Histoire. Pierre d'Aubusson, héros des Croisades, homme de foi et de pouvoir

La destinée prestigieuse de Pierre d'Aubusson, noble creusois du XVᵉ siècle, a marqué l'histoire de la Creuse et de l'île de Rhodes. Devenu grand maître de l'Ordre des Hospitaliers, ce chevalier engagé dans les croisades a sauvé l'île de l'invasion ottomane. Il a aussi abrité en Creuse Zizim, l'héritier malheureux de l'empire Ottoman, avant de le rendre contre quelques précieux avantages.

Bouclier de la Chrétienté, Grand maître de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sauveur de l’île de Rhodes face aux Ottomans, l'illustre croisé creusois Pierre d'Aubusson est né au Monteil-au-Vicomte il y a tout juste 600 ans.

"Ses parents sont arrivés en 1410, il y avait Antoine qui était marié avec Marguerite de Comborn. Ils ont eu sept enfants, Pierre était le cinquième. Son frère a hérité du château, et lui, il est parti à Rhodes en 1444, et il n'est pratiquement plus jamais revenu" raconte Jean-Claude Dumeynie, président de l'association des amis des tours.

Sauveur de Rhodes face aux Turcs

À Rhodes, Pierre d’Aubusson, comme nombre de jeunes chevaliers de la noblesse chrétienne, rejoint les Hospitaliers. Un ordre religieux et militaire créé pendant les croisades. Rapidement, il monte en grade, jusqu’à être élu Grand maître.

C’est alors qu’intervient le fait d’armes qui va le rendre célèbre.

"En 1480 le sultan Mehmet II, le conquérant de Constantinople, met le siège devant l'île de Rhodes, et au bout de deux mois, les Turcs rembarquent, et Pierre d'Aubusson remporte la bataille" décrit l'historien Jean-Marie Allard. "Ce qui est extraordinaire, c'est qu'en quinze jours le vice-chancelier de l'Ordre écrit un texte en latin, un texte manuscrit qui est vite diffusé dans l'Europe chrétienne, sous forme manuscrite et sous forme imprimée. Trente ou quarante ans après l'invention de l'imprimerie, c'est une entreprise de propagande énorme."

Un homme puissant

Deux ans plus tard, le sultan Mehmet II est assassiné, et Pierre d’Aubusson désormais surnommé "Bouclier de la Chrétienté", va saisir une autre occasion de nourrir le prestige et la puissance de l’ordre : Les deux fils du Sultan, Bajazet II et Zizim, se disputent le droit d'aînesse pour la succession sur le trône de l'empire Ottoman.

Défait, Zizim se met sous la protection des chevaliers sur l'île de Rhodes, les ennemis du Sultan." Pierre d'Aubusson, grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, va faire transporter Zizim en Occident pour le claquemurer loin des prétentions de son frère. Pierre d'Aubusson exige une rançon de 40 000 ducats. Zizim restera quatre ans en Limousin, dont deux ans à Bourganeuf.", poursuit l'historien, dans la tour qui porte désormais son nom.

"C'était un adepte du soufisme, un islam philosophique, spirituel, plutôt doux. En totale opposition avec l'islam pratiqué par son frère Bajazet" explique l'écrivain creusois Jean-Marie Chevrier qui lui a consacré, en 1993, un de ses premiers livres : Zizim ou l'épopée tragique et dérisoire d'un prince ottoman (ed.Albin Michel).

Un chapeau de cardinal et une rente contre Zizim

La manne financière générée par l’otage est si impressionnante qu’elle attire les convoitises. Le pape finit par réclamer Zizim aux Hospitaliers. "Pierre d'Aubusson est plus ou moins obligé de laisser partir Zizim, mais il va quand même négocier certaines choses, il obtiendra notamment le titre de cardinal", explique encore Jean-Marie Allard. Et une rente d'un quart de l'indemnité versée par Bajazet.

Pierre d’Aubusson consacre le reste de sa vie à consolider la puissance des Hospitaliers. Il meurt en 1503 âgé de 80 ans, après avoir dirigé l’ordre pendant 27 ans.