"Le scénario le plus sombre, c'est que les salles de musiques actuelles disparaissent lentement" : quel avenir pour le 106 de Rouen ?

Le budget des scènes de musiques actuelles (SMAC) fait grise mine en cette fin d'année 2023. Avec l'inflation et les coûts de l'énergie qui explosent, leurs factures grimpent mais pas leurs subventions. Entretien avec Jean-Christophe Aplincourt, directeur du 106 de Rouen.

SMAC, scène de musiques actuelles, des lieux essentiels où de nombreux artistes se révèlent mais menacés par la conjoncture actuelle. Inflation, factures d’énergie démesurées, les moyens s’amenuisent.

Un nouvel amendement au mois de décembre

Subventionnées par l’État à hauteur de 100 000 euros par an, ce n’est plus suffisant. Les dirigeants demandent une réévaluation à hauteur 200 000 euros, balayée à l’Assemblée Nationale par un coup de 49.3 en octobre 2023. Un nouvel amendement sera présenté en ce mois de décembre.

Entretien sur la situation des SMAC avec Jean-Christophe Aplincourt, directeur du 106 de Rouen. 

Comment se porte le 106 ? 

Jean-Christophe Aplincourt : Notre salle ne se porte pas si mal, c'est surtout grâce au public qui répond à l'appel, aux musiciens qui ont repris le chemin des studios et au fait qu'on réalise beaucoup d'actions dans le cadre scolaire.

Le point de vigilance réside dans cette période délicate que nous traversons en ce moment. Il y a plusieurs évolutions possibles, soit on maintient un cap culturel propre au cahier des charges des scènes de musiques actuelles ou alors on se laisse submerger par la crise à cause des coûts de l'énergie, de l'inflation qui se répercute sur les salaires ou encore par l'effet du streaming.

Si ces trois facteurs se conjuguent à plein rendement et qu'on ne trouve pas de compensation d'un point de vue des aides publiques, on ira forcément vers quelque chose de beaucoup moins bien. C'est pour ça qu'on tire la sonnette d'alarme, c'est l'État qui est en retard.

Le label SMAC est un des plus récents dans le domaine de la culture et de fait, on a l'impression qu'il est traité à la marge. Ce qu'on revendique, c'est que le plancher de ce label soit revu à la hausse. 

Le chemin semble long et vos demandes ont été refusées à l'Assemblée nationale. 

Effectivement, c'est un vrai sujet de débat à l'Assemblée nationale, à la commission culture de l'Assemblée mais aussi au Sénat. On rencontrait une approbation transpartisane, beaucoup de députés et de sénateurs se sont mobilisés mais malheureusement il n'a pas été retenu dans le premier projet de loi de finance à cause d'un coup de 49.3.

"Nous avons demandé une réévaluation à 200 000 euros"

Certains amendements sont considérés, d'autres pas. Une deuxième lecture va être proposée donc nous espérons qu'il sera étudié et approuvé.

Lorsque l'on parle argent, le plancher dédié aux SMAC est loin d'être à l'échelle des scènes nationales ou des opéras. On est sur une enveloppe de 100 000 euros de subvention d'État par SMAC et par an.

Dans la plupart des structures culturelles, on vise une prise en charge à hauteur d'un tiers par l'État et deux tiers par les autres collectivités. Là, l'État est plutôt sur 5 à 10% maximum. Il faut qu'il reprenne son rôle prescripteur. C'est pour ça que nous avons demandé une réévaluation à 200 000 euros. 

Si ce retard n'est pas comblé, quel avenir attend les SMAC ? 

Le risque, c'est que l'édifice collectif s'abîme. Les scènes de musiques actuelles sont apparues dans les années 80, le label a été officiellement créé en 2010 mais le peuplement a été progressif au niveau national. Il faut arrêter de penser que nous pouvons faire de la musique actuelle dans des gymnases ou des salles des fêtes. 

"Nous sommes des scènes de musiques actuelles"

Le scénario le plus sombre, c'est que les SMAC qui sont en zone périurbaines ou en zones rurales disparaissent lentement ou changent de fonction, devenant ainsi moins musicales.

Les SMAC qui sont implantées dans les villes quant à elles pourraient plutôt devenir des outils privés, c'est-à-dire avec des prix de billets plus élevés, avec des programmations plus standardisées pour attirer plus de monde et c'est intrinsèquement lié au streaming.

Le but étant de concentrer l'audience sur un nombre limité de références. Nous ne voulons pas ça, ça dénaturerait notre identité, nous sommes des scènes de musiques actuelles et nous voulons le rester. 

Notre reportage à découvrir ici.

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Quel avenir pour le 106 de Rouen et les scènes de musiques actuelles ? Entretiens avec Jean-Christophe Aplincourt, directeur du 106 de Rouen et Aurélie Hannedouche, présidente du Syndicat des Musiques Actuelles. ©Quentin Bral et Stéphanie Letournel

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