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Cartographie de la population médicale : les grandes disparités de Nouvelle-Aquitaine

© France 3 Périgords - Elsa Arnould & Pascal Tinon
© France 3 Périgords - Elsa Arnould & Pascal Tinon

En Nouvelle-Aquitaine, les disparités sont saisissantes selon les territoires. C'est ce qui ressort de l'Atlas de la Démographie Médicale en France publié par le Conseil National de l'Ordre des Médecins. 

Par Pascal Faiseaux

Depuis 11 ans, les médecins publient chaque année un Atlas de la Démographie Médicale en France. Un instantané de l'implantation des médecins sur le territoire, indiquant leur âge, leur condition d'entrée en exercice, leur éventuel transfert d’un département à l’autre, les modifications dans leur mode d’exercice et leur départ à la retraite. En 2018, 296 755 médecins sont inscrits en France, c'est 2% de plus que l'an dernier, 12% de plus qu'en 2010. 

Médecins néo-aquitains : seulement 1% est installé en Creuse 


Il y a 26 628 médecins en Nouvelle Aquitaine (contre 63 000 en Ile-de-France). La densité nationale est de 270,3 médecins pour 100 000 habitants. Dans notre région, elle est supérieure, 284,56. Mais ils sont en grande partie installés en Gironde (33% des effectifs).  

Les Pyrénées Atlantique viennent en seconde position. En queue de peloton, avec 381 professionnel, la Creuse n'accueille qu'un pour cent des médecins de la région ! Chiffres à mettre en rapport avec le nombre d'habitants, 1 550 000 en Gironde contre 123 000 en Creuse.
 

Ci-dessous, la répartition des médecins en Nouvelle-Aquitaine et le choix d'implantation des nouveaux médecins arrivants 


Variation entre 2017 et 2018 : les écarts se creusent

La France est coupée en deux : le littoral Atlantique (à l’exception de la Charente) gagne des médecins, tout comme les départements qui possèdent des CHU. À l'inverse d'une diagonale de l’intérieur du Sud-Ouest au Nord Est de l’Hexagone qui en perd. 

Sans grande surprise, les bassins de population les plus peuplés attirent plus de médecins, mais ce n'est pas le seul facteur. La qualité de vie entre largement en compte. Les zones d'installation des jeunes médecins correspondent assez exactement à celles où la population a accès rapidement aux équipements et services à la population (établissements scolaires garde d’enfants, commerces etc.). On note là l'effet direct de la concentration des moyens en zone urbaine et des pertes d'infrastructure et de services publics en zone rurale.

Entre ​2017 et 2018, la Nouvelle Aquitaine enregistre une hausse de ses effectifs globale, mais qui est principalement due à trois départements : la Haute Vienne, la Gironde, et les Pyrénées Atlantiques.

La Gironde est le 3ème département français ayant attiré le plus de médecins entre 2017 et 2018 (+4,29%). La Creuse est le 5ème département a en avoir le plus perdu (- 0,78 %) !
 

Nouvelle-Aquitaineévolution du nombre de médecins (+ 0,7 %)classement
régional
Rang national (sur 101)
Gironde+ 4,29 %13
Landes+ 3,58 %25
Pyrénées-Atlantiques+ 3,29 %37
Charente-Maritime+ 2,49 %427
Haute-Vienne+ 2,31 %530
Dordogne+ 2,17 %636
Vienne+ 1,44 %763
Deux-Sèvres+ 0,44 %881
Charente+ 0,43 %982
Lot-et-Garonne+ 0,18 %1086
Corrèze+ 0,11 %1189
Creuse- 0,78 %1296
 

    En Nouvelle-Aquitaine les médecins vieillissent

    La moyenne d'âge des médecins français est de 57,1 ans. 45.1% des médecins sont âgés de plus de 60 ans. Ceux de moins de 40 ans ne sont que 17.6%.

    On note un grand écart nord-sud, zone rurales-zones urbaines. La région parisienne, le Sud-Est et la Nouvelle-Aquitaine sont nettement les territoires où les médecins sont les plus âgés. Mais là encore la différence est flagrante entre zones urbaines ( Bordeaux, Poitiers, Limoges, voire La Rochelle en Nouvelle-Aquitaine où les médecins restent relativement jeunes) et zones rurales, où la moyenne est nettement dans la soixantaine.

    L’âge moyen des actifs réguliers en 2018 en France est de 50.7 ans avec un minimum pour le département de l’Ille et Vilaine (47.5 ans) et un maximum pour le département de la Creuse (54,7 ans).
    © CNOM 2018
    © CNOM 2018
    Départements de Nouvelle-Aquitaineâge moyen des médecins
    Vienne47,9 ans
    Haute-Vienne48,2 ans
    Gironde48,5 ans
    Pyrénées-Atlantiques49,2 ans
    Charente-Maritime50 ans
    Landes50,8 ans
    Deux-Sèvres50,9 ans
    Corrèze52 ans
    Charente52,6 ans
    Dordogne52,8 ans
    Lot-et-Garonne52,7 ans
    Creuse54,7 ans
    Moyenne régionale50,85 ans (50,7 en moyenne nationale)


    Toujours plus nombreux, les médecins "retraités actifs" sont pourtant de moins en moins actifs !

