Longtemps moquée, souvent dénigrée, la Creuse prend sa revanche

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Écrit par France Lemaire
Les clichés ont la vie dure : le département de la Creuse mérite-t-il le détour ?
Les clichés ont la vie dure : le département de la Creuse mérite-t-il le détour ? © France Télévisions

Pendant des dizaines d'années, les Creusois ont entendu parler de leur département comme d'un désert. Souvent les préjugés de ceux qui n'y avaient jamais mis les pieds. Une image difficile à porter, mais qui change.

Changer l'image du département. Ou plutôt la réparer. Pendant des décennies, des Creusois s'y sont attelés, mais les préjugés ont la vie dure et même les slogans les plus prometteurs n'y ont pas résisté, comme le fameux "Vacances en Creuse,vacances heureuses", tourné en dérision "Vacances ailleurs, vacances meilleures."

Tendance

Sauf qu'aujourd'hui, les vacances dans la Creuse seraient tendance. Comme en attestent les chiffres du tourisme. Durant l'été 2021, les meublés, les gîtes de France ont affiché complet dans le département. 

Une tendance qui se confirme aussi par l'installation de nouveaux habitants. Car même si le solde naturel de la Creuse est toujours négatif, c'est-à-dire qu'il ya plus de décès que de naissances, le solde migratoire lui est positif. Il y a donc plus d'arrivées de nouveaux habitants que de départs. Un mouvement enclenché il y a une dizaine d'années, et renforcé par la crise sanitaire et le désir de nombreux citadins de vie à la campagne. 

C'est ce qu'ont constaté les agents immobiliers, avec une augmentation des transactions. Des biens en vente depuis plusieurs années sont enfin partis, nous confiait l'un d'eux en janvier dernier.

Le trou du cul du monde

Et le mouvement ne semble pas prêt de s'étioler, comme en témoignent les demandes et commentaires sur la page Facebook au nom reprenant un des nombreux clichés sur le département "La Creuse n'est pas le trou du cul du monde".

Début septembre, un couple du Pas-de-Calais raconte. Avec leur enfant, les parents souhaitent déménager dans la Creuse. Ils bravent ainsi l'avis tranché de leurs amis ou collègues ("La Creuse ? mais vous êtes fous!!") et cherchent des informations sur le département. Ils veulent du vécu. Et ils en ont. 250 commentaires. Mais sont-ils tous vraiment objectifs ?

La santé fragile de la Creuse

Première inquiétude : l'accès aux soins.

Avec 318 médecins pour 100 000 habitants, la Creuse reste un désert médical selon les critères du ministère de la Santé. Un territoire est considéré comme "désert médical" quand la densité de médecins par rapport à la population est de 30 % inférieure à la moyenne nationale. En Creuse, la densité était inférieure de 41 %, en 2019.

Même si certains professionels de la santé commencent à s'implanter dans la Creuse, comme les sages femmes libérales, absentes du territoire il y a 20 ans, trouver un rendez-vous avec un spécialiste relève souvent du parcours du combattant, et les Creusois se dirigent souvent vers Limoges ou Clermont-Ferrand.

Trouver un dentiste peut aussi s'avérer compliqué, et la situation ne va pas s'arranger : sur les 43 dentistes en exercice, neuf ont plus de 65 ans. A Felletin, l'un d'eux part à la retraite dans les prochains jours, il ne sera pas remplacé. 

Pour les pharmacies, le département en compte 58 depuis ce jeudi 30 septembre 2021 puisque celle de Mainsat vient de fermer définitivement ses portes. Sans reprise attendue. 

Mais l'espoir d'un tissu médical plus étoffé reste permis. L'opération séduction des différentes politiques semble peu à peu fonctionner, notamment avec l'implantation des maisons médicales. En dix ans, le nombre de médecins pour 100 000 habitants a augmenté de 13,6 % dans la Creuse, selon le Conseil national de l'Ordre des médecins.
 

