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Xynthia : une culture du risque encore insuffisante en France

Près de six ans après la tempête Xynthia -qui a fait 47 morts- et à quelques jours du procès en appel au Palais de Justice de Poitiers, un sénateur (LR) des Pyrénées-Orientales, François Calvet, estime que la culture du risque reste insuffisante. Interview.


Un pavillon d'Aytré (17) muré après le passage de la tempête Xynthia.
Un pavillon d'Aytré (17) muré après le passage de la tempête Xynthia. © Maxppp
Le sénateur François Calvet est le co-auteur d'un rapport -diffusé en juin 2015- qui tirait les leçons de la tragédie de Xynthia. Il estime dans une interview que globalement les pouvoirs publics n'ont pas pris la véritable mesure des risques liés aux submersions de notre littoral. Il dresse un constat en demi-teinte car en dépit d'une amélioration du fonctionnement de la chaîne du risque, celle-ci reste perfectible sur ses trois volets : prévision, prévention et protection.


En matière de gestion des risques d'inondation ou de submersion marine, la France est-elle suffisamment bien armée pour éviter un nouveau drame comme Xynthia ?

- Je ne le pense pas parce qu'il y a encore beaucoup de choses à faire. Il y a notamment un travail à faire sur les dispositifs d'alerte, un système à mettre en place avec les opérateurs téléphoniques pour qu'ils envoient immédiatement sur les portables de tous leurs abonnés, quelle que soit leur situation, une alerte par SMS. Il faut être pratique. A La Faute-sur-Mer, on avait d'abord pensé à se protéger contre le vent, ensuite l'eau est arrivée et comme les habitants avaient baissé les rideaux, quand les compteurs d'électricité ont sauté les gens n'ont pas pu sortir des maisons, ni se mettre à l'abri dans des pièces de refuge car ils n'en avaient pas.

Près d'un Français sur quatre est potentiellement exposé au risque d'inondation. La population, les élus, sont-ils conscients des risques ?

- On l'a encore vu récemment mais on oublie, quand les incidents sont passés, très vite, trop vite, que du jour au lendemain les catastrophes peuvent revenir. Un peu partout maintenant on a des éléments qui se déchaînent et contre cela il faut se protéger. Cela passe par la protection des digue s: en Vendée, sur les 67 km de digues programmés, huit ont vraiment été réalisés. Mais c'est aussi l'information des enfants, des personnes dans les communes, c'est cela qu'il faut qu'on mette en oeuvre pour qu'une vraie culture du risque existe dans notre pays, qu'elle soit intégrée dès le plus jeune âge. Elle doit être enseignée à l'école, inscrite dans les programmes pédagogiques, comme en Allemagne par exemple.
 

Mieux préparer la population était l'une des recommandations d'un premier rapport sénatorial, rendu public quelques mois après Xynthia. Pourquoi cette culture du risque est-elle toujours absente du cadre législatif ?

- Deux propositions de loi avaient été déposées fin 2010 et prises en compte par le Sénat mais elles n'ont jamais été votées par l'Assemblée. Il est temps qu'on légifère là-dessus et que l'on donne aux textes une portée pratique pour tirer les leçons de ce drame. J'ai personnellement demandé, avec mon collègue Christian Manable (l'autre auteur, PS, du rapport sénatorial de juin), qu'il y ait un débat au Sénat pour aboutir à une loi qui permette de prendre les mesures nécessaires face à ces événements mais qui simplifie aussi le travail pour les maires, car plus personne ne comprend rien aux différents plans imposés par l'administration. Il faudrait un seul document, qui soit intégré dans le PLU (plan local d'urbanisme). Soyons pratiques et pragmatiques, surtout dans un moment où il y a quelques difficultés financières, je pense que la simplification peut éviter de courir 50 lièvres à la fois.


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