Angoulême : la patte de dinosaure géant trouvée à Angeac-Charente va être montrée au public

Une impressionnante patte de dinosaure va bientôt entrer au musée d'Angoulême. Elle a été reconstituée à partir des empreintes retrouvées en septembre sur  le site de fouilles d'Angeac-Charente. Un site unique au monde qui ne cesse d'émerveiller les paléontologues.

La copie de la patte de sauropode réalisée au Musée d'Angoulême à partir de l'empreinte découverte à Angeac-Charente.
La copie de la patte de sauropode réalisée au Musée d'Angoulême à partir de l'empreinte découverte à Angeac-Charente. © Christophe Guinot/ France Télévisions

Imaginez vous en Charente, il y a 140 millions d'années à l'époque des grands dinosaures. Chaque année, les découvertes qui sont faites lors des campagnes de fouilles sur le site d'Angeac-Charente nous permettent de mieux connaître le monde dans lequel vivaient les sauropodes et autres dinosaures, géants ou pas.

Une copie en résine de l'empreinte de la patte de sauropode

Cette année, c'est une gigantesque empreinte de patte de dinosaure qui est remontée de la nuit des temps sous les truelles des archéologues. Il s'agit d'une patte de sauropodes, des dinosaures géants dotés d'un très long cou et herbivores. Ils figurent parmi les plus grands animaux à avoir vécu sur la terre. Cette empreinte a été découverte dans le sol d'Angeac-Charente en septembre dernier.


Un moulage a été réalisé à partir de l'empreinte par l'équipe du paléontologue Jean-François Tournepiche au Musée d'Angoulême.C'est cette copie en résine qui va être présentée au public.

Il était impossible de prélever l'empreinte apparue sur le terrain pour la mettre au musée. Donc, on a fait une copie avec du caoutchouc naturel, du latex et ensuite on l'a tapissée avec une résine acrylique colorée. Ensuite, on démoule pour obtenir cette copie qui est très proche du naturel.

Jean-François Tournepiche, paléontologue et conservateur du musée d’Angoulême

Le travail pour réaliser une copie en résine de la patte de dinosaure géant, au musée d'Angoulême.
Le travail pour réaliser une copie en résine de la patte de dinosaure géant, au musée d'Angoulême. © Musée d'Angoulême



Avec les empreintes et les ossements retrouvés lors des fouilles, on peut imaginer le gigantisme de ces animaux préhistoriques au cou et à la queue très longue. Ils mesuraient une trentaine de mètre de long et vingt mètres de hauteur.  

On a l'empreinte du pas qui fait un mètre carré environ et on a les os donc on sait que la patte faisait plus de cinq mètres de hauteur. Ce sont des dimensions considérables pour un dinosaure. C'est un document tout à fait extraordinaire, scientifiquement et aussi très émouvant.

                                                                                                                         

Jean-François Tournepiche, paléontologue et conservateur du musée d’Angoulême

               

Une patte de sauropode dessinée par le dessinateur de bande dessinée Mazan, qui suit les travaux de fouilles d'Angeac-Charente.
Une patte de sauropode dessinée par le dessinateur de bande dessinée Mazan, qui suit les travaux de fouilles d'Angeac-Charente. © Mazan

 

L'empreinte des dinosaures géants

Jean-François Tournepiche ne cesse de s'émerveiller et de s'enthousiasmer face aux richesses extraordinaires du site d'Angeac-Charente qui, pourtant, n'a pas encore livré tous ses secrets. Il était, il y a 140 millions d'années un marécage fréquenté par une cinquantaine d'espèces de vertébrés différentes : tortues, crocodiles, dinosaures-autruches, sauropodes, stégosaures... La découverte de fémurs de dinosaures géants a contribué à forger l'exceptionnelle réputation du site charentais dans le monde de la paléontologie et au-delà. En 2009, c'est la découverte d'une vertèbre de sauropode dans cette carrière d'Angeac-Charente qui donne le top départ des fouilles. Elles se révélent rapidement très riches. Le point d'orgue se situe en 2010 avec la découverte du plus grand fémur de dinosaure jamais trouvé sur terre. 

Ce qui est extraordinaire c'est qu'on n'a pas seulement des os de grands sauropodes, probablement un des plus gros dinosaures mais également que ce sauropode a marché dans la boue et qu'on a retrouvé l'empreinte de ses pas.

Jean-François Tournepiche, paléontologue et conservateur du musée d’Angoulême                                                                                                                                     

Reconstituer le monde des dinosaures 

En dehors des ossements de dinosaures, les archéologues découvrent aussi de nombreux fossiles, très diversifiés. Ils permettent de reconstituer tout l'écosystème de cette période du début du crétacé sur le plateau continental. Le sédiments ont gardé, par exemple, la trace des plantes et des troncs d'arbres de l'époque ce qui permet d'envisager ces dinosaures dans leur environnement.

Reconstitution du paysage d'Angeac-Charente au crétacé inférieur
Reconstitution du paysage d'Angeac-Charente au crétacé inférieur © Mazan

 

En 2017, l'exposition "Dinosaures, les géants du vignoble" avait permis de mettre en scène l'aventure de ces fouilles engagées en 2008. D'autres projets sont imaginés aujourd'hui pour permettre de faire découvrir au plus grand nombre le monde extraordinaire des dinosaures qui peuplent tant d'imaginaires dès le plus jeune âge. Le musée d'Angoulême, les studios d'animation de la ville pourraient participer à cette aventure.

Il y a la compétence du musée mais aussi de tous les studios qui sont une ressource exceptionnelle pour nous donner à voir avec les moyens d'aujourd'hui ce qui a été autrefois. Il faut que nous inventions une nouvelle muséographie, de nouveaux projets pour faire découvrir cette histoire d'il y a 140 millions d'années qui s'est déroulée à nos portes. 

Gérard Lefevre, maire-Adjoint à la culture à Angoulême

Un "Jurassic Park charentais", en quelque sorte, qui permettrait de réunir toutes, ou presque toutes, les découvertes réalisées à Angeac-Charente depuis douze ans. 7.500 os de vertébrés identifiés, plus de 66.000 fragments d'os, des empreintes de pas de dinosaures et une quantité indénombrable de végétaux, le gisement charentais est parmi ceux à avoir livré le plus d'informations sur ce monde de la préhistoire d'avant la disparition des dinosaures.
 

Reportage de Jérôme Deboeuf, Christophe Guinot et Alexia Rouy

 

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