Portage de repas par les postiers à Biganos : un service à la personne ou une opération de communication ?

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Écrit par C.O avec Hélène Chauwin et Bertrand Joucla-Parker

C’est une première en Gironde. A Biganos et Mios, plus de 500 repas sont ainsi livrés chaque semaine. Une preuve s’il en fallait une que les services à la personne sont dans l’ADN des postiers.

Ce dispositif avec La Poste, gratuit, existe depuis le 1er janvier 2021 et s’adresse aux bénéficiaires du CCAS, le centre d'action sociale. Et c’est le nouveau fournisseur de repas, Sogeres, qui a sollicité La Poste pour assurer la livraison aux bénéficiaires du CCAS. Une réponse positive plus tard et l’opération était lancée pour la première fois en Gironde. Aujourd’hui, ils sont une quarantaine sur chaque commune à pouvoir en bénéficier. Jusque là, c'était une entreprise privée qui les livrait et non leur facteur.

"Après une expérimentation lancée en 2017 en Corrèze, et de premiers contrats signés notamment à Rochefort (Charente-Maritime), un nouveau service de portage de repas est actif depuis janvier 2021, pour les CCAS de Biganos et de Mios, en partenariat avec la Cuisine Centrale Sogeres à Bordeaux", explique La Poste. 

Il s’agit du premier service de portage de repas effectué par La Poste en Gironde.

La Poste

Portage de repas par les postiers à Biganos : un service à la personne ou une opération de communication ?

« C’est vraiment l’isolement », Viviane Mikoda  84 ans

Viviane Mikoda, 84 ans, fait partie des bénéficiaires. Tous les jours, c’est désormais Jessie qui passe lui porter son repas. La retraitée note clairement « une amélioration gustative », mais pas uniquement. « Le précédent passait très tôt », se souvient-elle.

Il déposait le menu sur la marche et il repartait aussitôt. Donc, on échangeait rarement des paroles sauf si par hasard je me levais un peu plus tôt, même si de toutes façons je suis matinale.

Viviane Mikoda, 84 ans

"Jessie passe à une heure un peu plus compatible avec le peu d’activités que je fais le matin", poursuit Viviane Mikoda. "En raison de la maladie actuelle qui évidemment fait beaucoup parler, ça devient répétitif malheureusement. Et puis le voisinage, les habitants ne bougent pas ou alors c’est en voiture, vite vite on va faire les courses ou alors c’est un signe de la main et puis c’est tout. Il n’y a pas de contact. C’est vraiment l’isolement. Heureusement, je bénéficie de suffisamment d’espace et de pouvoir marcher dans la nature ».

« Etre partout dans les territoires et apporter un soutien à la population », maire de Biganos

Ce dispositif s’ajoute au service « Veiller sur mes parents » mis en place en 2015. Au cœur de cette action, les postiers, dont le rôle en tant que lien social est incontestable. « Ce qu’on attend de La Poste, c’est ce qui fait aujourd’hui la force de La Poste, c’est d’être partout dans les territoires et d’apporter un soutien à la population", explique Bruno Lafon, maire de Biganos.

Et là, ce qu’on veut en plus du portage du repas, c’est que le postier ou la postière s’occupe de la personne ou du moins lui demande des renseignements et voit au jour le jour si ça va bien, si elle est en bonne forme, s'il n’y a pas un problème particulier. 

Bruno Lafon, maire de Biganos

"Et ça, ils ont la capacité de le voir", poursuit le maire. "C’est d’autant plus important que dans la situation que nous vivons aujourd’hui, il faut être au jour le jour au plus près de nos concitoyens et notamment ceux qui peuvent être en difficulté comme les personnes âgées ».

« On appelle ça la Silver économie », Jessie Laffite, postière

La Poste fait face depuis plusieurs années à une baisse de son activité. Internet a changé nos modes de communication et le courrier papier est passé loin derrière les échanges numériques. « On cherche différents moyens pour être toujours présents », explique Jessie la postière. Selon la direction, les facteurs ont distribué 1 million de repas sur toute la France en 2020.

Actuellement, on appelle ça la Silver économie, surtout au niveau des personnes âgées. Et il y a d’autres campagnes qu’on peut avoir avec notamment des entreprises qui nous emploient pour des questionnaires.

Jessie Laffite, postière

Jessie Laffite travaille à La Poste depuis quinze ans. Elle a arrêté de traiter le courrier pour se dédier à ces nouvelles activités. Ils sont deux à s'occuper de ce portage de repas. Jessie Laffite est en charge de la commune de Biganos, l'autre de Mios. Le matin entre 8h et 11H30, elle livre donc une quarantaine de repas. Pas besoin d’avoir fait l'Ecole Polytechnique pour comprendre qu’elle dispose finalement d’assez peu de temps à consacrer aux bénéficiaires. Alors elle priorise et consacre un moment plus long à ceux qui le nécessitent.

« Une belle opération de communication », Xavier Dauga (SUD)

Pour Xavier Dauga, responsable du syndicat SUD distribution pour les facteurs, « C’est du fouttage de gueule king size ». 

On est sur du « Deliveroo postal », sauf que ce n’est pas en vélo mais en voiture mais avec le même mépris pour l’agent et que pour les personnes livrées, c’est-à-dire des usagers considérés comme des clients.

Xavier Dauga (SUD)

"Il faut savoir que tous ces nouveaux services représentent, quand on écoute la direction, l’avenir de La Poste pour contrer la baisse des courriers. Mais ce pourcentage, c’est moins de 2% du chiffre d’affaires de la distribution. Donc c’est un gigantesque nuage de fumée. Avec en plus, le « veiller mes parents » dont la publicité a du coûter  plus cher que le service ne va rapporter. Ce sont des services qui ont peut-être une valeur pour les gens mais ce sont des pansements sur une jambe de vois, ce n’est pas ça l’avenir. Le repas à domicile, ce n’est qu’une opération de communication même s'il y a un service au bout ».

Par ailleurs, selon Xavier Dauga, « la plateforme de courrier de Biganos est en pleine réorganisation pour une application en avril ». 

Cette réorganisation est très importante et innovante mais il n’est jamais précisé dans la charge de réorganisation ce portage de repas sous prétexte que c’est un contrat de un an et donc considéré comme pas pérenne.

Xavier Dauga (SUD)

"Donc selon la direction, on ne peut pas l’intégrer dans une réorganisation plus longue". Une stratégie de la part de la direction qui aurait selon le syndicaliste des répercutions dans cette zone du bassin d’Arcachon. Car du bureau de Biganos dépendent ceux du Barp et de Marcheprime. "Dans ces deux bureaux, on va ainsi se retrouver avec des agents qui ne vont pas trier leur tournée et donc cela va être la pagaille dans les sacoches des facteurs ». Pour ce qui est des contrats de travail des facteurs en charge du portage des repas, la direction précise qu'il n'u aura "pas d’avenant à leurs contrats respectifs, car les nouveaux services de proximité, tels que le portage de repas ou le service « Veiller sur mes parents » sont intégrés aux missions que les facteurs peuvent être amenés à effectuer en complément de l’activité traditionnelle (distribution du courrier, livraison de colis)".

Et le responsable syndical de rappeler qu’une grève tournante touche la Gironde depuis mardi dernier contre la suppression de bureaux de poste et « la volonté de la direction de ne pas avoir de bureaux à moins de 15km les uns des autres ». Aujourd’hui, les agents de Saint-André de Cubzac sont en grève. Jeudi ce sera Coutras. Un appel à la grève lancé par FO, la CGT et SUD.