Confinement : la presse écrite du Limousin tente de faire face à la crise

La presse écrite est, elle aussi, victime du confinement. Moins de points de vente, moins d'annonceurs... Pourtant, plus que jamais, le lecteur et l’internaute ont besoin d’informations bien réelles et vérifiées. Pour faire face, la presse écrite régionale se plie en quatre pour garder le contact.

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La Populaire du Centre, toute la rédaction sur le pont 

La rédaction du Populaire de Centre a plié bagage et choisi un respect total du confinement dès le lendemain des élections municipales, avant même le discours d’Emmanuel Macron. Un principe de précaution qu’il a fallu organiser à toute vitesse pour que les 40 journalistes de la rédaction puissent continuer à travailler de chez eux comme l’explique Pascal Ratinaud le rédacteur en chef du Populaire :

L’implication de la rédaction a été totale. Les informaticiens ont réalisé un travail incroyable pour permettre à chacun de travailler depuis son domicile, en 2 jours il a fallu tout repenser pour pouvoir continuer à travailler et c’est réussi.

Avec quelques adaptations évidemment, des équipes continuent à aller sur le terrain, les photographes notamment, on peut faire une interview par téléphone, une photo c’est plus compliqué… 

Le gros coup porté au moral des équipes du Populairece sont les événements - pour lesquels le journal est partenaire - et qui, au fil des semaines, sont repoussés ou annulés : Les foulées du popu renvoyées au 25 octobre, la foire exposition de Limoges qui devrait avoir lieu début septembre… Des rentrées d’argent printanières qui vont faire défaut au journal, comme le font déjà les bénéfices publicitaires, faute actuellement d'annonceurs…

Fort heureusement pour le journal, avant même le début de la crise, le groupe Centre France avait commencé à déployer le système du paywall, ou contenu payant. C’est à dire que la lecture de certains contenus numériques n’est plus gratuite mais nécessite un abonnement. Une méthode choisie par de plus en plus de journaux de presse écrite.

Une vraie info, vérifiée, recoupée, travaillée, cela a un prix, celui du salaire des journalistes. Le groupe avait choisi de passer au paywall sur le numérique depuis longtemps, nous ne pouvions pas retarder cette mise à feu. En revanche nous laissons un libre accès à tous les articles concernant le coronavirus. Précise Pascal Ratinaud.

Et les lecteurs semblent le comprendre puisque 1300 nouveaux abonnements numériques ont été enregistrés par le groupe Centre France depuis le début du confinement.
 

En Creuse La Montagne adapte son contenu

La rédaction de La Montagne Creuse est vide... Les journalistes sont en télétravail
La rédaction de La Montagne Creuse est vide... Les journalistes sont en télétravail © Eric Donzé

Là aussi la redaction fonctionne essentiellement en télétravail, et pour les photographes sur le terrain, les mesures de précaution sont strictes explique Eric Donzé le rédacteur en chef de La Montagne Creuse :

Les journalistes portent des masques et les photos se font à plus grande distance, l’idée est de les protéger et de protéger aussi les personnes qu’ils rencontrent.

Dès le début du confinement la rédaction de La Montagne Creuse a choisi d’adapter sa ligne éditoriale précise Eric Donzé :

Nous avons immédiatement voulu nous mettre au service de la population creusoise, en lui donnant des informations pratiques. Quels sont les commerces ouverts, à quels horaires par exemple pour éviter toute sortie inutile. Nous donnons toutes les informations utiles, les mesures de sécurité  prises par certaines institutions par exemple et nous relayons les appels à la solidarité. Il s’agit pour nous d’être les plus utiles possibles.

Un travail du quotidien assombri par des pertes financières non négligeables s’inquiète Eric Donzé :

Nous avons beaucoup moins d’annonceurs, or la publicité représente une importante source de revenus. Nous avons moins de points de vente, de nombreux détaillants sont fermés. La Poste ne distribue pas le courrier tous les jours pour les abonnés, même si après la pétition que nous avons signé, elle est passée de 3 à 4 jours de distribution par semaine.
La presse écrite allait déjà mal avant cette crise qui nous impacte énormément... Nous sommes comme beaucoup d’entreprises, nous nous interrogeons sur ce que sera l’après.

La Vie Corrézienne en danger

Un impact ressenti comme un véritable séisme pour La Vie Corrézienne.

L’hebdomadaire tire la plus grande partie de ses revenus des annonces légales, or aujourd’hui, de nombreuses entreprises sont fermées, et les cabinets juridiques tournent au ralenti comme l’explique Cyril Greghy le rédacteur en chef de La Vie Corrézienne :

Depuis le début du confinement notre chiffre d’affaire commercial s’est effondré, sur l’ensemble de notre groupe de presse, qui couvre la Nouvelle-Aquitaine, nous sommes passés de 900 à 250 annonces par semaine.

Et comme pour les autres journaux, La Vie Corrézienne pâtit de la fermeture de certains points de vente.
Pour maintenir la tête hors de l’eau, l’hebdomadaire a dû prendre des mesures drastiques. À la rédaction qui compte habituellement 12 journalistes, seuls 4 travaillent actuellement (dont le rédacteur en chef), les autres sont en garde d’enfant ou en chômage partiel.
 
Cyril Gréghy, le rédacteur en chef de La Vie Corrézienne. Aujourd'hui ils sont deux dans la rédaction.
Cyril Gréghy, le rédacteur en chef de La Vie Corrézienne. Aujourd'hui ils sont deux dans la rédaction. © Cyril Gréghy


Le journal a donc lancé une campagne d’abonnement à prix cassés 52 euros à l’année au lieu de 68 pour les éditions papiers et numérique ; 39 euros pour l’abonnement numérique simple.

Et cela marche, nous avons annoncé l’opération vendredi soir sur internet et nous avons déjà 20 abonnés supplémentaires précise Cyril Greghy.

Autre source de satisfaction pour le rédacteur en chef, le soutien de certains annonceurs et lecteurs.

Des entreprises qui ont l’habitude de travailler avec nous nous ont commandé des espaces de publicité, des lecteurs nous ont proposé de nous envoyer des chèques de soutien. Cela nous fait vraiment chaud au coeur.

Au sommaire de l’édition de La Vie Corrézienne qui sortira vendredi, le rédacteur en chef promet tout un volet autour du coronavirus bien entendu et notamment autour des entreprises qui, comme la sienne, se battent pour s’en sortir. 

Et puis nous aurons également le portrait d’Altero Betti, un accordéoniste âgé de 100 ans qui vit à Soursac, parce qu’il faut aussi du positif pour se changer les idées.

Moi j’ai envie de me battre pour mon équipe, ils sont passionnés par leur métier, leur région et j’ai envie de me battre pour conserver notre journal. Plus que jamais les gens ont besoin d’une info vérifiée, documentée, plutôt que de trouver de fausses informations via les réseaux sociaux. C’est le rôle de la presse d’informer, il faut que les gens reviennent aux vrais médias.

Pour La Vie Corrézienne le combat est aujourd'hui de survivre à la crise.
Pour La Vie Corrézienne le combat est aujourd'hui de survivre à la crise. © Cyril Greghy

Pour tous les rédacteurs en chefs contactés, le message principal reste cet attachement à l’info vraie, plus que jamais essentielle. L’importance de faire confiance aux vrais médias, aux journalistes. C’est leur métier, c’est aussi le nôtre, à votre service.

 
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