Du travail

La crainte de s'installer dans la Creuse et ne pas trouver d'emploi est rééelle. Surtout quand on croit que la Creuse est un grand désert. Tout d'abord, les médecins, les kiné, les infirmiers... sont les bienvenus, et les communes ou communautés de communes leur font souvent un pont d'or, en les accueillant dans des cabinets neufs et équipés, comme Audrey Gavoille, jeune ostéopathe installée depuis près d'un an à Ahun.

Certaines communes proposent aussi des auberges, des épiceries, des boulangeries clefs en main, avec des loyers abordables, c'est le cas à Sardent, et la CCI affiche des affaires à reprendre, salons de coiffure, commerces de vêtements, garages... 67 offres sont ainsi disponibles

L'emploi en Creuse
Infogram

L’emploi non salarié est très représenté dans la Creuse. Selon les chiffres de l'INSEE,  au 31 décembre 2013, sur les 41 200 emplois du département (1,8% de l’ensemble régional), 8 400 sont des non salariés, soit un emploi sur cinq, c'est la plus forte proportion de la Nouvelle-Aquitaine. 

Ceci est du notamment au poids de l’agriculture qui rassemble près de 12 % de l’emploi total. La Creuse compte près de 4 400 exploitations agricoles dont les trois quarts sont orientées vers la production de bovins à viande. 

De la maternelle à la fac

Y a-t-il des formations dans la Creuse ? La question est récurrente, et se pose d'ailleurs dans de nombreux départements ruraux.

Alors oui, la Creuse a des écoles, 151 écoles publiques et 3 privées. 

Le taux d'encadrement, c'est-à-dire le nombre d'enseignants pour 100 élèves est le 3ème meilleur de France, après le Cantal et la Lozère, en raison de la géographie et des distances. 

Parmi les 19 collèges, six comptent un internat. Le plus petit est à Crocq, dans l'est du département. 113 élèves le fréquentent de la 6ème à la 3ème et il affiche un des meilleurs résultats de l'académie au DNB, le brevet. 

Il existe également des formations après la 3ème ou post-bac.

 

Un désert culturel 

Un désert culturel ? Voilà des mots à ne jamais prononcer devant des Creusois. Un magazine s'y est risqué, avec un titre plus que provocateur au sujet de Guéret "la bouse ou la vie", un article chargé de facilité parce que justement, il ne véhiculait que des préjugés. 

Et le retour de bâton n'a pas tardé : une page facebook, les Creusois contre Technikart emmenée par Lily la Fronde, et des élus qui montent au créneau. Le magazine finit par présenter ses excuses.

Car croire que Guéret, et la Creuse ressemblent à un désert culturel est une hérésie. Dans le département, on trouve une scène nationale de théâtre, l'une des plus petites de France, à Aubusson, et aussi la cité de la tapisserie dans la même ville, la Guérétoise de spectacle, à Guéret, le centre culturel Yves Furet à La Souterraine qui diffuse ses spectacles dans les petites communes environnantes... à titre d'exemple. 

Il y a aussi les petites salles, comme la Parqueterie à Fresselines, ou le café associatif L'Espace à Flayat qui propose une 40 aine de concerts chaque année... et même Manu Chao ! 

Sans oublier les nombreux évènements, comme les Bistrots d'Hiver, sur le plateau de Millevaches, la Chek in Party , le festival du Lézard Vert à Fursac, le festival de La Naute...

Vers demain

La Creuse est donc loin d'être un département immobile où il ne se passe rien, et peu à peu les habitants, les associations, les élus changent cette image de "trou du cul du monde" dans laquelle le département a longtemps été englué.

A titre d'exemple, la Creuse sert aujourd'hui de modèle pour ses tiers-lieux, notamment pour le réseau Tela qui regroupe six d'entre eux depuis 3 ans. Il s'agit du premier réseau départemental de tiers-lieux en France.

La Creuse fait aussi office de précurseur pour la culture du cannabis thérapeutique, grâce notamment à des agriculteurs qui cherchent à innover, ou pour la domotique, un secteur motivé par l'âge avancé d'une partie de la population.

Car oui, la population est âgée et le département peu peuplé. La plus faible densité est de 5 habitants au km2 à Gentioux-Pigerolles. 

Des inconvénients qui deviennent une force.

Et si les préjugés d'hier devenaient les atouts de demain. 

 

 

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