Coronavirus : comment les chrétiens vivent l'Annonciation ?

© Fabian Strauch/ MAXPPP
© Fabian Strauch/ MAXPPP

Les chrétiens vivent aujourd'hui l'Annonciation sans pouvoir se rendre à l'Eglise. Pour l'occasion, le diocèse de Tulle a rendu cette célébration virtuelle, sur Youtube. Ce 25 mars, les clochers des Eglises de France vont sonner et les fidèles sont invités à déposer un lumignon sur leurs fenêtres.

Par Colyne Rongere

Les diocèses de France ont lancé un appel à la prière pour célébrer l'Annonciation ce mercredi 25 mars.

L'Annonciation
correspond au message de l'Ange Gabriel à Marie pour lui annoncer sa maternité. Ainsi, les chrétiens se basent sur la réaction de Marie à savoir : chercher à accueillir la parole de Dieu.

Pour l'occasion, les clochers des églises de France sonneront en choeur à partir de 19 heures 30 et les fidèles sont invités à déposer une bougie ou un lumignon sur le rebord de leurs fenêtres.

Cette action est suivie dans les diocèses et par les fidèles du Limousin.


Des messes en ligne

Sur YouTube, mille abonnés sont requis pour permettre à une chaîne de passer des vidéos en direct. Dans cette optique, le diocèse de Tulle a demandé à ses abonnés Facebook et Twitter de se mobiliser pour pouvoir diffuser des messes et messages en live.
Passé ce seuil 24h plus tard, l’Evêque de Tulle a célébré la messe de l’Annonciation depuis l’Eglise des Rosiers, à Brive-la-Gaillarde mercredi 25 mars à 16h.
 

Ce pas technologique est important pour Monseigneur Francis Bestion, Evêque de Tulle et permet aux chrétiens de vivre leur foi malgré cette période de confinement.

Nous nous rendons proches des plus isolés et surtout des malades. Là est mon plus grand souci. Les gens qui ont la possibilité d’avoir un ordinateur, d’être habitués à internet, aux réseaux sociaux, ceux-là ont accès à plein de propositions dans toute la France pour s’unir.

Les responsables de services sont toujours actifs, à distance et auprès des fidèles via les réseaux sociaux.

La revue du diocèse ne peut paraître que sur le site internet, elle n’est donc plus distribuée dans les églises, ni dans les écoles. Par conséquent, nous avons créé une lettre info, qui sort toutes les semaines : on peut y signaler les choses qui se passent dans le diocèse, dans les communautés locales, etc.

Monseigneur Bestion a également rédigé une prière diocésaine dans ce contexte de pandémie. Une façon pour lui de permettre aux fidèles de continuer à communier.

C’est pour un motif de communion. Des prières, il y en a des quantités. Mais qu’il y ait une prière diocésaine que nous disons tous en même temps ou dans la journée, c’est aussi une communion spirituelle. Chacun est libre de lire la prière qu’il veut.

En lien avec cinq diocèses locaux incluant celui de Limoges et d'Angoulême, le diocèse de Tulle inscrit ses multiples initiatives dans un mouvement religieux national et international. Des temps de prières sont organisés chaque jour. Le Vatican proposait le 25 mars à 12h un Notre Père en direct sur sa page YouTube.

En cette période de confinement, les diocèses locaux se tournent davantage vers les personnes isolées : les personnes âgées et les sans-abris, une grande préoccupation pour Monseigneur Bestion.

Le confinement, des personnes le vivent constamment, notamment dans les EHPAD. Parfois, nous sommes des nantis, nous pouvons aller à la messe, sortir, certaines personnes isolées n'ont même pas la possibilité de se déplacer. Cette période peut aussi nous faire prendre conscience de cela et à l’avenir de penser davantage à être en contact avec eux.

 

Comment les chrétiens vivent leur foi pendant le confinement ?

Clarisse est une lycéenne de 16 ans. Difficile pour cette jeune briviste de vivre sa foi "normalement" en cette période. Confinée, elle assiste aux messes virtuellement et continue à prier chez elle :

Tous les matins je fais une prière pour confier ma journée à la Vierge Marie et au Seigneur, vers 18h je fais un chapelet, c’est un chapelet à la miséricorde divine, important surtout en cette période. je fais également ma prière du soir et j'assiste à la messe télévisée les dimanches.

