TEMOIGNAGE. "Grosse, ce n'est plus un mot qui me dérange". Miss Curvy Poitou-Charentes milite pour faire bouger les normes

L'acceptation de sa morphologie n'a pas été simple pour elle. Aujourd'hui Gwenaëlle Duval est Miss Curvy Poitou-Charentes. Elle s'aime grosse, et le souhaite à toutes celles et tous ceux qui sont hors des canons de beauté de nos sociétés occidentales actuelles.

Elle a décidé que sa gourmandise n'est plus un pêché, alors pourquoi pas se retrouver dans une pâtisserie ! "Avant, je mangeais et après, je regrettais. J'avais mal au ventre. Maintenant, c'est fini. Je sais que je peux me faire plaisir sans regretter." Couronnée Miss Curvy Poitou-Charentes en novembre dernier, Gwenaëlle a 21 ans, le sourire rayonnant, et le regard encore un peu étonné de cette nouvelle confiance qu'elle s'est offerte.

Une nouvelle naissance

Elle a toujours été ronde, et elle a connu les moqueries, les sarcasmes, le rejet. "Je ressentais juste de la douleur et je cherchais des solutions pour être comme les autres au lieu d'être la personne que je suis".

À l'adolescence, elle essaie les régimes, cesse de s'alimenter, fait du sport à l'excès, jusqu'il y a deux ans, où une rupture amoureuse sert de déclencheur : "Je me suis réveillée un matin en me disant que j'en avais assez de vivre dans le regard des autres. J'ai décidé de me renfermer sur moi-même. J'ai pris un appartement pour vivre seule et apprendre à m'aimer. Me voir dans un miroir, découvrir ce dont j'étais capable, mes qualités."

Elle a alors 19 ans, commence à travailler, et s'offre "une nouvelle naissance".

Maintenant, je m'autorise à sortir avec mes amies, même à la piscine. Elles font toutes une taille 38-40. Avant, je n'aurais jamais osé. Et puis je porte du jaune, du rouge, du vert, du bleu, je ne me cache plus !

Gwenaëlle Duval

Miss Curvy 2022

Miss Curvy, un baume et une vitrine

Réparée, heureuse dans son corps, Gwenaëlle décide alors de suivre le chemin de sa grande sœur, et de s'inscrire au concours de Miss Curvy. "On m'a habillée, on m'a maquillée, on m'a coiffée, on m'a chouchoutée pendant toute l'année du concours régional, et ça m'a fait du bien ! Ça fait du bien à tout le monde d'être chouchouté ! "

Couronnée du diadème régional, la voilà sélectionnée pour le concours national. "Parfois, c'est encore difficile de me voir en photo. Ça m'arrive encore de commencer par me demander ce que les autres vont penser.", reconnait-elle. Mais elle est bien guérie de ses complexes : "J'ai déjà fait un shooting photo en nuisette. Pour les France il y aura sûrement une série maillot de bain. Il y a des robes courtes, des couleurs, des tenues qu'on ne porterait jamais. Avant, j'avais tendance à me cacher, c'est bien aussi de se montrer ! "

À force d'en parler, de se montrer, on finira par rentrer dans la norme.

Gwenaëlle Duval

Miss Curvy Poitou-Charentes 2022

Alors que tous les concours de beauté sont inaccessibles au-delà de la taille 40, Miss Curvy ouvre à la taille 42, et sans limite. Pour Gwenaëlle, cette manifestation est une vitrine qui permet de mettre en valeur des corps de femmes hors normes, pour que les normes bougent justement, et que toutes les morphologies aient la même place, et ne soient plus source de souffrance.

"J'ai vraiment envie de faire bouger les choses. Avec ce comité, j'ai rencontré des filles super, et ensemble, on touche beaucoup plus de monde."

Femme grosse, femme forte

Affranchie du regard des autres, Gwenaëlle ne craint plus les mots non plus. Elle est grosse, inutile d'être hypocrite, ça lui va très bien ainsi. Et le qualificatif ne doit plus être un tabou : "Grosse, ce n'est plus un mot qui me dérange. Avant, ça me blessait. Maintenant, femme forte, femme grosse, c'est ce que je suis. On détourne les mots pour détourner la vérité."

Encouragée dans son parcours par son amoureux Valentin, sa famille et son employeur, Gwenaëlle constate tout de même que "tout le monde n'est pas ouvert à ce sujet-là". Pas facile de trouver son bonheur parmi les quelques fringues hors de prix ou informes des rayons grande taille des magasins. Et la discrimination, dans le monde du travail, existe bel et bien encore.