Affaire du petit Gabin : le médecin de famille reconnaît « une erreur »

Le médecin de famille (au centre, de face) s'explique devant les médias.
Le médecin de famille (au centre, de face) s'explique devant les médias.

A la barre des Assises de la Creuse, le médecin de famille est auditionné ce troisième jour de procès des parents du petit Gabin, mort à 22 mois. Un moment-clé de l'affaire.

Par Isabelle Rio et Charles Lemercier

Un interrogatoire-entonnoir


La méthode d’audition se montre efficace. Le médecin est tout d'abord invité, comme pour tout témoin, à une déclaration spontanée. Il donne alors sa version et sa perception de la situation. Le médecin se livre sans filtre, avec transparence, son témoignage ne semble pas préparé.
 

Puis la Présidente de la Cour commence par des questions très générales. De qui était-il le médecin ? On apprend qu'il suivait Céline V. l'accusée depuis des années, tout comme son frère (encore actuellement), sa mère (décédée en octobre 2018), sa grand-mère, mais aussi Edouard R., l'accusé, et les deux enfants du couple. Il a reçu la famille avec le petit Gabin à sept reprises, u 25 janvier 2012, six mois après la naissance du nourrisson, jusqu’au 25 avril 2013, un mois et demi avant sa mort. Une mort expliquée par la dénutrition, d’où les interrogations autour du poids de Gabin.

300 grammes en sept mois

A la consultation du 26 septembre 2012, Gabin pèse 8,250 kg. Lors du dernier rendez-vous en avril, il pèse 8,550 kg. Devant les évidences du dossier et les questions de plus en plus pressantes, le médecin change alors de position.

Est-ce normal qu’un enfant de cet âge n’ait pris que 300 grammes en 7 mois? demande la présidente au médecin. 
Non, c’est vrai. Bien sûr, ce n’est pas normal. » reconnaît il. Mais à mon cabinet, les enfants étaient lavés, habillés proprement, comme les parents. Il n’y avait jamais de raison objective de penser à un quelconque péril. […] C'était une famille ordinaire, l’enfant se blottissait contre la mère, il n’y avait pas de signe de maltraitance. 
 

Le pesiez-vous ? Le mesuriez-vous à chaque consultation ? On n'a pas retrouvé ces données lors de 3 consultations
Oui bien sûr, il est possible que j'ai omis de noter en faisant l'ordonnance ou autre chose...

 

A l'Avocat Général qui enchaine également les questions, il ajoute :
 

« C’est vrai, je suis obligé de reconnaître une erreur de diagnostic quand on sait ce qui est arrivé à l'enfant. Mais si la même histoire se reproduisait, avec les mêmes éléments en ma possession, je ne suis pas certain que j’agirais différemment. 
 

La Cour lui demande alors comment il agirait devant une situation où il constate de toute évidence une dénutrition. Mais ses réponses ne semblent pas satisfaire la Cour, elles pointent de toute évidence une insuffisance de réactivité pour un signalement à la PMI ou l'ASE.
 

Une faute reconnue ... au conditionnel

A l'Avocat de l'Enfant bleu - enfance maltraitée, il reconnait une faute évidente.

"On entend votre contrition mais on ne peut s’en satisfaire" lance l’avocat de l’association seule partie civile. Celui-ci rappelle que les médecins sont les premiers au contact de situations pouvant être signalées. Les hautes instances médicales ont d'ailleurs déposé un rapport rappelant un certain nombre de préconisations sur les examens à réaliser, les questions à poser, pour un examen pertinent. Il le remet au médecin généraliste qui vient de témoigner à la barre. L'Avocat conclue en lui donnant rendez-vous à l’audience correctionnelle où il est renvoyé pour non-assistance à personne en péril. Elle aura lieu en 2020, la date n’est pas arrêtée à ce jour.
 
Affaire du petit Gabin : témoignage du médecin de famille
Moment clé dans le procès des parents du petit Gabin, accusés de l'avoir laissé mourir par manque de soin et de nourriture : l'audition du médecin de famille. Il comparaitra en 2020 dans cette même affaire pour non assistance à personne en péril. Il intervient dans le reportage avec Yves Crespin, Avocat de l'association L'enfant bleu - enfance maltraitée.  - Reportage Isabelle Rio, Laurent Du Rusquec Chantal Cogne

 

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