Coronavirus : les communes au secours des petits commerces

Alors que la crise fait craindre un grand nombre de faillites au niveau des petits commerces, certaines communes se mobilisent pour leur venir en aide. Exemple en Creuse et en Haute-Vienne. 

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A Saint-Junien, en Haute-Vienne, des mesures ont été annoncées pour donner un coup de pouce aux petites entreprises. C'est la communauté de communes des Portes Océanes qui est à la manœuvre. Pour les commerçants, l'aide la plus concrète c'est l'exonération de la redevance des ordures ménagères pour les premiers et deuxièmes semestres de l'année 2020.  Une aide qui va représenter un effort financier de  55 000 euros pour la collectivité.

"L'idée c'est de soulager directement les petits commerces. Nous avons déjà des retours positifs sur les réseaux sociaux par rapport à cette aide. Nous réfléchissions aussi à un fond d'aide spécial, mais nous allons consulter toutes les petites entreprises pour en définir les modalités et le montant" explique Nicolas Lavergne, chargé de la communication de la communauté de communes.

"C'est une bonne chose et c'est assurément mieux que rien" pour Thierry Deperry patron d'une boulangerie. Pour lui cette exonération représente 800 euros par trimestre, 1 600 euros en tout."Ce n'est pas forcément grand-chose par rapport à la perte d'environ un tiers de mon chiffre d'affaires en ce moment, mais c'est quand même bon à prendre".

Des mesures analogues pourraient être reconduites pour les deux prochains trimestres si la situation l'exige.

A Guéret, en Creuse, une mauvaise blague circule sur les réseaux sociaux : deux photos montrent la grande rue piétonne avant et après le confinement. C'est en fait la même photo de cette rue totalement déserte. Manière, un peu caricaturale, de dire que le commerce de centre-ville de Guéret ne se portait déjà pas très bien avant le confinement.

Consciente de la fragilité de ces établissements, la mairie a fait un geste. Depuis la fin de la semaine dernière, les commerçants qui le souhaitent peuvent s'inscrire sur la plateforme "Sauve ton commerce". Les consommateurs peuvent obtenir sur ce site des bons d'achat. Le commerçant reçoit ainsi tout de suite de la trésorerie qui va lui permettre de payer ses charges et de survivre jusqu'à la fin du confinement. A partir de l'ouverture, le consommateur pourra utiliser son bon d'achat.
 
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"Dans un premier temps nous avons passé des coups de fil et établi un échantillonnage des commerces pour connaître leurs besoins. Il en est ressorti que c'est ce système qui était le plus pertinent dans l'immédiat pour reconstituer un peu les trésoreries. Et c'est un bon moyen d'être sûr de faire revenir les clients dans le centre-ville après" indique Ambre Lazaro, manager des commerces de Guéret.

Bonus supplémentaire, la ville finance les 4% de frais appliqués par le site. C'est-à-dire que si un consommateur dépense 100 euros, 96 euros revenaient normalement au commerçant, le reste étant utilisé pour la gestion du site internet. La ville rajoute donc les 4 euros manquants.

"Il y a deux grosses craintes pour les commerçants : une très concrète, c'est la trésorerie et l'autre c'est la crainte de l'après.  On ne sait pas comment ça va se passer. Qui pourra rouvrir et quand ni dans quelles conditions ? Et surtout on ne sait pas quelle va être la réaction des consommateurs. Il va vraiment falloir que la solidarité joue et que les clients reviennent vite en centre-ville après le confinement".

L'initiative est plutôt saluée par les commerçants même si pour le moment seuls deux établissement se sont inscrits sur la plateforme.
"Sur le principe, c'est excellent" explique Eric Daubechies de l'association de commerçants 23000. "La seule chose que je regrette, c'est que nous n'ayons pas mis en place le projet de "Market place" que nous portons depuis plusieurs années. C'est dans le dossier action cœur de ville".

La "Market place" est un site internet géré le plus souvent par une mairie ou une association de commerçant qui permet de vendre en ligne la production des commerces de centre-ville. Dans ce cadre, le commerçant ne s'occupe de rien, la communication et la gestion technique sont prises en charge."Plutôt que de passer par une plateforme, cela aurait permis que l'argent reste en local" précise encore Eric Daubechies.

Dans le secteur de Guéret, l'agglomération ne veut pas non plus être en reste et va proposer très vite la mise en place d'une subvention.
"Les aides régionales sont des avances remboursables, la Région verse un euro par habitant, la banque des territoires aussi et nous allons de notre côté en verser 2 pour arriver à un total de 120 000 euros d'aides pour les très petites entreprises. Mais nous allons aller plus loin avec une subvention qui ne sera pas remboursable. Ça sera un apport de trésorerie direct pour les artisans et commerçants" indique Eric Corréia, le président de l'agglomération du Grand Guéret. Une aide précisément destinée aux petits commerces indépendants installés depuis le premier janvier 2020 d'un montant d'environ 60 000 euros dans un premier temps.

"L'idée c'est d'aider les commerces qui venaient de se monter et qui sont d'autant plus fragiles, je pense notamment au fleuriste de la rue du Prat ou à la libraire des Belles Images qui venaient de se lancer et dont on sait qu'ils sont viables " ajoute Eric Corréia.

A Limoges, la mairie aussi a donné un bon coup de pouce. En référençant dans un premier temps sur une carte les commerces ouverts et ceux qui assurent des livraisons à domicile, de la vente en ligne ou qui participent à des drives. Autre aide financière cette fois : le gel des droits de terrasse et des redevances d’étalages perçus par la Ville au titre de l’occupation de son espace public. Enfin, le maintien des marchés permet aux commerçants d'écouler leurs marchandises.
 

" Nous avons travaillé avec la mairie pour mettre en place ces mesures et ça va dans le bon sens" affirme Caroline Fumeron pour l'association Pignon sur rue 87. "Pour une fois, on peut dire que tout le monde travaille ensemble en bonne intelligence : les commerces, les associations, la mairie et le Populaire aussi qui vient nous voir une fois par semaine pour mettre à jour la liste des commerces ouverts et ensuite la publier dans le journal."

Seule ombre au tableau, certains artisans ou auto-entrepreneurs passés sous les radars.

"Ils n'ont plus de visibilité, il faudrait peut-être les aider en terme de communication pour dire qu'ils sont toujours là. Il faudra aussi réfléchir à redonner une place aux artisans sur les marchés, quitte peut-être à leur réserver un endroit pour qu'ils puissent vendre un peu" affirme Caroline Fumeron.

" La crise actuelle est aussi un moyen pour les commerces de se remettre en question et d'avoir un peu de temps pour se poser et réfléchir à renouveler les pratiques commerciales, à lancer de nouveaux projets, à changer de comportement vis-à-vis d'internet. Il faut se saisir de ces réflexions pour enrichir l'offre commerciale et faire émerger les nouvelles idées" conclut, positive, Ambre Lazaro, la manager des commerces de Guéret. 


 


 
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