Charente-Maritime : six ans après, le procès de l'accident du bus scolaire de Rochefort s'ouvre enfin

Le 11 février 2016, six adolescents trouvaient la mort en route vers leur collège de Surgères. La faute à un camion-benne dont la ridelle s'est malencontreusement ouverte au passage de leur car scolaire. Lundi, seul le chauffeur du véhicule est appelé à la barre du tribunal.

Mathieu Saurel est arrivé tôt ce matin devant le tribunal, le visage fermé, précédé de son avocat. Il avait 23 ans à l'époque des faits et, comme les familles des victimes, il attendait sûrement ce procès avec un mélange d'impatience et d'appréhension.

"C’est un moment lourd en émotion, vous l’aurez compris, compte tenu des événements tragiques que chacun va revivre", déclare maître Thierry Sagardoytho devant la nuée de caméras et de micros, "nous avons attendu ce procès pendant longtemps. La justice a voulu explorer toutes les pistes. Elle se devait d’être à la hauteur, compte tenu de l’immense deuil qui frappe ce territoire et cette communauté de familles. Nous espérons que le procès soit aussi à la hauteur de l’attente de chacun, à la fois dans la recherche de la vérité et dans un travail de réparation personnelle". 

C'était il y a six ans

Ce matin-là, à 7h00, dans cette étroite chicane de la route départementale 911, la route qui longe le port de commerce de Rochefort, les visages sont incrédules et catastrophés. Il y a là les services de secours, les forces de l'ordre, les élus et, bientôt, les familles qui arrivent éplorées. Le car scolaire est littéralement éventré et le bilan est lourd : six adolescents ont trouvé la mort.

L'accident prend très vite une ampleur nationale avec l'arrivée de Ségolène Royal, la ministre de l'Écologie à l'époque et Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Éducation nationale. Une chapelle ardente est installée dans un gymnase avoisinant. 

Le chauffeur seul à la barre

"Il a été établi que la collision était survenue alors que le camion-benne circulait avec une ridelle ouverte à 90 degrés en position horizontale", résume froidement la justice, "cette pièce métallique lourde de 450 kg et épaisse de 8 cm, entraînait une sur-largeur du camion, qui dépassait de sa voie de circulation. En croisant le bus scolaire qui circulait en sens inverse, cette ridelle  a provoqué des dégâts considérables sur la carrosserie et l’habitacle du bus, le cisaillant de bout en bout". Voici les faits.

S'en est suivie une longue bataille juridique pour tenter de  trouver un responsable à ce drame. Après plus de cinq ans de procédure, la société Eiffage, employeur du chauffeur, sera finalement innocentée par la cour d'appel de Poitiers. Mathieu Saurel est donc seul à la barre pour l'ouverture de ce procès.

Suivi psychologiquement depuis de nombreuses années, le jeune chauffeur avait très vite écrit un courrier où il exprimait toute sa compassion aux familles des victimes. Aujourd'hui, il doit faire face à leurs regards et à leur peine.

"Dès le départ, il ne pouvait vivre cette douleur seul. Il a d’ailleurs été tout au long de l’instruction accompagné et pris en charge", explique son avocat Me Sagardoytho, "cette affaire est un drame épouvantable pour tout le monde, des deux côtés de la barre. La chambre d’instruction de Poitiers a dit le droit en l’état des règles qui existaient à l’époque. Les choses ont évolué depuis. On peut maintenant espérer que ce dramatique fait divers serve pour l’avenir à faire en sorte que le risque zéro existe".

80.000 euros d'aménagements

42 personnes se sont constituées parties civiles. 11 avocats les assisteront, tandis que deux avocats assureront la défense des intérêts du prévenu. "Pour accueillir les parties et leurs proches dans des conditions de sérénité suffisantes, une salle d’audience extraordinaire a été installée", nous indique le tribunal, "les débats se tiendront dans la salle des pas perdus de l’Hôtel de la Bourse. Cet espace, qui sert habituellement de salle d’attente, a été entièrement reconfiguré et aménagé pour permettre la tenue des débats. Une salle annexe sera dédiée à l’accueil des nombreux journalistes accrédités. La retransmission des débats sera par ailleurs assurée, pour le public, dans la salle des pas perdus du Tribunal Judiciaire".

"Le palais de justice de La Rochelle est dans un bâtiment historique avec juste deux petites salles d’audience pour accueillir nos audiences traditionnelles", explique Sylvie Berbach, présidente du tribunal judiciaire, "compte tenu de l’importance des parties civiles et des avocats constitués dans cette affaire et du traumatisme généré par ce dramatique accident, il nous a paru normal de monter un dispositif un peu exceptionnel nous permettant d’organiser ce procès dans des conditions dignes".  

Un procès hors normes donc. Les aménagements nécessaires à la bonne tenue du procès auront coûter près de 80.000 euros, notamment pour les opérations de retransmission dans les salles annexes.

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