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A Rouen, les rencontres nationales de l'habitat mobile expliquent le lien entre précarité et nomadisme

A l'intérieur d'un utilitaire J9 Peugeot transformé en "habitat mobile" par un travailleur qui habite dans ce véhicule / © France 3 Normandie / Image extraite de la vidéo du JRI Hervé Colosio
A l'intérieur d'un utilitaire J9 Peugeot transformé en "habitat mobile" par un travailleur qui habite dans ce véhicule / © France 3 Normandie / Image extraite de la vidéo du JRI Hervé Colosio

Alors que de plus en plus de travailleurs précaires sont contraints de se déplacer pour trouver un emploi, une directive européenne et un renforcement des contrôles pénalisent encore plus les propriétaires de logements sur roues
 

Par Richard Plumet

A Rouen, l'architecte Stany Cambot travaille depuis 1998 au sein du collectif Echelle Inconnue sur "l'invisible des villes". C’est-à-dire "à la fois sur ce qu'on ne voit pas des villes mais aussi sur ceux que l'on ne voit pas dans la ville."  

Exemple de "ceux qu'on ne voit pas" : Jean-Charles. A 58 ans et sans qualification reconnue, il enchaîne les contrats courts, d'une région à une autre "là où il y a du boulot". Pour ne pas dépenser le peu qu'il gagne dans les hôtels, il vit depuis plus de 15 ans dans les 10 m2 de sa fourgonnette aménagée par lui en logement autonome : "c'est ma maison".

Pour les membres du collectif Echelle Inconnue il était important, dans le cadre du mois de l'architecture, de faire venir à Rouen l'édition 2019 des rencontres de l'habitat mobile car, comme l'explique Stany Cambot, tous ces véhicules, fourgonnettes ou camions aménagés en lieu d'habitation, "c'est de l'architecture qui se fait sans architecte":

On s'intéresse aux formes réputées marginales de l'urbanisme. En tout cas ce que nous on considère comme les formes clandestines de la ville.  Et la ville telle qu'elle se développe aujourd'hui elle se développe aussi de cette manière-là. On estime à un million de personnes en France qui vivent de manière légère et mobile à la fois en camion, en caravane ou en camping-car.

C'est la ville contemporaine qui est en train de se construire parce qu'il y a des pressions économiques qui font qu'il y a une injonction à la mobilité.
Et on est en plus face à une population grandissante qui a de moins en moins accès aux bailleurs privés et aux bailleurs sociaux parce que tout devient de plus en plus compliqué.

 
Habitat mobile, précarité, emploi et exclusion
VIDEO : interview de Stany Cambot par R. Deh et H. Colosio
 

Des véhicules bientôt interdits de circuler ?

Lors des rencontres nationales de l'habitat mobile 2019, il a été beaucoup question d'une récente directive européenne, et de contrôles techniques plus poussés qui risquent de priver des milliers de Français de la liberté de pouvoir continuer à habiter dans un camion aménagé.

Très bizarrement, la directive européenne a très tôt visé les aménagements de camions servant d'habitation en faisant en sorte qu'un certain nombre de ces habitations se retrouvent exclues du droit de circuler et, par là même, leurs habitants rejetés une deuxième fois à la rue…
Donc il nous semblait important d'affirmer et de rendre visible ce nouveau mode d'habiter, et d'essayer de voir si il est encore possible de vivre de cette manière-là, ou est ce que ces gens-là vont être condamnés à être à la rue ou condamnés à essayer de trouver énormément d'argent pour rentrer dans le marché du camping-car, en sachant bien qu'un camping-car c'est 40 ou 50.000 euros. Et c'est pas c'est un petit investissement !

A Rouen, les rencontres nationales de l'habitat mobile
VIDEO : le reportage de Raphaël Deh et Hervé Colosio (montage : Stéphanie Pierson)
 

VASP ou CTTE ? 

L'un des thèmes des rencontres de l'habitat mobile 2019 de Rouen portait sur la loi sur le contrôle technique.
Extrait du programme :

Des ateliers et débats ont pour objectif de "comprendre sur quels critères de technicité un bricolage peut être validé et d'appréhender les impacts de l’arrêté modifiant le contrôle technique sur le droit à la ville de ses habitants ?"
  • Faut-il faire homologuer son véhicule en VASP (aménagement d'un véhicule destiné à servir de logement) ou est-ce possible de rester en CTTE (véhicule utilitaire) sur la carte grise ?
  • Quelles sont les conséquences de cette homologation ?
  • Quel est le coût de celle-ci ainsi que de l'aménagement du véhicule s'il doit être modifié
Les exigences du contrôle technique se sont renforcées depuis mai 2018. Ces nouvelles mesures incitent les propriétaires de logements sur roues à faire homologuer leur véhicule afin que la mention « VASP » (qui désigne un véhicule destiné à servir de logement, comme par exemple les camping-cars) apparaisse sur leur carte grise à la place de celle de « CTTE » (qui désigne un véhicule utilitaire). Toutes ces modifications ainsi que les aménagements parfois nécessaires qui les accompagnent ont un coût, ce qui peut davantage précariser ces habitants en camion.
 

L'homologation d'un fourgon aménagé en VASP: la marche à suivre

Quelques tracasseries administratives, des contrôles à passer auprès de Qualigaz, le bureau Veritas et la Dreal... Voici les étapes à franchir pour parvenir à faire homologuer en VASP (véhicule automoteur spécifique) un fourgon aménagé artisanalement. Si votre van aménagé n'est pas homologué en VASP, le temps est venu d'y réfléchir.

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