La circulation des trains fortement perturbée en France depuis jeudi soir et le sera tout le week-end en raison d'une grève des contrôleurs. Nous sommes allés à la rencontre de l'un d'entre eux, Bastien Sellier. Nous lui avons posé 3 questions pour comprendre la réalité de son quotidien.

Depuis jeudi soir, une grande partie des trains français restent à quai. Plus de 60% des contrôleurs de la SNCF sont en grève depuis ce vendredi 16 février 2024 et ce, tout au long du week-end. Ils réclament une hausse des salaires et la prise en compte des primes dans le calcul de leur retraite.

Nous sommes allés à la rencontre de l'un d'entre eux, Bastien Sellier, secrétaire CGT des cheminots de Rouen. Il est contrôleur depuis 17 ans. Nous lui avons posé trois questions pour comprendre la réalité de son quotidien.

1 En quoi consiste votre métier ?

Bastien Sellier : Notre métier est basé sur ce qu'on appelle "les 4 S" : la sécurité, la sûreté, le service et la sauvegarde des recettes. Tout ce qui est sécurité ferroviaire dépend de nous à bord du train, mais aussi à côté du train. On assure la sûreté des voyageurs, par exemple quand l'un d'entre eux fait un malaise, on assure la sûreté des bagages.

On assure aussi un côté commercial lorsqu'on informe des tarifications, la régularisation, etc. Pour la sauvegarde des recettes, on est en capacité de faire un billet ou un procès-verbal en fonction de la situation de chaque usager.

2 Comment s'organise votre quotidien ?

Aujourd'hui notre métier est en difficulté parce que nos journées sont de plus en plus longues. Un contrôleur peut travailler jusqu'à 11 heures dans une même journée. Nous avons des horaires complètement aléatoires. On peut faire une matinée, une soirée, dormir hors de notre maison une à deux fois par semaine. Tout ça dépend de notre roulement. 

Il y a aussi des agents en réserve qui ne connaissent leur programme de la journée que la veille pour le lendemain. Et nous travaillons les week-ends, les jours fériés, les nuits, etc.

Quand il y a un incident en ligne, il faut être présent puisque de toute façon, nous sommes à bord et il faut gérer la situation.

Il y a une grosse charge mentale. Parfois, une journée simple devient très complexe et on se retrouve avec une fatigue physique et mentale en fin de journée.

Bastien Sellier, contrôleur SNCF depuis 17 ans

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3 questions à Bastien Sellier, contrôleur de train à Rouen ©France Télévisions

3 Quelles sont vos revendications pour cette grève ?

Avant 2022, ça faisait neuf ans qu'on avait un gel des salaires. Grâce à la mobilisation en juillet 2022, on avait réussi à avoir une augmentation générale des salaires pour l'ensemble des cheminots. Aujourd'hui, en tant que contrôleur, malgré cette augmentation, nous sommes toujours lésés.

On a un métier très particulier, nous n'avons pas d'horaires fixes. On demande que cette pénibilité soit mise en avant dans les négociations avec l'entreprise. 

Bastien Sellier

Quand on ne travaille pas dans les trains, on perd de l'argent. Si demain je suis en congés, je perds de l'argent parce que mon salaire est fait à 70% de primes. Aujourd'hui, on demande à ce que ces primes de travail comptent dans le calcul de retraite et avoir une retraite convenable.

Jusqu'en 2007, on avait la possibilité de partir à 55 ans, mais aujourd'hui, on partira à la retraite comme tout salarié en France à 64 ans. Nous demandons une cessation progressive d'activité qui nous permettrait de partir un peu plus tôt pour prendre en compte la pénibilité de notre métier.

Aujourd'hui, un cheminot gagne légèrement plus qu'un SMIC à son embauche.

Bastien Sellier

Il y a aussi le problème des salaires. Avant 2020, un cheminot embauché était en dessous du SMIC. Aujourd'hui, il est embauché légèrement au-dessus du SMIC. Et c'est pareil pour un contrôleur. En début de carrière, on est sur du 1 700 euros. Avec 17 ans de carrière, j'ai un salaire qui me permet juste de finir mes fins de mois. On voudrait que nos salaires soient indexés sur l'inflation.

Ce week-end est un premier mouvement, il y en aura d'autres.