une circulation active de la Covid-19.

La préfecture vise ainsi à limiter la propagation du virus, et éviter une nouvelle mise en tension du système hospitalier. Mais pour les propriétaires de bars et bistrots, la mesure a du mal à passer.
 
"Les bars ont le sentiment d’être la seule, ou du moins la principale variable d’ajustement dès qu’on rencontre un problème d’accueil dans les hôpitaux", soupire Philippe Coudy.

Plus encore, les patrons de ces établissements reprochent un "laxisme" de la part des autorités vis-à-vis des contrôles du bon respect des procédures sanitaires au cours des derniers mois.

Les bars ont le sentiment d’être la seule, ou du moins la principale variable d’ajustement dès qu’on rencontre un problème d’accueil dans les hôpitaux.

Philippe Coudy, président de l'Umih


Car le patron de l’Umih l’assure : mises en place de plexiglas, espacement des tables, gel hydro alcoolique à l’entrée, port du masque obligatoire… Pour la grande majorité, les bars ont "joué le jeu".

"On a fait tout ce qu’il fallait, on a dépensé de l’argent de notre poche pour être aux normes, confirme la propriétaire du bar rouennais. Je ne comprends pas pourquoi aujourd’hui, cela ne suffirait plus".

Certains bars ont bien fait fi des mesures de distanciation sociales et gestes barrières imposés. "Mais ceux-là, on savait qu’ils ne respectaient pas les règles dès la réouverture après le confinement, le 2 juin", tranche Philippe Coudy.

Le sentiment d'une "punition collective"

Le président de l’Umih assure avoir alerté dès le début de l’été les maires et la préfecture de Normandie sur l’importance d’augmenter le nombre de contrôles des établissements. Pour le syndicat, ces derniers ont été largement insuffisants.

Résultat : "On assiste aujourd’hui à une punition collective, avec une majorité respectueuse des règles qui paie pour les agissements de quelques-uns, qui auraient pu être arrêtés dès le début si des contrôles avaient été correctement effectués."

On assiste aujourd’hui à une punition collective, avec une majorité respectueuse des règles qui paie pour les agissements de quelques-uns.

Philippe Coudy, président de l'Umih


L’impact financier pourrait être conséquent pour les commerces, déjà fragilisés par une année pour le moins compliquée. "Les bars vont quand même ouvrir pour essayer de sauver l’activité « after work » entre 18 et 22h, estime Philippe Coudy. Mais ils vont bien perdre la moitié de leurs revenus par soirée, ce qui est très problématique."

La restauration autorisée jusqu’à minuit

S’ils ne pourront bientôt plus non plus servir de boisson passé 22h, les restaurateurs conservent de leur côté l’autorisation d’ouvrir jusqu’à minuit.

Un soulagement pour Julien Marchal Gueret, directeur de l’hôtel-restaurant de Dieppe, à Rouen. "La majorité de notre commerce se fait sur la restauration. Pour nous les consommations de boisson seule se font surtout en apéritif, donc nous sommes moins concernés".

Pour autant, l’homme pointe un "vrai flou" dans les annonces gouvernementales et préfectorales au sujet de sa branche d’activité.

Une fois de plus, on tape sur nous, et c’est tous nos confrères des bars, restaurants et hôtels qui sont affectés.

Julien Marchal Gueret, directeur de l'hôtel de Dieppe


"Il y a une vraie ambiguïté dans ces différents arrêtés, qui provoquent des incertitudes sur les mesures annoncées et leur application. Il suffit de voir le 23 septembre, après les annonces du ministre de la Santé : on ne savait pas exactement si les restaurants pourraient ouvrir au-delà de 22h, ni dans quelles conditions…"

Comme Philippe Coudy, président de l’Umih, Julien Marchal Gueret regrette une "punition collective" : "Une fois de plus, on tape sur nous, et c’est tous nos confrères des bars, restaurants et hôtels qui sont affectés. La majeure partie a bien respecté les mesures, mais on coule quand même tout le monde."

Le gérant de l’hôtel de Dieppe n’a pour l’heure pas été contraint de licencier du personnel. Mais sur une trentaine de salariés, 30% environ restent encore aujourd’hui placés en chômage partiel. "Si le gouvernement décide d'arrêter de financier le chômage partiel, on finira par être obligés de faire des coupes", redoute-t-il.
 
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