L'oiseau migrateur, habitué aux paysages de la Sibérie, en Russie, se réfugie chaque hiver sur l'île de Ré à l'abri du froid polaire.
C'est un bal qui se renouvelle tous les ans. Alors que la fin de l'année approche, la bernache cravant est revenue sur l'île de Ré, en Charente-Maritime, sous les yeux de touristes venus de toute la France.
6000 kilomètres pour fuir le froid
"C'est une petite oie, toute sombre, qui vient des toundras de Russie, explique Lucas Deplaine, un ornithologue de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) sur l'île de Ré. Elles ont fait 6000 kilomètres, pour profiter notamment de la présence d'une petite plante qui pousse dans la vase, la zostère. C'est la star de l'hiver, c'est l'oiseau qu'on voit et qu'on entend le plus cette saison sur nos plages".
À marée basse, la bernache cravant, un terme dérivé de cravate, vient grignoter les herbiers de zostère. L'oiseau est protégé en France par loi de 1981, et sa population particulièrement basse avant 1965 a augmenté au fils des ans. Pourtant, depuis quelques années, le nombre d'individus est en baisse, à cause, entre autres, de l'activité humaine et du réchauffement climatique.
10 000 bernaches cravant attendues sur l'île
"Les ancres de bateaux peuvent abîmer les zostères consommées par les bernaches. Il y a des zones de mouillages qui ont été délimités pour les navires pour empêcher ce phénomène, explique Nicolas Gendre, ornithologue à la LPO de Charente-Maritime. À cause d'une diminution de ses sources de nourritures traditionnelles, l'oiseau migrateur, visible dans l'image ci-dessous, doit aussi se nourrir des cultures.
Depuis la mi-septembre, 5000 bernaches se sont posées sur l'île de Ré, sur les 10 000 attendues au total cet hiver. Mais l'île n'est pas la seule à héberger des oiseaux migrateurs. En Charente-Maritime, les "zones humides", où l'eau est présente au moins de manière temporaire pendant l'année, et les réserves abritent des centaines de milliers de volatiles venus de Scandinavie et de Sibérie, selon la LPO.
Des visiteurs de tous les âges
L'association a organisé un festival pour la première fois cette année, en l'honneur de l'oiseau. L'occasion d'accompagner des groupes de curieux pour des visites de deux heures. Parmi les visiteurs, certains ont traversé la France. "Je crois que le contact avec la nature est très important, confie Dominique Abadie, un touriste venu de Bourgogne. C'est des espèces qu'on n'a pas l'habitude de voir dans la région, et je cumule ça avec le plaisir de prendre des photos."
Dans la foule, tous les âges sont présents, des plus âgés aux plus jeunes, comme Louise Lebas, une étudiante venue observer les animaux, pour la première fois, avec sa famille. "Je me perds un peu dans les variétés d'oiseaux, mais c'est très enrichissant". La LPO espère renouveler ce type de visite en 2025, en incluant cette fois les autres réserves naturelles de Charente-Maritime, un département qui héberge une importante population.