VIDÉO. TÉMOIGNAGES. Le dopage dans le monde du cheval dans Débadoc

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Une émission présentée par Emilie Flahaut ©France 3 Normandie

Le monde des courses hippiques est-il gangréné par le dopage ? Trois vastes coups de filet ont été menés en France ces deux dernières années. Des affaires qui secouent ce milieu de passionnés où la discrétion est la règle, car beaucoup d’argent est en jeu : neuf milliards d’euros sont pariés chaque année en France. Le dopage dans le monde des chevaux, c’est le thème de ce débadoc.

Le dopage dans le milieu équin ne date pas d’hier et la lutte contre cette pratique a démarré dans les années 70. Les sanctions étaient sportives, administratives ou financières, mais depuis 2020, le dopage est puni pénalement, un délit passible de 5 ans de prison et de 75 000 euros d’amende.

Trois opérations de grande ampleur ont été menées ces deux dernières années, des opérations qui portent presque des noms de films, à juste titre, car quand on s’intéresse au dopage dans le milieu équin, on a parfois le sentiment d’être dans un film de gangsters avec menaces et intimidations envers les personnes qui osent briser l’omerta qui règne dans ce milieu très fermé.

La dernière affaire en date, "Horse Connection", a eu des ramifications jusqu'en Normandie.

J'ai administré le matin de la course un produit à mon cheval, je savais que j'étais dans l'illégalité car il est interdit de donner quoi que ce soit à son cheval une semaine avant le jour J. Mais pour moi ce produit, l'Hemo 15, n'était pas considéré comme dopant. Ce n'était pas pour améliorer ses performances. Et je l'ai acheté en pharmacie en France.

Jean-Rémy Launois, ancien entraîneur mis en examen

Extrait du débadoc "le dopage dans le mone du cheval"

Ancien entraîneur de trot près d’Argentan, Jean-Rémy Launois a été suspendu et mis en examen pour détention, trafic, importation, transport de substances ou produits dopants, participation et association de malfaiteurs, tentative d’escroquerie en bande organisée, exercice illégal de la médecine… il est sous contrôle judiciaire, présumé innocent.

Sur ce produit, il y a un gros flou. A un moment, il était en vente en France... aujourd'hui il n'est légalement pas vendable en France et on n'a pas le droit de l'avoir en possession dans nos écuries. Je réclame depuis un an une vraie table ronde avec tous les acteurs de la filière : vétérinaires, pharmaciens, instances et qu'on mette tout le monde devant ses responsabilités. Le pharmacien aussi a un devoir.

Stéphane Meunier, président du Syndicat des Entraîneurs, Drivers et Jockeys de trot

Extrait du débadoc "le dopage dans le monde du cheval"

Une nouvelle génération de produits dopants utilisés sur les chevaux

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Une émission présentée par Emilie Flahaut ©France 3 Normandie

On se trouve aujourd'hui face à une nouvelle génération de médicaments, les peptides, qui sont indétectables. Le grand avantage pour les tricheurs, c'est que ces médicaments sont des substances endogènes, qui existent au niveau de l'organisme. On ne peut donc pas faire la différence entre un produit administré et un produit qui serait sécrété par l'organisme. De ce point de vue là, le maillon faible de la lutte anti-dopage, c'est le laboratoire.

Jacques Nardin, vétérinaire spécialisé dans le contrôle anti-dopage

Extrait du débadoc "Le dopage dans le monde du cheval"

Le laboratoire des courses hippiques qui effectue tous les prélèvements des chevaux qui courent, dépend de la fédération nationale des courses hippiques. Il est financé par les courses. Comment peut-on être juge et partie ? Son indépendance est remise en cause.

Tests pratiqués en 2021 (source fédération nationale des courses hippiques) : 

Trot : 16830 prélèvements / 43 cas positifs

Galop : 11761 prélèvements / 23 cas positifs

Uns soixantaine de chevaux sont contrôlés chaque jour

99.6 % des réunions sont contrôlées 

Moins de 1% de cas positifs

Nous assumons totalement cette dépendance financière parce que nous avons un degré d'exigence en terme de quantité de prélèvements et en terme de qualité qui fait que c'est un équipement extrêmement coûteux. (...) A ce jour, il n'y a pas d'équivalent en France qui réunit ces compétences et ces capacités techniques. Nous avons créé l'outil unique en France qui est à la hauteur de nos ambitions dans la lutte contre le dopage. Comment ce laboratoire pourrait-il être complètement indépendant ? Avec le volume que nous traitons, nous en serions le client principal ou quasiment unique. Ce serait exactement la même contrainte.