    Le vieillissement des médecins explique en partie et entraîne le phénomène des "médecins retraités actifs". Dans tous les départements français ce statut permet aux médecins de continuer à exercer à l'heure de leur retraite. Ils sont plus nombreux aux deux extrêmes : dans les grandes métropoles (meilleures conditions de vie) et les zones rurales (difficultés à trouver des remplaçants).

    Mais dans le même temps ils seraient de moins en moins actifs, préférant réduire leur activité. Du coup, le Conseil de l'Ordre doute que ce renfort puisse suffire à combler la baisse générale des actifs réguliers
     

    © CNOM 2018
    © CNOM 2018

     

    Toujours plus d'hommes que de femmes médecins dans la région, excepté à Poitiers et Limoges


    La moyenne nationale est de 57% d'hommes pour 43 % de femmes, mais avec des disparités notables.
    Le conseil de l'ordre peine encore à expliquer le phénomène qui fait qu'une ligne transversale Bretagne - Région Lyonnaise soit plus féminine que le reste du territoire.

    Mais le métier se féminise toujours plus. Chez les généralistes comme les spécialistes où  les femmes représentent 61% des moins de 40 ans, quel que soit le groupe de spécialité.

    Dans notre région, la proportion de femmes est légèrement supérieure, 44,12 % de femmes, les proportions les plus fortes étant de 49,8 % en Haute-Vienne, puis 48,6 % en Gironde et dans la Vienne.
    La proportion la plus faible est le Lot et Garonne où seulement 38,3 % des médecins actifs sont des femmes.
    © CNOM 2018
    © CNOM 2018


    Population et médecins, de gros écarts

     

    La population et le nombre de médecins ne sont pas toujours en adéquation, loin s'en faut, et c'est bien là le problème. La carte ci-dessous pointe ces écarts qui creusent les disparités où l'on retrouve sans grande surprise les zones rurales les plus touchées.
     


    Le cas épineux des généralistes : - 6 000 en 2025 !

     

    Le conseil de L’ordre recense en France 87 801 médecins généralistes en activité régulière (tous modes d’exercice) soit une diminution de 7% des effectifs depuis 2010 ( et de 0.4% depuis l'an dernier). Il estime d'autre part que cette tendance à la
    baisse a une forte probabilité de se confirmer jusqu’en 2025 pour atteindre 81 804 médecins généralistes en activité régulière, soit 6 000 généralistes en moins dans 7 ans. Des généralistes qui depuis 2010 ont tendance à fuir le libéral (- 3.5
    points) au profit du salariat (+ 4 points). Ce qui inquiète le Conseil de l'Ordre en ce qui concerne offre de soins de 1er recours. De plus, l’âge moyen des médecins généralistes est en hausse encore plus marquée comparativement aux spécialistes qui observe lui un léger rajeunissement.

    Régionalement et sans grande surprise, là encore la Creuse est largement défavorisée, c'est le département le plus touché de France avec une perte de 7,30% de ses effectifs de généralistes en un an !

    Ci-dessous (en pourcentage) la variation départementale 2017-2018 des effectifs de médecins généralistes en activité régulière 


    Les spécialistes "absorbés" par les grandes métropoles et les CHU

     

    Essayez donc de prendre rendez-vous avec un spécialiste, quand vous habitez dans un village... Si vous n'avez pas une métropole proche, avec un hôpital ou une clinique de renom, mieux vaut prendre votre mal en patience. Les Centres Hospitaliers Universitaires et les grandes métropoles "captent" les meilleurs spécialistes, une sorte de centralisation des soins qui a toujours plus ou moins existé et qui s'explique tant par la volonté des spécialistes d'intégrer les meilleures équipes, que par celle des structures de soin de se doter du meilleur personnel. Quand aux libéraux, ils privilégient également les grandes villes et la proximité de ces structures pour leurs activités annexes, le prestige d'une belle localisation de leur cabinet ou encore pour la potentialité de patients que cela représente. Illustration en Nouvelle-Aquitaine sur la carte ci-dessous


    Les nouveaux arrivants accentuent la tendance, les médecins étrangers toujours essentiels au système de santé


    En 2018, 8 733 médecins se sont inscrits pour la première fois soit une augmentation de 7,84 % depuis 2017. Les nouveaux inscrits vont généralement vers les départements les plus attractifs déjà mentionnés plus haut (arc atlantique, bordure méditerranéenne, région Auvergne Rhône Alpes, Ile de France, Bretagne, Nord Pas de Calais) et autour des grandes facultés de médecine avec une différenciation notable entre la France rurale et la France urbaine.

    Parmi les médecins nouvellement inscrits au cours de l’année 2017, 84,1 3% sont titulaires d’un diplômes français (contre 80,41 % en 2017 et 76.5% en 2010 ).  
    8,07 % sont titulaires d’un diplôme de l’Union Européenne (contre 10,36% en 2017, 12 % en 2010)
    7,80% d’un diplôme extra européen (9,22% en 2017, 11.5% en 2010).

    Et en 2018 il semble que les médecins français ne migrent pas hors de France malgré une hausse observée depuis 2007.

     



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