VIDÉO. Chute du nombre de limousines, la filière bovine tire la sonnette d'alarme

Le Salon de l'agriculture, une vitrine pour la filière bovine, ne doit pas masquer la réalité loin de Paris. En Limousin, le nombre d'exploitations et donc de vaches chute lourdement. Plus de 100 000 têtes depuis 2016. Et la tendance ne risque pas de s'inverser. Explications.

Une limousine vendue 9 200 euros ! Lundi 27 février, au Salon de l'agriculture, la jolie Nikita élevée à Chéniers en Creuse au GAEC Desassure a fait monter les enchères. C'est, comme chaque année, le symbole de la réussite de l'élevage limousin. Mais derrière les ventes records, la réalité est tout autre. 

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Selon les chiffres de l’Institut français de l’élevage, la France a perdu 837 000 vaches depuis 2016. En Limousin, le nombre de têtes a chuté de 100 000 sur la même période. Cette tendance inquiète, à juste titre, les éleveurs de la région qui cherchent à en comprendre les raisons tout en avançant des solutions. ©Philippe Mallet et Nicolas Chigot

Difficile de s'en rendre compte en regardant les champs lorsqu'on se balade ou quand on prend la route, mais les vaches sont de moins en moins nombreuses dans les champs. Selon les chiffres de l’Institut français de l’élevage, la France a perdu 837 000 vaches depuis 2016. En Limousin, le nombre de têtes a chuté de 100 000 sur la même période. C'est colossal. 

Moins de bêtes, car le nombre d'exploitations diminue considérablement. Il recule dans les trois départements de l'ex-région Limousin, selon le recensement agricole de 2020. La Haute-Vienne a perdu un quart de ses fermes bovines en 10 ans. Idem en Creuse. C'est pire en Corrèze avec une baisse de 30 % entre 2010 et 2020.

Dans le même temps, les productions végétales (grandes cultures, maraichage, horticulture, etc.) progressent sur l’ensemble du Limousin. En 10 ans seulement, la part d’exploitations à dominante végétale a doublé en Haute-Vienne, passant de 2 à 4 sur 10. Une hausse aussi sensible en Corrèze (+ 22 % de surface).

Pour être exhaustif, la production de lait a, elle aussi, drastiquement diminué dans la région. Certes, c'est une production à la marge, mais c'est symptomatique. Le nombre d'exploitations en bovin lait a été divisé par deux en 10 ans en Corrèze et en Haute-Vienne. Il a un tout petit peu moins baissé en Creuse (91 exploitations en 2010, 55 en 2020), d'après le recensement du ministère de l'Agriculture. 

Pression économique et foncière

Ces chiffres peuvent paraître abstraits, mais sur le terrain, ils sont palpables. Rien que dans le périmètre du cabinet vétérinaire de Magnac-Laval, en 10 ans, le nombre de vaches a diminué de 2 500 têtes. De quoi rendre les éleveurs du territoire inquiets comme Benoit Rousseau : "Il y a des fermes qui se vendent. Et les repreneurs, quand ils font de l'agrandissement, ils augmentent leur cheptel de 20 têtes, mais cela ne compense pas les pertes, car ils font souvent de la culture de céréales sur leurs surfaces, une culture moins contraignante. Conséquence : on perd une centaine de têtes à chaque fois."  

Des ventes contraintes par la pression financière qui pèse sur les éleveurs. Boris Bulan, agriculteur et trésorier du syndicat de viande Interbev a fait ses calculs : le revenu moyen n'a pas bougé pendant que les charges, elles, ont explosé. 

Même si le revenu augmente, les hausses n’ont pas été passées il y a quelques années, conséquence le revenu moyen n'évolue pas. Travailler 60 heures par semaine pour un Smic ou toucher le RSA pour faire vivre sa famille, c’est intenable.

Boris Bulan, trésorier d’Interbev

Les solutions pour freiner la tendance ? Moins d’importations, de nouvelles méthodes d’engraissement. Pour Boris Bulan, la relance de la filière doit passer par une meilleure entente entre producteurs, abatteurs et la grande distribution. Plus qu’une urgence, un impératif. 

S'appuyant sur une étude de Terres de Liens publiée lundi 27 février, en plein Salon de l'agriculture, l'association Les Amis de la Terre propose, elle, d'insérer dans la loi d'orientation agricole du gouvernement une limite de surface fixée à 300 ha par éleveur. Elle entend ainsi faciliter l'installation des jeunes, n'ayant pas ou peu d'apport, et limiter la financiarisation de l'agriculture. En 30 ans, la part de surface agricole en propriété de sociétés a été multipliée par quatre, relaie La France agricole.

Pyramide des âges

L'autre explication à la baisse continue du nombre d'exploitations, c'est la pyramide des âges. En France, 4 agriculteurs sur 10 ont plus de 55 ans, ils prennent leur retraite en moyenne à 63,4 ans selon la MSA. La chute du nombre d’exploitations risque encore de s’aggraver dans la décennie. Pour Benoit Rousseau, l'éleveur haut-viennois, "ce n'est pas à cause d'un manque de motivation, mais bien parce que c’est de plus en plus compliqué financièrement, abonde-t-il. On navigue à vue."