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France 3 : pourquoi les seniors sont fidèles à leur chaîne de télévision

La moyenne d'âge des téléspectateurs de France 3 est de 62 ans. / © MICHELE DELPY / MaxPPP
La moyenne d'âge des téléspectateurs de France 3 est de 62 ans. / © MICHELE DELPY / MaxPPP

L'âge moyen des téléspectateurs de France 3 est de 62 ans. Une génération qui a vu naître la télévision et qui semble plébisciter la 3e chaîne du service public. Pour les séniors France 3 symbolise, entre autres, la proximité.

Par E.A et C.O

"Moi ? À 19 heures, je suis sur la 3 !". Jean-Louis Geniez a 77 ans, il vit à Coulounieix-Chamiers en Dordogne. Et tous les soirs, c’est le même rituel : "je me branche sur France 3 et je regarde le journal régional, local puis national !". Comme ce retraité, de nombreux seniors optent pour la "chaîne bleue" du service public.

Selon une récente étude de NPA Conseil,  l'âge moyen des téléspectateurs de France 3 en 2018 était précisément de 62,9 ans (contre 60,7 en 2014). La chaîne se place juste derrière Arte (63,1 ans), et devant France 5 (62,2 ans).  Sur le graphique ci-dessous, on observe que le public de la télévision prend de l'âge au fil des ans. 

Moyenne d'âge des chaînes gratuites en 2014 et 2018. / © Source : NPA Conseil sur données Médiamétrie
Moyenne d'âge des chaînes gratuites en 2014 et 2018. / © Source : NPA Conseil sur données Médiamétrie


 

"La génération télévision"

La télévision est née dans les années 30, mais rares sont les foyers à en posséder une à l'époque. Ils ne seraient qu'une centaine en 1932 ! Comme en témoigne cette photo de l'Agence France Presse, dans les années 60, beaucoup de Français sont encore obligés de se déplacer dans des bars, pour y avoir accès. Ce n'est finalement que dans les années 70 que le petit écran va réellement faire son entrée chez les Français. 
 
Des Parisiens regardent dans un café, peu après 20 heures, le 29 janvier 1960, l'allocution du président de la République Charles de Gaulle, diffusée par la radio et la télévision. / © UPI / AFP
Des Parisiens regardent dans un café, peu après 20 heures, le 29 janvier 1960, l'allocution du président de la République Charles de Gaulle, diffusée par la radio et la télévision. / © UPI / AFP

"Oui bien sûr, c'est la "génération télévision", explique Eric Macé, sociologue spécialiste des médias et professeur à l’Université de Bordeaux II. "Ils l'ont vue naître", et grandir, tel un enfant. Les seniors ont d'abord connu le tube cathodique. Comme le montre cette image postée par l'INA sur Instagram, où l'on peut voir une famille déjeuner devant la télévision en 1967.
  
Désormais, c'est un écran plat qui trône dans le salon, qui a bien souvent été aménagé autour de celui-ci. La télévision demeure pour les seniors "une présence" incontournable. Et force est de constater que lorsqu'ils allument leur télé, c'est bien souvent sur France 3 qu'ils "se branchent". 


"Une question d'horaires"

Si les journaux régionaux sont plébiscités par les seniors c'est avant tout pour des raisons pratiques. Les journaux télévisés sont diffusés à midi pour le 12/13 et à 19h pour le 19/20. Des créneaux, moins compatibles avec le style de vie moderne.

Rares sont les actifs urbains à pouvoir être devant la télévision à ces horaires-là. Tandis qu'en province et plus particulièrement à la campagne les repas se tiennent plus tôt. On y déjeune et dîne bien souvent devant la télévision, notamment devant le journal régional.
© Capture d'écran France 3 Bretagne
© Capture d'écran France 3 Bretagne
 


France 3 : "un rituel familier"

"Pour les seniors, la télévision, c'est avant tout un rendez-vous", continue Eric Macé, spécialiste des médias. "Un rendez-vous avec des visages familiers, comme celui de Stéphane Bern". Ces animateurs ou présentateurs finissent par faire presque partie de la famille. 

C'est un moment, qui ressemble presque à un "rituel".


"À partir de 18 h 10, je regarde Questions pour un champion, après je passe aux informations régionales et nationales puis la météo avec Anne-Sophie Roquette", explique Anne-Marie Gournay, 87 ans, habitante de Boulogne-sur-Mer. 

