Pour la première fois, des chamois vont être chassés en Corrèze

Désormais bien établi en Corrèze, le chamois va y être chassé pour la première fois cette année. Deux individus seront prélevés durant la saison de chasse 2020-2021, et leur population étudiée...
 

© Fédération de chasse de la Corrèze
C'était un secret partagé par quelques initiés, mais depuis une quinzaine d'années, une population de chamois s'épanouit dans les à-pics rocheux des lacs de la vallée de la Dordogne. Des animaux arrivés du Cantal voisin, où ils ont été introduits à la fin des années 70. L'environnement des lacs de la Dordogne corrézienne étant par endroits inaccessible, au début, ce sont des pêcheurs qui ont indiqué leur présence à la fédération de chasse.

Si dans le département voisin cet ongulé se compte par centaines, en Corrèze, sa population est bien moindre. Pour l'instant, une quarantaine d'individus ont été comptabilisés, mais il y a de fortes chances pour qu'il y en ait plus...
"Depuis 5 ans avec l'aide d'une société de chasse locale, grâce à des pièges photographiques, nous avons collecté des photos et vidéos attestant qu'une population de chamois est bien installée dans les gorges. Il faut dire que le biotope est parfait pour cet animal : des falaises et à pics rocheux, et des zones très difficiles d'accès" explique David Murat, directeur adjoint de la fédération de chasse de la Corrèze.


Plus de 30 individus

Des chamois en Corrèze


"Les chasseurs organisent un comptage chaque année. A cause du coronavirus, celui que nous avions prévu fin mars n'a pas pu avoir lieu, mais l'année dernière nous avions compté une trentaine d'animaux entre Argentat et Bort-les-Orgues". Depuis, des femelles ont été aperçues avec des petits, ce qui prouve qu'ils se reproduisent, et que le nombre d'individus est bien supérieur aux dernières estimations...

Actuellement, les chamois seraient présents sur 24 communes de la vallée de la Dordogne, mais c'est surtout le territoire d'une commune qui abrite le gros de la population. David Murat préfère rester discret sur cette dernière afin de préserver la tranquillité des animaux.

Des chamois qui n'hésitent pas à s'aventurer ailleurs dans le département. Des individus ont été observés sur le plateau de Millevaches à Saint-Hilaire-les-Courbes, Peyrelevade ou Treignac;  mais aussi en basse Corrèze : ils ont été vus le long de l'autoroute A 20 vers Brive il y a 2 ans, ou encore à Saint-Hilaire-Peyroux.

Des observations qui prouvent que le chamois s'installe de façon durable en Corrèze

La fédération de chasse de Corrèze souhaite donc consacrer plus de temps et de moyens à l'étude de cet animal, avec un objectif de développement et gestion de ses populations.
Pour ce faire, ses techniciens rencontrent régulièrement leurs homologues du Cantal, afin de profiter de leur expérience en la matière.
Des pièges photographiques et caméras vidéo vont être installes dans d'autres communes de la vallée de la Dordogne, et les pêcheurs seront sollicités afin de faire remonter des informations.

2 chamois seront prélevés cette année

© Fédération de chasse de la Corrèze


Face à cette présence établie, 2 sociétés de chasse ont sollicité quelques prélèvements. Après étude et consultation publique dans le cadre de l'élaboration du plan de chasse départemental 2020-2021, le Préfet à décidé qu'il serait possible de prélever 3 individus. Mais la fédération de chasse a préféré réduire ce nombre à 2 attributions, précise son président, Jean-François Sauvage. Elles concernent la société de chasse qui abrite le noyau de population, et qui depuis 10 ou 15 ans a œuvré à son développement.

Bien loin des prélèvements du Cantal voisin, où près de 300 chamois sont tués chaque année. "Il s'agit de gérer finement les attributions en fonction de l'évolution de la population" explique le président Sauvage. Un nombre de bracelets qui pourra évoluer en fonction du nombre d'animaux...

Des chamois qui seront chassés "à l'approche", comprenez par des chasseurs agissant seuls. Une technique toute nouvelle pour les chasseurs corréziens, plutôt habitués aux battues. Les 2 individus prélevés seront des "éterlous" : le nom donné aux jeunes de moins d'un an.

Ce sera donc inédit ! S'il ne pourra pas être chassé pour l'ouverture générale de la chasse en septembre, à partir du 17 octobre prochain, et jusqu'au 28 février 2021, le chamois figurera pour la première fois au plan de chasse du département. Du jamais vu !

Enfin, pas si sûr, car à quelques kilomètres de la Corrèze, sur les parois des grottes de Dordogne, les hommes préhistoriques ont dessiné des chamois.
La preuve d'une présence, et d'une chasse, finalement historique...



 
L'avis de Marc Giraud, porte-parole de l'ASPAS, l'Association pour la Protection des Animaux Sauvages
L’agacement des protecteurs


Cette précipitation à tuer des animaux qui ne causent pas dégâts, et qui au contraire participent à l’attrait touristique d’une région, prouve bien une chose : la chasse ne sert en rien l’équilibre écologique ; le confinement nous l’a d’ailleurs rappelé avec éloquence. C’est juste un loisir, un passe-temps macabre, critiquable et critiqué.

La présence de chamois nous rappelle à quel point la chasse a fait disparaître les grands animaux de nos terroirs. Le chamois est moins une espèce montagnarde qu’on le croit généralement, puisque certains sont descendus récemment jusqu’en Méditerranée, et que leur présence dans nos régions n’est qu’un retour vers une situation normale.

Ce réensauvagement de la France pourrait être beaucoup plus vivant si le lobby de la chasse ne pointait pas le bout de ses fusils dès qu’une espèce animale se porte moins mal qu’avant.

De plus, les animaux traqués se font beaucoup plus farouches que s’ils étaient protégés, ce qui prive les touristes comme les locaux de ces spectacles naturels bienfaisants dont nous avons tous tellement besoin.

Tous les sondages montrent que les Français désireraient très majoritairement une nature plus riche, accompagnée d’une réforme vigoureuse de la chasse. Non, la chasse n’est pas populaire, et ce n’est pas l’abattage de ces élégants animaux, même en nombre dérisoire, qui va améliorer l’opinion des citoyens.

Marc Giraud, Porte-parole de l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages).
aspas-nature.org



 
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