Elle aussi va déposer une bougie ce soir à sa fenêtre pour rendre hommage aux victimes du coronavirus, aux soignants et avoir une pensée pour les "oubliés" comme les sans domicile fixe et les personnes âgées.

Aujourd’hui c’est l’Annonciation, je pense que comme il n’y a pas de messe aujourd’hui c’est important de mettre une bougie pour être ensemble, c’est pas facile, pour le personnel soignant et aussi pour tout le monde.

© Clarisse
© Clarisse

Clarisse est seconde de sa patrouille pour les Scouts d'Europe, elle maintient le lien avec ses camarades par mail. Chaque semaine, un mot d'ordre lui est envoyé sur la base d'un cap ou pas cap. Le dernier : réciter la prière scout et faire sa bonne action.

C'est dur de ne pas pouvoir aller à la messe même si on la regarde, de ne pas rendre visite à Jésus et surtout de ne plus communier. C'est important de vivre ces moments avec le coeur.


Virginie D'Harcourt est coordinatrice de la Pastorale des jeunes en Corrèze. Pour elle, "nous vivons l'inattendu avec Dieu" depuis plusieurs semaines.

Ça nous apporte beaucoup d'humilité face à la création. Finalement, on est tout petits. Pour ma part et face à ce constat j'essaie de vivre dans la foi et la confiance en Dieu. La parole de Dieu, elle, n'est pas confinée et la liturgie est grande. Nous sommes dans une période de Carême qui est également une période de désert. Après l'épreuve, il y aura résurrection.

Cette maman de cinq enfants est également confinée chez elle, et voit en cette épreuve une façon pour les chrétiens de revenir aux vertus qui leur sont chères à savoir l'espérance et la charité : "on réapprend à se regarder, à se rendre service. Bien sûr, au sein du foyer on peut se fâcher, mais on apprend à pardonner dans les petites choses."

Le principe même d'assister à une messe virtuellement laissait Mme D'Harcourt perplexe, "je me suis fait violence la première fois." Mais à la fin de la célébration, elle n'étais "pas déçue".

Il faut trouver de nouveaux repères, on réfléchit à comment vivre notre messe. Elle n'est pas seulement virtuelle, elle est vraie car on ne peut pas faire autrement. D'après l'Evêque, chacun peut se retrouver, c'est vraiment pour chacun que ce moment est prévu. Pour qu'on puisse le vivre, comme on est vraiment et comme on le sent.

Grâce à une présence via des mails et les réseaux sociaux, Virginie D'Harcourt se ravit de voir que ce moment est aussi un moment plein d'espoir et d'entraide : "ça nous aide, on vit ça ensemble, avec d'autres, là est la communion."
 

© Virginie D'Harcourt
© Virginie D'Harcourt


Issue d'une famille pratiquante, elle oeuvre aujourd'hui auprès de jeunes croyants catholiques en restant active sur le site internet du diocèse de Tulle. En lien avec deux animatrices, elle met en place depuis plusieurs jours des "passe-partout" sur différents thèmes, ce 25 mars 2020, c'était l'Annonciation.

J'explique aux jeunes à quoi correspond l'Annonciation, je mets un chant et un texte en ligne. J'alimente ces pages avec des liens. Récemment j'ai mis des liens pour que les jeunes qui préparent leur Confirmation puissent replonger dans leur parcours.

Des lumignons seront posés sur les rebords des fenêtres du foyer de Virginie ce soir pour répondre à l'appel fait par les diocèses de France, une initiative qui n'est pas destinée qu'aux catholiques : "la lumière est une prière commune, l'idée c'est d'être tous ensemble ce soir".


Cette année était placée sous le thème de l'Appel pour les catholiques. Elle devait se terminer au mois de mai avec une cérémonie de clôture, "elle est contrariée par les événements actuels et va devoir être annulée" mentionne Monseigneur Bestion.

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