Pierre Préaud, secrétaire général de la FNCH, la fédération nationale des courses hippiques

Extrait du débadoc "le dopage dans le monde du cheval"

Des contrôles anti-dopage remis en cause

Aujourd'hui, la plupart des contrôles anti-dopage sont réalisés après la course, or beaucoup de produits disparaissent pendant l'effort. Pourquoi ne pas les faire avant ? Parce que certains chevaux auraient besoin de calme avant la course... et que cela pourrait les perturber. Un argument que réfutent les professionnels invités de notre émission :

  •  "Guy-André Jean, président de l’hippodrome de Vire : Moi personnellement, je suis éleveur... je ne suis pas certain que si on fait un prélèvement avant, on va fausser la course.
  •  Jean-Rémy Launois, ancien entraîneur de trot près d’Argentan, suspendu et mis en examen : À partir du moment où il y a des gars qui s'arrêtent sur les aires d'autoroute pour mettre une sonde dans le nez de leur cheval pour atteindre l'estomac et leur faire un milk-shake, vous n'allez pas me faire croire que c'est une seringue pour faire un prélèvement une heure avant la course qui va gêner le cheval...
  •  Stéphane Meunier, écurie Aurmath à Croisilles dans l’Orne et président du Syndicat des Entraîneurs, Drivers et Jockeys de trot : Un milk-shake, c'est du bicarbonate de soude. Ça me fait bondir ça ! On met du bicarbonate de soude dans l'estomac d'un cheval ! Un pansement gastrique censé améliorer la récupération. Déjà, ça se faisait il y a 20 ans et on ne sait même pas si ça marche bien. On ne peut pas légitimer le fait qu'on mette en danger la santé d'un animal pour gagner une course. Là, c'est une question de bien-être animal et juste de bon sens."

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Une émission présentée par Emilie Flahaut ©France 3 Normandie

Des morts inexpliquées

Stéphane Meunier, président du Syndicat des Entraîneurs, Drivers et Jockeys de trot : "A l'heure actuelle, nous n'avons pas l'obligation en tant qu'entraîneur de déclarer la mort de nos chevaux. Normalement, pour avoir une trace écrite, on le déclare à l'IFCE (institut français du cheval et de l'équitation). Mais si je n'ai pas envie de le déclarer, que j'ai envie de le mettre au fond de ma fumière ou dans un trou, je peux. 

Ça fait partie des pistes d'amélioration. Comme le suivi toute l'année. C'est-à-dire que normalement, on a obligation de déclarer où sont les chevaux, mais par moments, on peut avoir des trous parce que cette obligation de déclarer n'est pas forcément suivie par nos services qui sont noyés par une somme d'infos. Des fois, un cheval disparaît pendant 6 mois. Il passe la frontière espagnole pour réapparaître 6 mois après sa balnéo en Espagne..."

Le jour même de l'enregistrement de cette émission avait lieu une course de trot à l'hippodrome de Caen. En pleine course, le cheval "Drôle de Mec" s’est subitement effondré sur la piste, où son décès a été constaté. Selon nos confrères de Ouest France, les vétérinaires pencheraient "pour une rupture d'anévrisme". 

Toujours dans les colonnes de nos confrères, Rose-Marie Vigorito-Somson, la directrice de l’hippodrome de Caen, commente l'événement : "C’est un événement assez rare. La dernière fois que c’est arrivé à Caen, c’était en septembre, lors d’une épreuve de qualifications."

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Une émission présentée par Emilie Flahaut ©France 3 Normandie

 

Notre débadoc "dopage dans le monde du cheval" est diffusé ce jeudi 23 mars à 23h35 sur France 3 Normandie.

Rediffusion le mardi 28 mars à 9h05.

Et bien sûr, quand vous voulez, sur notre site internet.

Article écrit avec Emilie Flahaut.

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