France Nature Environnement et la Fédération de pêche de Charente-Maritime saisissent le Conseil d'Etat à propos des quotas renouvelés par le gouvernement pour l'anguille européenne. Des quotas "incompatibles avec la survie de l'espèce" selon ces organisations. 

Des méandres de la Gironde ou de la Charente jusqu'à la mer des Sargasses de l'autre côté de l'Atlantique, heureuse est la pibale qui fait ce long voyage pour tenter de survivre. Un périple qui, en contrebande, peut même parfois l'emmener, par avion, jusqu'en Chine qui rafole de cette anguille européenne. Là-bas, on appelle ça l'or blanc et, en toute illégalité, elle se négocie jusqu'à 1000 euros le kilo. Mais, voilà, la pibale (ou civelle) pourrait bien, à terme, disparaître des fleuves et estuaires des côtes françaises.

"L'anguille est classée en danger critique d'extinction"

France Nature Environnement, la Fédération nationale de pêche, Nature Environnement 17 et la Fédération départementale de Charente-Maritime viennent donc de saisir le Conseil d'Etat pour protester contre les quotas qui autorisent la pêche à la civelle. Selon ces quatre organisations, les 57 tonnes instaurées par le gouvernement sont "en totale contradiction avec les recommandations scientifiques" et "menacent la survie de l'espèce". Les associations avaient, dans un premier temps, interpellé les ministres de la mer et de la transition écologique. En vain. 

"L‘anguille est classée en danger critique d’extinction par les organismes scientifiques", explique Marie Rouet, de la Fédération de pêche Charente-Maritime, "depuis les années 80, les stocks se sont complètement effondrés. Les scientifiques préconisent des quotas entre 30 et 40 tonnes maximum pour permettre à l’espèce de se reconstituer". Dans un communiqué diffusé ce mardi, les associations indiquent que "depuis 2008, l’anguille européenne est classée "en danger critique d’extinction" en France et dans le monde, soit le dernier stade avant le classement "espèce considérée comme éteinte à l’état sauvage".

Baisser les quotas, c'est "mettre en péril les entreprises"

Un constat que ne partagent évidemment pas les pêcheurs professionnels. Avec les différentes règlementations qui ont été imposées notamment par l'Union Européenne depuis 2007 et l'arrêt du commerce avec l'Asie, les pibalous, comme on les appelle, se sont faits rares dans les eaux saumatres de la façade Atlantique. En 2010, on en recensait 1200 en France contre moins de 400 aujourd'hui. Ils ne sont plus qu'une poignée sur la Seudre ou la Charente. "Des pibales, il y en a toujours eu et il y en aura toujours", s'offusque Christophe Charrit, pêcheur de La Tremblade qui n'utilisera cette année que les 60 kilos de civelles autorisées à la consommation sur son bateau. L'alevin lui rapportera entre 350 et 500 euros le kilo en début de campagne.

"Les entreprises peuvent juste survivre de leur exploitation et baisser les quotas, c’est les mettre en péril", confirme Eric Blanc, vice-président du comité départemental des pêches, "si cette espèce est en équilibre, se maintient et est en train de revenir sur nos côtes, c’est grâce au travail de la pêche professionnelle. Si on n’a plus le pêcheur, on n’a plus le primo acteur sur les estuaires pour servir d’indicateur de l’état de l’espèce. C’est lui qui peut dire si la ressource se maintient, si elle est en diminution ou si, comme ces dernières années, elle est en augmentation".

Un léger rebond de la ressource que ne contestent pas les organisations environnementales mais qui préfèrent se baser sur le spectre plus large du Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM) qui "recommande de réduire à zéro tout impact de l’activité humaine sur l’espèce". "Il y a bien eu quelques petites améliorations sur certaines années", note Marie Rouet, "mais c’est insuffisant puisqu’il y a bien d’autres impacts que la pêche comme la perte d’habitat, les pollutions, les maladies, on parle de continuité écologique c’est-à-dire les ouvrages qui font obstacle à la migration des anguilles".

Ces facteurs externes, les professionnels aussi les mettent en avant et, une fois de plus, considèrent qu'ils sont les mieux placés pour gérer la ressource. "L’urgence, c’est de favoriser le milieu pour la survie de ce poisson", confirme Eric Blanc, "les marais sont en train de dépérir, l’écosystème n’est pas bon. On se base juste sur les quantités débarquées mais on ne prend pas en compte les efforts de pêches en contingent de licence, de quotas à respecter, de droits d’accès et, surtout, de repeuplement des civelles dans les lieux où le poisson ne peut pas remonter par lui-même pour assurer son cycle de migration. Ca, c'est le rôle du pêcheur".

Cinquante-sept tonnes de civelles sont autorisées à la pêche cette année en France. Ce qui représente 170 milliards de civelles. France Nature Environnement et les autres associations demandent le retrait des arrêtés fixant ces quotas pour la campagne de pêche de 2020.