Limousin : les radios associatives en danger

Publié le Mis à jour le

Depuis le premier janvier 2022, la région Nouvelle-Aquitaine a mis fin à la convention d'aide aux emplois associatifs. Elle est certes remplacée par un autre système de subventions, mais les radios associatives n'y trouvent absolument pas leur compte. Pour survivre elles doivent licencier.

180 000 euros : c’est ce que vont perdre les radios associatives du Limousin dès cette année 2022.

La Région Nouvelle-Aquitaine met fin à une convention d’aide à l’emploi associatif, qui a permis, durant les six dernières années,  la création de cinq équivalents temps pleins au sein de ces médias de proximité, notamment des postes de journalistes.

En Limousin les radios associatives sont réunies par le GRAL, le Groupement des Radios Associatives Libres du Limousin. Il regroupe 15 antennes et 10 radios : Kaolin, Emergence, Radio trouble Fête, Radio Pays de guéret, Radio Grand Brive, Brame’FM, Radio Meilleurs Jours, PAC FM, RCF Radio Chrétienne Francophone et radio Vassivière.

Une rédaction d’une dizaine de journalistes travaille au maillage de l’ensemble du territoire du Limousin, afin de proposer une information de proximité sur chacune des antennes du groupe. Un dispositif unique en France.

Le GRAL réunit aujourd’hui un nombre considérable d'auditeurs. Kaolin FM qui émet essentiellement autour de Rochechouart et Saint-Yrieix est par exemple écouté régulièrement par un habitant sur quatre du périmètre de diffusion, selon ses propres mesures.

De quelle manière sont-elles financées ?

Une petite partie des revenus est assurée par les annonceurs publics (collectivités locales) et de manière anecdotique les annonceurs privés (sans que cela n’excède 20% des ressources). Mais concrètement, peu d’annonceurs privés se tournent vers les radios associatives, préférant les radios commerciales à l’auditoire plus vaste.

Les éventuelles subventions des collectivités locales permettent également le fonctionnement de ces médias.

Mais la principale source de revenus des radios associatives émane du FSER (le Fond de Soutien à l’Expression Radiophonique Locale) alimenté par une taxe prélevée sur les recettes publicitaires des régies de l'audiovisuel des secteurs public et privé (la suppression d’une grande partie des publicités dans l’audiovisuel public a de ce fait mis à mal les ressources du FSER).

Ces subventions sont conditionnées à des missions, qui depuis la libération des ondes au début des années 80, ont évoluées. Autrefois, leur seul rôle était de promouvoir les musiques actuelles et/ou locales. Aujourd’hui il est bien plus vaste : elles doivent diffuser des programmes d’intérêt local, durant au moins 4heures, entre 6h et 20h. Le GRAL a notamment misé sur l'information de proximité.

Retour en arrière ?

La convention mise en place par le Conseil Régional depuis six ans, pour l’aide à l’emploi associatif, est aujourd’hui remplacée par un financement « sur objectif » afin de valoriser les musiques actuelles : "Désormais les aides aux associations ne sont plus corrélées à la création d’emplois, mais aux projets proposés par les structures," explique Charlène Claveau, vice-présidente du Conseil Régional en charge de la culture. "Nous avons discuté avec nos partenaires, le Centre national des musiques mais également l’Etat, pour proposer un appel à projets, dédié à la découverte musicale. Ces radios pourront proposer un projet, l’appel à projet sera doté de 260 000 euros pour toute la Nouvelle-Aquitaine, avec une aide plancher de 10 000 euros qui pourra aller jusqu’à 15 000 euros.

Une décision, qui selon Denis Lespiaut, le responsable du GRAL ne tient pas compte de l’évolution des radios associatives : "Le dispositif que propose la région est très réducteur, car il ne considère nos radios que comme des promotrices de la création musicale. Ce qui est un rôle obligatoire depuis toujours pour les radios associatives. Or aujourd’hui en plus de cela, nous avons un rôle d’information de proximité. Et aujourd’hui ce sont nos journalistes qui sont en danger."

"Nous avons en outre une mission de pédagogie de l’information," précise Denis Lespiaut. "C’est un impératif sociétal de plus en plus important avec la montée des réseaux sociaux. On a mis en place des formations pour que nos salariés puissent encadrer des jeunes dans l’éducation à l’info." Or aujourd’hui c’est justement cela qui est mis en péril. 

À court ou moyen terme, l'unique solution est, pour ces radios, de licencier. Les licenciements ont d'ailleurs déjà commencé. Le GRAL compte aujourd'hui 35 salariés. Grâce à la région il a pu créer 5 équivalents temps plein, qui, avec la fin de la subvention régionale, sont aujourd'hui tout simplement en danger. Un paradoxe.