Sauniers et paludiers s'opposent à l'extension du label bio européen aux sels industriels

L'inquiétude des producteurs des marais salants est relayée par quatre députés, qui ont soumis ce mercredi 23 février à l'Assemblée nationale une proposition de résolution pour défendre des critères plus exigeants sur l’attribution du label bio en discussion à Bruxelles.

Paludiers au nord de la Loire, sauniers au sud, ils récoltent à la main l'or blanc des marais salants. Une technique ancestrale pratiquée aujourd'hui par 600 producteurs de sel marin sur la façade atlantique. Des producteurs inquiétés par un projet d'extension de la certification bio européenne aux sels industriels.

Ce mercredi 23 février, une proposition de résolution rédigée par quatre députés de Charente-Maritimede Vendée et de Loire-Atlantique  "invitant le gouvernement à défendre l'exigence forte attachée à la certification européenne du sel biologique et à ses méthodes de production" était soumise au vote de l'Assemblée nationale. Le texte a été adopté à l'unanimité moins une voix. 

A l'origine de cette résolution, la députée Modem de Charente-Maritime Frédérique Tuffnell explique que l'objectif est de "défendre des pratiques de récoltes du sel vertueuses, et un label bio cohérent".

Un label bio dévoyé

Entré en vigueur le 1er janvier dernier, le règlement européen relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques "devait consacrer la récolte du sel marin, basée sur l’évaporation naturelle de l’eau de mer et impliquant des processus de production manuels, comme la seule production réellement compatible avec les exigences de l’agriculture biologique, notamment en ce qui concerne la préservation de l’environnement et des caractéristiques naturelles des produits."

Mais le champ d’application a été élargi et intitulé "sels marins et autres sels". Une proposition que la Commission va présenter aux États membres le 8 mars prochain.

"Si on ne s’y oppose pas demain la certification biologique sera accordée à l’extraction du sel dit de mine, le sel gemme. Ce sel de mine se récupère grâce à des forages dans l'écorce terrestre, puis par l’injection de grandes quantités d’eau douce sous pression. Cette eau lessive le minerai et dissout le sel, pour former une saumure. Cette saumure, est ensuite, soit chauffée afin d'obtenir le sel par évaporation et cristallisation, soit stockée dans d'immenses bassins d'épuration."

La grande majorité du sel ainsi produit, notamment en Pologne et en République Tchèque, est utilisée comme sel de dégivrage pour les routes en hiver.

"On est face à une réglementation qui veut assimiler tous les types de sel de tous les pays européens" précise Frédérique Tuffnell, "ça créerait un amalgame et une confusion du consommateur".

Des consommateurs égarés et bernés

Le président de l’Association des producteurs de sel marin de l’île de Ré, Louis Merlin, y voit clairement une menace pour la filière : "Imaginez que des millions de tonnes de sel pourraient se déverser sur un marché très restreint. Et c'est aussi un non-sens pour les consommateurs qui ne pourront plus faire la différence en rayon entre un sel artisanal et un sel industriel, s'ils sont tous bio".

Déjà signée par 330 députés, la résolution votée par le parlement français pourra être portée au niveau européen, afin de convaincre d'autres pays de s'en emparer.