Réparer plutôt que racheter : cordonniers, couturiers, quand les métiers de proximité sont encouragés

Les Chambres des Métiers et de l'Artisanat veulent relancer l'activité des réparateurs, couturières et cordonniers. Elles encouragent la réparation plutôt que le gaspillage ou l'achat neuf. En Dordogne, 36 artisans ont déjà rejoint le label.

En 1950, un certain Bich, Baron d'origine italienne, ne croit guère à l'avenir du tube de plastique que sa société parisienne PPA (Porte-plumes, Porte-mines et Accessoires) s'apprête à commercialiser. Pourtant, le stylo bic va conquérir le monde, suivi en 1975 par le rasoir jetable, le briquet et toute une ribambelle d'objets du quotidien, plus faciles et moins coûteux à racheter neufs qu'à faire durer.

Du jetable à l'irréparable

Le monde est entré tête la première dans l'ère du gaspillage et de l'obsolescence consentie, il s'apprête à créer un septième continent de plastique et à mettre sur la paille des milliers de réparateurs de tout poil. Petits cordonniers, couturiers, artisans de l'électroménager, réparateurs de cycle, horlogers de quartier et autres bricoleurs de génie ont dû se reconvertir dans la vente de made in China s'ils voulaient survivre.

Laissez parler les p'tits métiers

Un demi-siècle plus tard, dégrisé de son euphorie consumériste, l'homme moderne réalise qu'il a vécu avec une inconséquence coupable largement au-dessus des moyens de sa planète. Rétropédalage, nous redécouvrons donc les mérites du durable, les joies du renouvelable et la résilience du réparable.

Répar'acteur, c'est ça. Un label lancé par les Chambres des Métiers et de l'Artisanat pour "mettre à la disposition des consommateurs l’expertise des artisans tout en encourageant l’économie de proximité et la consommation responsable." En gros, redorer le blason des petits métiers de proximité, qu'on a laissés disparaître, et encourager le consommateur à faire retaper sa bonne vieille machine à laver plutôt que de profiter du prochain Black Friday pour enrichir Pékin, remplir les déchetteries et ruiner la planète.

Artisans engagés à se rengager

Encore faut-il retrouver ces précieuses petites main inconsidérément considérablement mal considérées par le passé. Heureusement, il en reste des motivés. 8138 d'entre eux se sont déjà fait connaître auprès des Chambres des Métiers et de l'Artisanat pour bénéficier du label et s'engager derrière la devise : On répare et ça repart ! Des produits français, réparables localement, durables, respectueux de l'environnement, on en rêve. 

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Répar'acteur est le nouveau label des Chambres de Métier et de l'Artisanat pour promouvoir les réparations par des artisans locaux plutôt que l'achat en neuf systématique. Proposition vertueuse ©France télévisions

Porte-monnaie et tournevis

En Dordogne, 36 Répar'acteurs ont déjà adhéré. Thierry Colonna fait partie de ces artisans 2.0. Son truc à lui, c'est l'électroménager. Autopsier un téléviseur pour le ramener à la vie ne lui fait pas peur. Depuis, les astres s'alignent, le covid et la crise semblent aller dans son sens : "les gens étant confrontés à leurs appareils au quotidien, ils se sont aperçus de l'importance qu'ils avaient", sourit-il. "Et puis le coût économique, effectivement..."

Adieu la prime à la casse, bonjour la prime à la réparation

Raisonnement d'autant plus juste que le Gouvernement lui-même met la main à la poche depuis 2023 avec son bonus de réparation, portant désormais sur 73 appareils et même sur les réparations textiles ou chaussures. À condition bien sûr de faire appel à un de ces réparateurs agréés. Attention, ils risquent vite d'être surchargés de travail.

Mais pas d'inquiétude, l'offre suivant généralement de peu la demande, le réseau de réparateurs, qu'ils soient "Répar'acteurs" ou pas, devrait s'étoffer mécaniquement au fil du temps et des demandes. Ça tombe bien, il était plus que temps de réparer ce tissu économique de petits métiers.