Et la retraitée ne s'arrête pas là : "Je regarde Un Si Grand Soleil, Plus Belle La Vie, et après si ça m'intéresse, je reste sur la 3 ! Par exemple, ce soir, je vais regarder France 3 !"

Plus que le contenu, "les seniors sont à la recherche de rendez-vous", détaille le sociologue Eric Macé. Ils sont attachés aux documentaires (ce qui explique aussi le bon positionnement d'Arte auprès de cette génération), à leurs JT régionaux et locaux, ainsi qu'à certaines émissions comme "Des Racines et des Ailes" diffusée deux mercredis par mois en première partie de soirée.
 
Bande annonce de l’émission Des Racines et des Ailes
 


La carte de la proximité...positive !

"Avoir des nouvelles locales, c'est primordial et c'est intéressant", explique Pierre Lapeyre, retraité dans les Landes. Fidèle à France 3, il lit également le journal Sud Ouest pour se tenir informé des actualités régionales. Une évidence, d'après le sociologue :

Le public de France 3 Régions est le même que celui de la presse quotidienne régionale. D'ailleurs, la majorité des abonnés de la PQR est à la retraite.

Pierre Lapeyre va plus loin. D'après lui, la chaîne régionale parle de la campagne et "elle en parle bien". "Les journaux nationaux parlent mal de nous, le Round-Up tout ça... Le seul journal national à bien parler de nous c'est le 13 h de TF1", rage le retraité agricole. Effectivement le journal de Jean-Pierre Pernaut est au plus près de la ruralité comme le montre ce post Instagram évoquant le concours du plus beau marché de France. Un concours qui parle aux ruraux soucieux de voir leur campagne représentée sur le petit écran. 


Une télé qui choisit ses mots pour parler de tous les publics

Les seniors ne regardent pas France 3 parce que la chaîne ne parle que d'eux et ne s'adresse qu'à eux. Bien au contraire. "Nous sommes une télévision publique qui s'adresse à tous les publics, nous essayons d'intéresser le plus grand nombre" explique Xavier Riboulet rédacteur en chef de France 3 Aquitaine. "Nous ne faisons pas de reportage exclusivement pour le 3e âge". C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous n'avons pas de journaliste "spécialisé seniors", nous sommes des journalistes tout terrain, c'est notre force, notre spécificité".  
Une ligne éditoriale, détaillée dans cette interview audio, qui plairait à la nordiste Anne-Marie Gournay :

  Je n'aime pas regarder des reportages sur les maisons de retraite, ça me rend triste, confie-t-elle. 

Loin d'être nombrilistes, les retraités n'ont visiblement pas envie qu'on ne leur parle que d'eux. Ils souhaitent que les médias évoquent tous les sujets à travers toutes les générations. Pierre Lapeyre partage cet avis : "je veux voir des reportages sur la vie de tous les jours, sur tout le monde, pas nécessairement sur les seniors". "Ce qui est intéressant, c'est de voir ce qui change". Reste à savoir comment parler de tout et à tous.   
   
"En revanche, on ne va pas parler "verlan"", sourit Xavier Riboulet. "Bien sûr, on choisit la façon de raconter l'histoire, d'écrire le reportage, de l'illustrer, car on sait que l'on s'adresse surtout aux seniors" poursuit le rédacteur en chef. Pour autant, "parfois ça patine" rigole Pierre Lapeyre :

Il y a des reportages, souvent sur les jeunes, où je ne comprends pas certains mots, notamment en anglais. Mais ce n'est pas grave, je demande aux jeunes de m'expliquer, je cherche à comprendre, s'amuse le retraité.


Si les personnes du 3e âge ne peuvent se passer de la télévision, ils suivent aussi les évolutions de la société. Grâce à leurs enfants et petits enfants, beaucoup ont appris à utiliser facebook. Nombreux sont les sexagénaires à avoir un compte. "C'est une génération qui est adepte de la télévision mais qui pratique aussi un peu le numérique", explique Eric Macé. "La génération d'après cumule les deux, mais regarde de moins en moins la télévision, tandis que les jeunes eux ne regardent pas ou très peu la télé". Depuis plusieurs années, France 3 a donc aussi réussi à capter certains seniors sur les réseaux sociaux. 

La preuve avec Jean-Louis, branché sur sa télé, mais aussi ultra-connecté ! Pour nous envoyer une photo de lui, il l'a fait instinctivement via facebook, plutôt que par e-mail comme nous lui avions naïvement demandé... 

 

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