10 mai 1981 : l'élection de Mitterrand suscite espoir ou crainte et lance la carrière nationale d'élus aquitains

Après 23 ans sans alternance, la France bascule à gauche le 10 mai 1981 en élisant François Mitterrand à l'Elysée.
En Gironde, sa victoire déclenche fête populaire chez les uns et peur du lendemain chez les autres. Bordeaux bascule. Sans pour autant rebattre durablement les cartes politiques.

François Mitterrand, vient d'être élu président de la République. Il arrive dans la nuit du 10 au 11 mai 1981 à son quartier général de campagne, au 10 rue de Solférino, à Paris.
François Mitterrand, vient d'être élu président de la République. Il arrive dans la nuit du 10 au 11 mai 1981 à son quartier général de campagne, au 10 rue de Solférino, à Paris. © Michel Clement/Dominique Faget / AFP

Le 10 mai 1981, Bordeaux bascule à gauche pour la première fois depuis la création de la cinquième République.
Dans une ville tenue par la droite et dirigée par Jacques Chaban-Delmas, le premier secrétaire national du parti socialiste passe devant le sortant Valery Giscard d'Estaing pour 2 515 voix. A l'échelle départementale, la victoire de François Mitterrand est plus nette en Gironde avec 57 % des suffrages, au-dessus de son score national de 52 %.

L'annonce de sa victoire déclenche une liesse populaire place de la Victoire à Bordeaux où ses supporters se réunissent. Certains ont une rose à la main, d'autres une photo du candidat élu, comme en témoignent les images télévisées du journal régional.

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Election Mitterrand 10 mai 1981 Bordeaux Place Victoire

 

Une victoire qui inquiète en coulisse

La victoire de François Mitterrand est un coup dur pour la droite :
 

En coulisse, certains se demandent même si les institutions françaises résisteront à cette alternance politique.

Jean Petaux, politologue

Dans son livre-entretien consacré à Michel Sainte-Marie, l'une des figures politiques de la Gironde et ancien président socialiste de la Communauté urbaine de Bordeaux sous Chaban, le politologue Jean Petaux raconte les confidences de Jacques Chaban-Delmas au lendemain du 10 mai 81 :

"Michel Sainte-Marie est invité à dîner avec son épouse chez les Chaban à Bordeaux, quelques jours avant la prise de pouvoir de Mitterrand. Chaban est très inquiet. Il pense que son ami Mitterrand (ils se connaissent comme anciens combattants) ne va pas tenir le choc face aux communistes, ses alliés."
A l'époque, dans la classe politique française, c'est d'ailleurs l'état d'esprit général de la droite modérée, ajoute le politologue.

Quelques semaines plus tard, une vague rose déferlera aux législatives de juin, balayant au passage les communistes et la droite.

Rétrospective régionale élection François Mitterrand 10 mai 81

Envie de changement et esprit de revanche à Bordeaux

Si la victoire de François Mitterrand soulève des inquiétudes à droite notamment, elle génère aussi de nombreuses attentes chez les électeurs.
Une envie de changement est exprimée, avec plus ou moins d'espoir, comme on le constate au marché de la place Saint Michel à Bordeaux avec ce reportage de la télévision régionale.

 

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10 mai 1981 élection François Mitterrand réactions à Bordeaux

 

La victoire de François Mitterrand à Bordeaux s'explique également par la revanche d'une partie des chabanistes.

A l'époque, rappelle Jean Petaux, une partie de l'électorat de droite n'a pas voté pour Valéry Giscard d'Estaing, en représailles au premier tour de la présidentielle de 1974. Cette élection, anticipée en raison du décès du président Georges Pompidou, voit s'affronter François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chaban-Delmas. Ce dernier sera sèchement battu par Valéry Giscard d'Estaing.

Chaban et Mitterrand se retrouveront un an jour pour jour après la présidentielle. 
François Mitterrand revient à Bordeaux en mai 1982 pour un discours devant la Fédération nationale de la mutualité française. Il se rend dans la foulée au centre national Jean Moulin consacré à la Résistance, à la Déportation et aux Forces Françaises Libres. Il y retrouve le maire de Bordeaux et créateur du centre Jean Moulin. Jacques Chaban-Delmas rend alors un chaleureux hommage républicain à cet adversaire politique, compagnon de combat.

