A La Rochelle, l'association Venfret fait du commerce à la voile

La goélette Gallant s'est amarré dans le bassin des chalutiers avec café, amandes, chocolat et huile d'olive dans ses soutes. L'assurance pour les consommateurs de produits de qualité et d'un transport respectueux de l'environnement.
Le Gallant peut transporter jusqu'à 35 tonnes de marchandises à travers l'Atlantique.
Le Gallant peut transporter jusqu'à 35 tonnes de marchandises à travers l'Atlantique. © Y.Salaun - France Télévisions

Sur le quai Eric Tabarly, en face de l'aquarium de La Rochelle, Michel fait la chaîne pour vider les soutes du Gallant. Informaticien à Nantes, il a fait spécialement le trajet pour récupérer la commande groupée effectuée par une dizaine d'amis. "Venir donner un coup de main au déchargement, c’est sympa mais on espère qu’un jour ils viendront jusqu’à Nantes. Ça sera plus simple !", rigole-t-il.

Michel est venu de Nantes pour récupérer sa commande et participer à l'escale rochelaise du Gallant.
Michel est venu de Nantes pour récupérer sa commande et participer à l'escale rochelaise du Gallant. © Y. Salaun - France Télévisions

Inutile de lui demander, à lui comme à tous les clients venus donner un coup de main, ses motivations de consommateurs. Le transport à la voile, c'est une autre échelle de temps comparé aux mastodontes du e-commerce international et, surtout, une autre échelle de valeur. "Je viens de finir mon huile d’olive de l’année dernière, donc ça se gère au niveau de la quantité et même du prix", explique-t-il, "c’est un engagement dans la consommation qui est plus intéressant que de commander chez soi des marchandises qui vont arriver par camion ou portes- conteneurs. Pour l’instant, ça reste expérimental, mais cela va très certainement se généraliser".

Le Gallant, ancien harenguier hollandais, navigue plus de 300 jours par an
Le Gallant, ancien harenguier hollandais, navigue plus de 300 jours par an © Y. Salaun - France Télévisions

A bord du Gallant, Jeff Lebleu navigue désormais plus de trois-cent jours par an. Avec Guillaume Roche, comme lui officier de marine marchande, ils ont créé la société Blue Schooner Company en 2017. Cette année, ils sont partis de Bretagne en décembre dernier. Pendant le premier trimestre, ils ont été cherché leur cargaison aux Antilles, en Colombie et au Mexique. De retour à Amsterdam en mai, ils sont ensuite repartis au Portugal pour un nouvel affrètement.

Jeff Lebleu n'a aucun doute sur la viabilité économique du fret à la voile.
Jeff Lebleu n'a aucun doute sur la viabilité économique du fret à la voile. © Y. Salaun - France Télévisions

Jeff est marin, c'est son métier, mais n'allez pas lui parler d'engagement politique. "Militant, je n’aime pas trop le mot. On avait surtout envie de faire notre métier comme on aime le faire et transporter des marchandises, c’est notre métier. On voulait revenir à des choses qui ont du sens au niveau de ce qu’on transporte et comment on le transporte et aussi de la manière dont ça a été produit, que tout ça soit cohérent de bout en bout", explique la capitaine du Gallant.

L'engagement du Gallant, c'est aussi de ne pas se servir du moteur pendant les traversées et de garantir un transport le plus décarboné possible. "L’idée, c’est de construire des bateaux adaptés au transport parce que là on réadapte des anciens bateaux et ce n’est pas l’idéal", confesse le marin. Alors la Blue Schooner Company envisage de se faire construire, dans un premier temps, une première goélette à trois mats en acier qui pourra charger jusqu'à 500 tonnes de marchandises, bien plus que les 35 tonnes du Gallant.

Edwin Séjourné de l'association Venfret (à gauche sur la photo) souhaite développer le commerce à la voile sur La Rochelle.
Edwin Séjourné de l'association Venfret (à gauche sur la photo) souhaite développer le commerce à la voile sur La Rochelle. © Y.Salaun - France Télévisions

A La Rochelle, c'est donc l'association Venfret qui a organisé l'escale. C'est la troisième fois qu'elle participe à ce qu'on appelle un voyage coopératif. Du producteur au consommateur, il y a toute une chaine logistique qui est nécessaire pour viabiliser ce modèle économique. "Il y a plusieurs acteurs", explique Edwin Séjourné, "il y a le voilier transporteur, il y a une société anglaise, New Dawn Traders,  qui s’occupe de sélectionner les produits, de nous proposer un catalogue et qui gère l’affrètement du bateau et il y a les associations « alliées portuaire » comme nous qui s’occupent de distribuer les marchandises. On organise des pré-commandes auprès des particuliers et des entreprises et on se charge de la livraison".

Bientôt, un projet de comptoir commercial pourrait voir le jour sur La Rochelle, un magasin qui ne proposerait que des produits labellisés "transport à la voile". "Aujourd'hui, trois tonnes sur La Rochelle, c’est symbolique", concède Edwin, "mais l’avenir, ça serait de multiplier les échanges. Là, c’est un bateau qui fait une transatlantique l’hiver et deux voyages au Portugal l’été. Mais nous on aimerait travailler au niveau local sur des transports régionaux. Il y a de plus en plus de demandes et les gens ne sont plus surpris par cette idée de transport à la voile comme au début de l’association. Ce qu’on veut, c’est de ramener un peu de convivialité dans les échanges commerciaux".

Le Gallant appareillera de La Rochelle en fin de semaine pour l'Angleterre avant de repartir pour le Portugal. Le fret à la voile en France n'en est peut-être qu'à ses prémisses, mais de plus en plus de projet devrait permettre à ce mode de transport de devenir une véritable alternative économique.

 

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