Cannabis en Creuse : qu’y a-t-il derrière la fumée ?

"On est très loin de la culture traditionnelle du chanvre." / © DARREN ENGLAND/EPA/Newscom/MaxPPP
"On est très loin de la culture traditionnelle du chanvre." / © DARREN ENGLAND/EPA/Newscom/MaxPPP

En tapant dans un moteur de recherche « Creuse » et « Cannabis », on trouve une longue série d'articles consacrés au cannabis « thérapeutique ». Pourtant, derrière la volonté creusoise d’aider ceux qui souffrent, une notion plus floue apparait : le cannabis « bien-être ».
 

Par François Clapeau

Nous en parlons très régulièrement : des élus et des agriculteurs creusois veulent créer une filière locale de production de cannabis "thérapeutique".

L’objectif est de soigner des patients, mais aussi de permettre un développement économique du département.

Mais parle-t-on seulement de médicaments ?

 

Une production de cannabis médical en Creuse est-elle possible ?


C’est possible, mais c’est cher, et compliqué.

Pour produire du cannabis médical, il faut des variétés de plantes qui contiennent notamment du THC.
C’est cet agent qui est psychoactif, qui rend un peu "stone". Pour le cultiver, il faut donc équiper les serres d’importants dispositifs de sécurité, avec des doubles clôtures et un gardiennage permanent.

En puis, pour produire un médicament, il faut maîtriser la lumière, la température, l’humidité, les nuisibles…
Pour le professeur Nicolas Authier, qui a présidé un comité d’experts sur le cannabis pour l’Agence du médicament (ANSM), « Ce sont des procédures qualité dignes de l’industrie pharmaceutique. On est très loin de la culture traditionnelle du chanvre. Pour produire ce cannabis médical, il ne suffit pas d’être agriculteur. »

 

A qui serait destiné ce cannabis médical ?


Pour l’heure, l’Agence du médicament a autorisé une expérimentation en France pour cinq situations cliniques : des douleurs réfractaires aux thérapies déjà accessibles, certaines formes d’épilepsie sévère, des soins de support en oncologie, des situations palliatives, et des douleurs liées à la sclérose en plaques.

Il y aura sans doute à l’avenir d’autres indications ; mais si on parle, comme les promoteurs du projet, de « développement économique », il ne s’agit pas d’un « marché » gigantesque.

L’expérimentation de l’ANSM concerne actuellement 1500 à 3000 patients en France.
Selon le Professeur Nicolas Authier, plusieurs dizaines de milliers de patients pourraient être concernés à terme.
Mais il ne va pas jusqu’au chiffre de 300 000, avancé par Eric Correia, président de l’agglomération de Guéret et grand promoteur du cannabis thérapeutique.

Nicolas Authier met en garde : « Le développement du cannabis médical ne doit pas être sous-tendu par des intérêts économiques. »

 

Cannabis médical, ou cannabis « bien-être » ?


L’avenir du cannabis en Creuse, c’est en fait surtout le cannabis "bien-être", c’est-à-dire des pommades et des huiles essentielles, avec moins de THC, et plus de CBD, la molécule relaxante du cannabis.

La plante est beaucoup plus facile à cultiver, et plus rentable.

Eric Correia le reconnaît : « Ce serait un meilleur levier de développement. Les agriculteurs peuvent en tirer un plus grand bénéfice. »

Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse, est aujourd'hui rapporteur général d'une mission d'information parlementaire dédiée aux usages du cannabis. On y parle de cannabis médical, mais aussi bien-être, et même récréatif.
Selon lui, « L'intérêt économique, il est sur le CBD. »

Jouany Chatoux, qui expérimente déjà la culture du cannabis dans son exploitation, le dit clairement : « 80% du marché est sur le bien-être ». Et il va plus loin : « Dans tous les pays où ça s’est ouvert, on a commencé par le médical pour aller vers le bien-être, et finalement le récréatif. C’est le cheminement normal pour l’acceptation. »

 

Le cannabis « bien-être » est-il un médicament ?


Non. Sur l’efficacité du cannabis thérapeutique, les études sont encore rares ; mais concernant le cannabis "bien-être", il n’y a aucune définition.

Le Pr Nicolas Authier résume : « On n’est pas dans la science, on est dans le commerce. »
Selon lui, « les promoteurs de cet usage se gardent bien de définir ce que cela recouvre, et jouent parfois sur une ambiguïté avec un usage médical. »

 

Quelles sont les prochaines étapes ?


Restent d'autres questions de cohérence : on peut déjà acheter des produits au CBD en France, mais il doit être produit ailleurs.
Le creusois Jouany Chatoux attend donc une clarification de la loi pour avancer.

Jean-Baptiste Moreau demande actuellement la transposition d'une directive européenne dans la loi française pour permettre aux agriculteurs creusois de produire et commercialiser leur CBD. Son objectif est d'y parvenir dans les 6 mois.

En attendant, il ira plaider sa cause le 26 septembre devant le conseiller santé du Premier ministre.
Et il ne sera pas question seulement de cannabis médical... 


 

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