Déconfinement : l'angoisse du jour d'après

Crainte de la contamination ou du licenciement, injonctions contradictoires... Alors que l'épidémie de Covid19 n'est pas enrayée, la sortie du confinement peut prendre un aspect angoissant. Rien de plus normal estiment les soignants, selon qui les changements d'habitude prendront du temps.

La question du retour à l'école est une des multiples sources d'angoisse.
La question du retour à l'école est une des multiples sources d'angoisse. © FRANCK FIFE / AFP
Dans quatre jours, c'est la quille. Ou en tout cas, cela y ressemble. Après 55 jours passés confinés à l'intérieur de leurs domiciles, les Français pourront ressortir, sans attestation et dans un rayon d'une centaine de kilomètres, à compter du 11 mai.

Une date qui marque également le retour à l'école, la fin du télétravail ou encore, une reprise du travail pour ceux qui se sont arrêtés, les demandes de chômage partiel concernant, selon le ministère du Travail, plus de 12 millions de salariés.


Autant de changements et d'inquiétudes à aborder dans un contexte politique et sanitaire tendu. Faut-il ou non remettre les enfants à l'école ? Masques jetables ou lavables? Comment s'en procurer en quantité suffisante ? Est-il raisonnable de reprendre les transports en commun ? 
 

Sur les quinze derniers jours, tous les appels évoquent de la peur de ressortir.
Dr. Chantal Bergey, psychiatre



Le docteur Chantal Bergey est psychiatre. Cheffe du pôle de psychiatrie d'urgence au Centre Hospitalier Charles Perrens de Bordeaux, elle a mis en place une cellule d'accompagnement psychologique, active depuis le 26 mars (1).
"Nous avons reçu près de 600 appels, explique la psychiatre. Sur les quinze derniers jours, tous évoquent de la peur de ressortir. Peur de reprendre le travail, de remettre les enfants à l'école, d'être contaminés, de se confronter aux autres…"

 
Un numéro vert pour un soutien médico-psycologique
Un numéro vert pour un soutien médico-psycologique © France 3 Aquitaine
 

"C'est normal d'avoir des inquiétudes"

Les personnes qui appellent ont tous les âges, et n'ont pas forcément été suivi psychologiquement avant la crise sanitaire. 
"D'autres, au contraire avaient déjà des terrains anxieux avec lesquels ils arrivaient à fonctionner. Mais tout cela a été amplifié par le contexte", poursuit Chantal Bergey, qui n'exclut pas que certains connaissent "des attaques de panique dans les transports en communs" ou "ne parviennent pas à se rendre au travail".

C'est normal d'avoir des inquiétudes, la situation de crise peut générer des angoisses. Il va désormais falloir prendre de nouvelles habitudes de vie".
 

Doubles messages

Installé à Anglet, le psychologue Julius Le Duff  l'assure : toutes ses consultations des dernières semaines portent sur la crise sanitaire. L'angoisse du confinement mais aussi, depuis peu, du jour d'après.

"C'est difficile de faire abstraction du contexte politique, estime-t-il. On nous explique qu'on déconfine, mais que le danger est toujours présent. 
Que la sécurité des enfants à l'école sera assurée dans la mesure où ils suivent un protocole spécifique, protocole jugé inapplicable par les enseignants… Il y a beaucoup de doubles messages".

 

No future

Julius Le Duff anime également un atelier d'écoute au sein de la Mission locale du Pays Basque (2), à destination des 16-25 ans. "Eux aussi sont déstabilisés par cette situation. Ils sont à une période où ils se construisent, envisagent des formations, ont des rêves, élaborent des projets…
D'un coup, tout s'effondre. "Certains me disent qu'ils n'en ont plus rien à foutre, puisqu'on va tous mourir".

Le psychologue conseille de mener des activités "qui font qu'on se sent exister". "J'ai une patiente qui a dû annuler un voyage en Espagne. Elle a finalement décidé de prendre des cours d'espagnol en ligne".
 

Des astuces qui ne sont pas des solutions magiques mais permettent de continuer de progresser vers son but. "Il n'y a rien de surprenant à avoir des angoisses, des coups de mou. Si on n'a pas de problème sous-jacent, ça ira mieux quand nous connaîtrons un retour à la normale. Dans le cas contraire, et la situation peut révéler des traumatismes, il faut poursuivre les consultations."


Peur de contaminer les autres

La crainte de la mort semble presque absente dans les Landes. Le département a été particulièrement épargné par le virus, avec seulement une dizaine de décès liés au COVID enregistrés. C'est sans doute pourquoi les appels au poste d'urgence médico psychologique (PUMP 40) ont été peu nombreux pendant le confinement.

"Nous n'avons pas beaucoup eu à intervenir sur des gestions de deuil. Aujourd'hui, nous avons surtout des personnes qui s'inquiètent de contaminer à leur insu d'autres personnes, plus âgées notamment, " note le docteur Thomas Casenave, en charge du dispositif. 
Les questions financières et logistiques surgissent aussi. 

Des cadres ou des employeurs se demandent comment respecter la distanciation, obtenir suffisamment de masques… Le fait de repenser le travail est un facteur de stress.
Dr. Thomas Casenave, psychiatre


Angoisses à retardement

Médecins et psychologus en sont persuadés, les angoisses liées à au Covid 19 peuvent surgir d'ici plusieurs mois. D'autant plus quand le confinement et sa sortie ont agi comme un révélateur de troubles plus ancrés. "Dans les Landes, nous pensons maintenir le dispositif pendant au moins un mois", explique Thomas Casenave. 
À Bordeaux également, la cellule d'accompagnement psychologique mise en place par l'hôpital Charles Perrens reste en service.

Avec, sans doute, un regain d'activité dans les prochains jours. "Je pense beaucoup à toutes les victimes de violences conjugales ou de violences intrafamiliales, avance Chantal Bergey, qui rejoint les inquiétudes des associations en charge de la protection de l'enfance.
 

Il y a un risque d'épuisement professionnel chez les soignants. Tout le personnel des Ehpad a vécu des moments très difficiles aussi, elles ont perdu des résidents qu'elles connaissaient depuis des années… 

Nous devrons également être très attentifs aux soignants. Ils vivent un moment très particulier". 



(1) Un numéro vert gratuit Ecoute Psy a été mis en place par le Centre Hospitalier Charles Perrens au 0 800 71 08 90. La plateforme est  joignable du lundi au vendredi de 9h à 18h.

(2) L'espace d'écoute proposé par Julius Le Duff est ouvert les mardis et vendredis de 9h à 12h et de 13h à 18h au 06 07 84 76 59. 

(3) Le Pump 40 est joignable du lundi au vendredi de 10 heures à 17 heures 07 83 06 68 94
10h-17h
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