Guerre en Ukraine : le groupe Picoty face à l’augmentation du prix des carburants

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Écrit par Franck Petit

Alors que plusieurs centaines de professionnels bloquent les dépôts pétroliers de Brest et Lorient depuis mardi 15 mars 2022, le secrétaire général du groupe Picoty, basé à la Souterraine (Creuse), explique la situation.

Le groupe Picoty s’est réellement développé en 1957 quand il a racheté la marque suisse Avia. Il gère aujourd’hui toutes les stations Avia situées dans l’Ouest de le France.

Pour cela, un important dépôt a été créé à La Rochelle au moment du premier choc pétrolier, dans les années 70.

  

Pour Bruno Marchat, secrétaire général de Picoty, l’enjeu est aujourd’hui de faire de la pédagogie.

Depuis ce mardi 15 mars 2022, 300 à 400 professionnels bloquent les dépôts de Lorient et Brest, comme l’expliquent nos confrères de France 3 Bretagne

Marine Le Pen dit que les pétroliers sont des profiteurs de la guerre en Ukraine et qu’ils gardent des stocks pour spéculer sur les prix. C’est totalement faux. Pourquoi stocker, alors que les prix fluctuent et peuvent baisser très rapidement ? On entend tout et n’importe quoi.

Bruno Marchat, secrétaire général du groupe Picoty-Avia

Hypersensibilité des cours

Depuis que Vladimir Poutine a décidé d’envahir l’Ukraine, les opérateurs pensent que la Russie ne sera plus en mesure de livrer le pétrole qu’elle nous vend d’ordinaire. D’où une augmentation des cours dus à l’anticipation d’une pénurie.  

Si les négociations entre Ukrainiens et Russes aboutissaient, le prix du baril de pétrole pourrait de nouveau baisser.  

Cette baisse est d’ores et déjà une réalité, mais pour une autre raison. Dix grandes villes se sont de nouveau confinées en Chine à cause de la Covid 19. Les opérateurs pétroliers craignent une baisse de la demande dans les prochaines semaines. 

Pour Bruno Marchat, "cette situation d’hypersensibilité des cours est due à des évènements exceptionnels qu’on n'a jamais rencontrés depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et en aucun cas aux distributeurs comme la société Picoty." 

Pour ne rien arranger, le cours du dollar a baissé en Europe. Il est aujourd’hui à 1,09 euros contre 1,2 euros il y a un an.  

Une situation qui conforte les exportations, mais aucunement les importations de pétrole qui coûtent plus cher.   

Tensions sur la demande 

Bruno Marchat évoque aussi les difficultés qu’il rencontre avec certaines entreprises qui ont tenté de stocker du carburant ces dernières semaines : “Encore une fois, ce n’est pas une bonne idée, puisque les cours fluctuent très rapidement. Ils peuvent augmenter aussi vite qu’ils baissent”

Ainsi, des entreprises de transports, des distributeurs de fioul ou des agriculteurs ont souhaité acheter plus que d’habitude, provoquant une tension sur la demande.  

On n'a pas de situation de pénurie. Ces achats de précaution nous ont obligé à mettre en place des quotas de vente.

Bruno Marchat, secrétaire général du groupe Picoty-Avia

Le cours du Platts 

Reste que les non spécialistes ont du mal à comprendre qu’on leur parle d’hypersensibilité des cours alors même que les prix à la pompe n'ont fait qu'augmenter ces dernières semaines.  

Bruno Marchat explique que le standard de fixation du prix du Brut est l’indice “Brent”. 

Pour pourvoir être brûlé dans les voitures, le pétrole doit être raffiné, ce qui prend environ 20 jours. Le prix de l'essence raffinée s'apprécie avec un autre indice : le “Platts”. 

Il y a toujours un mois de décalage pour que les fluctuations du “Brent” influent sur le “Platts”. 

Mais il est également vrai que "l'hypersensibilité des cours influe aussi sur le Platts avec des anticipation jamais vues auparavant"

Pour Picoty, le principal danger serait que les consommateurs changent leurs habitudes et cessent d’acheter de l’essence. Voilà pourquoi le groupe Limousin n’a aucun intérêt à ce que le prix de l’essence augmente outre mesure, et souhaite des mesures gouvernementales fortes.