Des centaines de lettres de Poilus rejoignent les archives départementales d'Angoulême

Publié le Mis à jour le
Écrit par Mélanie Caron

Ce mercredi, 2000 lettres issues d'archives privées ont été léguées aux archives départementales d'Angoulême. Les correspondances de deux soldats avec leur mère et leur sœur, racontant le quotidien sur le front entre 1914 et 1918, retrouvées par leur petite-nièce. Un témoignage historique et émouvant.

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« Bien chère petite Marie… ». Ces mots, toujours identiques, pour débuter des centaines de lettres, rédigées il y a plus d’un siècle. Ce mercredi, plus de 2000 correspondances rejoignent les archives départementales d’Angoulême, un trésor privé, teinté d’émotion familiale. "Je suis tombée sur ces lettres en débarrassant la maison de famille", explique Monique Meron. Dans un tiroir, la petite-fille de Marie découvre les correspondances de sa grand-mère et son arrière-grand-mère avec Jean et Louis Peyraud, frères et fils de ces dernières. Des lettres de soldats envoyés au front en 1914, dont l’un ne reviendra jamais.

Apprendre d'un ancêtre inconnu

"J’ai voulu comprendre comment était mort ce grand-oncle que je n’ai jamais connu, ajoute Monique Meron. Alors j’ai commencé à lire les lettres, comme une enquête." Au fil de ses lectures, Monique découvre les pensées les plus intimes de Jean, petit frère de sa grand-mère. A travers de longs écrits, emprunts de poésie, il décrit son quotidien, la vie dans les tranchées, les relations avec les soldats allemands mais aussi les paysages qu’il traverse. "Il raconte sa vie époque par époque, secteur par secteur, comme Verdun, la Somme ou Dunkerque… et même l’Italie, dont il tombe amoureux." Le jeune homme a tant à dire sur la société italienne. "Il dit à sa mère qu’elles devront absolument, toutes les deux, voir ce pays !" Mais comme un grand nombre de Poilus, Jean Peyraud perd la vie avant la fin de la guerre, le 23 août 1918.

Jean dit vraiment ce qu’il pense. Il se scandalise de ce qu’il voit dans les journaux et fait preuve de beaucoup de compassion.

Monique Meron, petite-nièce de Jean Peyraud

"On se prend vite au jeu, à lire ces lettres quasi quotidiennes", avoue Monique. Pendant un an, elle lit et retranscrit toutes les correspondances, dans un langage actuel. Un travail conséquent et personnel. "Quelque part cette histoire est devenue la mienne, mais je souhaite la partager. Ça m’a tellement surpris de voir ces documents d’époque, je me dis que ça peut intéresser les générations suivantes." Alors Monique Meron a accepté de transmettre cet héritage aux archives. Des lettres de toutes sortes, longues, courtes, boueuses, déchirées, ou encore lissées, parfaitement conservées, rédigées… des morceaux d’Histoire et de mémoire.

Un autre pan de l'Histoire

"On trouve dans les archives privées des pans entiers de l’Histoire qu’on ne peut pas trouver dans les archives publiques", rappelle David Guéné, chargé de collecte et des classements des archives privées. En particulier l’opinion des soldats sur le front. "Dans une lettre adressée à sa mère à la fin de la guerre, Jean s’agace et écrit que Clémenceau ferait mieux de censurer la presse écrite plutôt que les lettres des soldats. C’est un exemple typique de l’intérêt des archives privées", souligne-t-il.

"Jean dit vraiment ce qu’il pense, confirme Monique. Il se scandalise de ce qu’il voit dans les journaux et fait preuve de beaucoup de compassion. Je n’aurais pas supporté de lire des injures envers les soldats allemands." Mais loin d’être insultant, le soldat décrit les contacts entre soldats ennemis, la recherche commune de nourriture, l’horreur de la guerre. "Les mamans Bosch ne doivent pas s’amuser non plus…", écrit-il notamment dans une lettre.

"Je ne suis pas historienne du tout, s’amuse Monique Meron, alors j’ai appris beaucoup de choses. Sur ma famille, mon village et la guerre." Des informations sur une période sombre qu’elle n’aurait jamais trouvées ailleurs. "Ma grand-mère était très silencieuse sur la guerre. C’était un sujet dont ma famille ne tirait aucune gloire malgré les décorations."

Mais aussi des témoignages de la vie du village de Confolens, il y a plus d’un siècle. "On reconnaît des expressions charentaises et des références à ce qu’il se passait au village et dans la campagne, sur la gestion des terres, des relations sociales…" Des images d’une guerre, donc, mais aussi de deux jeunes soldats : étudiants en droit, fils et frères d’une famille charentaise parmi tant d’autres.