 

 

L'entrée en scène nationale d'élus régionaux

En juin 1981, les législatives sont largement remportées par les socialistes avec 266 sièges sur 333 pour la majorité présidentielle. En Gironde par exemple, seulement deux des dix circonscriptions restent à droite.

Conséquence : de nombreux députés, âgés entre 30 et 40 ans, font leur entrée sur la scène politique nationale.
Des élus aquitains comme la député girondine Catherine Lalumière ou le député landais Henri Emmanuelli deviennent ministre ou secrétaire d'Etat.

Le député landais Henri Emmanuelli perce sur la scène nationale avec l'élection de François Mitterrand en 1981. Il sera secrétaire d'Etat sous sa présidence puis président de l'Assemblée nationale.
Le député landais Henri Emmanuelli perce sur la scène nationale avec l'élection de François Mitterrand en 1981. Il sera secrétaire d'Etat sous sa présidence puis président de l'Assemblée nationale.


A l'époque, pas de règle de non-cumul des mandats. Mais François Mitterrand oblige un ministre déjà président de Conseil régional à laisser son siège.

Le palois André Labarrère, ministre délégué en charge des relations avec le Parlement, quitte donc la présidence du Conseil régional d'Aquitaine. S'ensuit une bataille entre le socialiste Philippe Madrelle et un proche de François Mitterrand, un certain Roland Dumas, note le politologue Jean Petaux.
Philippe Madrelle l'emporte et cumule alors les mandats de sénateur, président du Conseil régional, président du Conseil général et maire de Carbon-Blanc.

 

"Après mai 81, l'alternance devient une valse à 2 temps"

La bascule de mai 1981 puis la vague rose de juin ne vont finalement pas redistribuer les cartes politiques dans la durée :

La balance électorale se remet vite en mouvement dès les municipales de 1983. En 1986, tout ce qui a été capitalisé par le PS s'est effrité. L'alternance deviendra une valse à 2 temps dans notre démocratie, une fois à gauche, une fois à droite.

Jean Petaux

En Gironde, le socialiste Philippe Madrelle perd ainsi en 1985 la majorité au département, au profit du RPR Jacques Valade. Il perd ensuite la Région. Jacques Chaban-Delmas lui succède. 
A la présidentielle de 1988, en revanche, François Mitterrand l'emporte nettement sur Jacques Chirac. Il obtient par exemple près de 57% des suffrages en Gironde, comme en 1981.

 

Et aujourd'hui à gauche ?

Elu en juin 2017 député de la 3 ème circonscription des Landes, celle d'Henri Emmanuelli, Boris Vallaud n'a pas eu de relation personnelle avec François Mitterrand et cette période-là, souligne le porte-parole du Parti socialiste. Mais l'élection du 10 mai 81 a bien évidemment un écho particulier chez celui qui est en charge des questions européennes au PS :

"Dans ce monde politique d'un PS très affaibli, quarante ans après, on contemple mai 81 avec l'envie d'une forme de résurrection du peuple de gauche et de l'espérance. La leçon qu'on en retire aujourd'hui, c'est le chemin de l'union de la gauche qui peut être long et qui nécessite de la détermination."

© F3 Nouvelle Aquitaine

 

A un an de la présidentielle de 2022, cette union de la gauche réussie en son temps par le candidat Mitterrand ressemble fort, pour l'heure, à une Arlésienne.

 

 

A l'occasion des 40 ans de l'élection à l'Elysée de François Mitterrand, les antennes de France 3 en Nouvelle Aquitaine vous proposent une émission spéciale, le dimanche 9 mai à 11 heures.
Durant une heure, témoignages et reportages vous feront revivre cette page d'histoire vue de notre région ainsi que l'héritage politique des deux septennats de François Mitterrand.
Emission présentée depuis le musée François Mitterrand à Jarnac en Charente par Laïd Berritane.
Rédaction en chef : Franck Omer.

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