Après Bordeaux, le centre hospitalier d'Arcachon appelle les patients à éviter les urgences, qui sont saturées

En plein chassé-croisé des vacances, du week-end de Pâques et du Salon nautique, le centre hospitalier d'Arcachon renouvelle le message diffusé dernièrement par le CHU de Bordeaux : il incite les usagers à faire le 15, au lieu de se rendre directement aux urgences.

La démarche du centre hospitalier d'Arcachon pourrait étonner alors que les services hospitaliers ont connu bien des épisodes de saturation, précédemment dus à l'épidémie de Covid-19. 

Des soignants en arrêt maladie

Le personnel hospitalier subit également les contaminations actuelles, que ce soit le Covid, la grippe et autres virus printaniers. Avec moins de soignants, il s'agit de réorganiser l'accueil. Ici, on explique que la saturation des urgences est déjà effective en temps de week-ends classiques. L'arrivée des vacances et son lot de nouveaux arrivants fait craindre une aggravation du problème.

Hausse des passages aux urgences

Rémy Lapeyre, le chef des urgences, souligne la tension générale qui existe dans tous les hôpitaux de France. Mais la Gironde est aussi un département de plus en plus attractif, ces dernières années. Cette hausse de la population locale a une incidence sur le nombre de passages aux urgences qui avait déjà augmenté de 18% en 2021.

Ainsi, depuis janvier, le centre arcachonnais a dénombré 9900 passages aux urgences contre  8500 à la même date (soit +16%). Pour exemple, le chef de service explique que, ce jeudi 14 avril, il y a eu 128 passages aux urgences. Un chiffre qui correspond habituellement à une journée du mois d'août, quand le centre hospitalier connaît sa fréquentation maximale avec les estivants. Ce chiffre est également haut à Libourne (154) ou à Bordeaux (158) mais il est à relativiser. Les personnes sont prises en charge et mobilisent les moyens des urgences (temps, espace, personnels d'urgence,...) mais leurs profils de soins ne relèvent pas, pour beaucoup, d'une situation d'urgence.

Manque de lits

Réorienter le soin et les besoins, c'est un premier pas qui ne pourra pas, malgré tout,  résoudre le manque d'effectifs, en médecins et infirmiers notamment, et de moyens. Car c'est tous les jours qu'ils doivent s'adapter à cette affluence, au manque de lits. Il faut parfois 4 ou 5 heures avant de trouver une solution pour un patient des urgences qui doit être hospitalisé. C'est un ras-de-bol des personnels soignants qui ont beaucoup donné mais ne voient pas de répit ni de retour à la normale.

Faites le 15, ne venez pas aux urgences

C'est pourquoi, le centre en appelle au civisme de chacun. L'idée est d'enseigner les bons gestes et réflexes et cas d'accident avec un acteur majeur : le 15, en mesure de vous diriger vers la personne ou le service le plus adapté. Relayés par l'ARS de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine ces messages se veulent pédagogiques:

  • en journée, joignez votre médecin traitant sauf en cas d'urgence (le 15)
  • en soirée ou la nuit, faites le 15 qui, selon votre cas, saura vous rediriger ou vous envoyer un véhicule

Des services devront fermer cet été

A Arcachon selon M. Lapeyre, on compte près de 40 000 passages par an aux urgences, pour un établissement qui est prévu pour 17000... Une situation qui ne devrait pas vraiment s'améliorer cet été et dans les mois à venir, voire jusqu'à la restructuration hospitalière tant attendue, horizon 2024. 

On sait déjà, au centre hospitalier d'Arcachon, que pour la saison estivale, il n'y aura pas assez d'effectifs, de lits d'aval (après une entrée aux urgences) et qu'il faudra, de toute façon, fermer des services...

Laissons les urgences aux urgences

Avec les congés, et peut-être la difficulté de joindre son médecin traitant, certains ont souvent, à tort, le réflexe de se rendre directement aux urgences, sans vérifier si le cas relève du domaine de l'urgence. Outre l'attente aux urgences, vous risquez en plus de perturber le service et retarder des soins pour des cas nécessitant une prise en charge rapide voire vitale...

C'est pourquoi, la semaine dernière déjà le CHU de Bordeaux avait alerté sur une situation critique de ses services : "le 15, C'est le réflexe à avoir pour garantir les bons soins à tous les patients, il faut laisser les urgences aux urgences, aux personnes qui en ont réellement besoin".