Assassinat des époux Muller à Izon. "Froid" et "peu explicite", David Daouphars, confronté à ses fantasmes lors de la reconstitution du drame

Moment crucial de l’enquête, ce jeudi 11 avril, une reconstitution de l’assassinat des époux Muller, se tenait à Izon, en Gironde. En présence de David Daouphars, l’auteur présumé du double assassinat, la reconstitution devrait permettre d’élucider les zones d’ombres des dernières heures de Sylviane et Jean-Claude Muller.

Route de Saint-Sulpice à Izon, à une vingtaine de kilomètres de Bordeaux. Des voitures de gendarmes patrouillent dans les alentours. Quelques voisins, curieux, tentent de comprendre ce qu’il se prépare. La maison de Sylviane et Jean-Claude Muller, fermée depuis 2019, est le théâtre d’une reconstitution. Celle des époux, habitants d’Izon depuis une vingtaine d’années, sauvagement assassinés par leur voisin. 

Périmètre restreint 

Vers 13h, le périmètre de sécurité est mis en place, à peine quelques centaines de mètres de part et d’autre du logement de ce quartier pavillonnaire. Le crime s’est déroulé dans une zone restreinte : l’auteur présumé habitait la maison en face de celle de ses victimes.

David Daouphars est d’ailleurs présent sur les lieux, transporté par un véhicule de l’administration pénitentiaire vers 13h15, venu de Gradignan ou le quinquagénaire est placé en détention provisoire. "Il est apparu assez affecté par rapport aux seules images qu'on avait de lui. Il était aigri et peu causant, assez froid devant l'horreur de ce qu'il y avait à reconstituer", indique Me Arnaud Dupin, l'avocat des filles des époux Muller.

Deux des trois avocates de l'accusé, Me Liblanc-Neveu et Me Michaud, sont également présentes. Du côté des victimes, Natacha, l'une des deux filles du couple, assiste aussi à la reconstitution. À ses côtés, Me Arnaud Dupin l'accompagne.

Bloqués par les fourgons de gendarmerie, aucune image de l'accusé, ni même de la reconstitution, qui se déroule en majeure partie dans la chambre de Jean-Claude et Sylviane Muller. "Ça s'est passé dans une toute petite chambre exigüe. J'ai vu beaucoup de crime, mais à ce niveau à arme blanche, très rarement", confie Me Arnaud Dupin.

Pendant plus de quatre heures, les enquêteurs reviennent, avec précision, sur les événements sordides de cette nuit du 14 au 15 décembre 2019. Selon nos sources, David Daouphars apparaît froid et "peu explicite quand on est dans le dur". "S'il ne veut pas jouer ces scènes, ou nous le dire, c'est sa conscience", précise, de son côté, Me Arnaud Dupin.

Le dur, ce sont ces longues minutes, teintées d'une violence inouïe qui ont précédé la mort des époux Muller. Pour quelle raison ce voisin, inconnu des services de police, père de famille et marié, s’est-il adonné à un tel déchaînement de violence ? "Il y a beaucoup d'interrogations. Le propre de la reconstitution, c'est de confronter les éléments médico-légaux avec les versions. Ici, il y a deux mondes", affirme Me Arnaud Dupin, l'avocat des parties civiles.

 

On a désormais une image, certes traumatique, de ce qu'il a pu se passer cette nuit-là. Mais il manque encore des gros bouts de l'histoire.

Me Arnaud Dupin

Avocat des filles des époux Muller

Car depuis quatre ans, les grandes lignes de cette nuit macabre sont claires. Les époux sont violemment assassinés, étranglés et poignardés d’une vingtaine de coups de couteau pour Jean-Claude Muller, dont une vingtaine dans la région du cœur. Sylviane Muller est violée à l'aide d'un babyphone, égorgée et poignardée à 43 reprises. Leur fille les retrouvera nus, gisants dans une mare de sang, le lendemain.

Fantasmes et "mensonges odieux"

Selon l’accusé, cette scène de massacre est en réalité la conséquence de gestes de défense de cet homme. Le 28 novembre, lors d’une audition avec le juge d’instruction, David Daouphars évoque un crime passionnel, révèle, quelque mois plus tard, le journal Le Parisien.

Selon David Daouphars, il aurait eu  rendez-vous avec sa voisine, Sylviane Muller, dans le cadre d’une amourette entamée quelques mois plus tôt. Au domicile des Muller, il se retrouve face à Jean-Claude Muller. Une bagarre aurait alors éclaté entre les deux hommes, poussant David Daouphars à sortir un couteau et égorger Jean-Claude Muller. Sylviane Muller, serait, elle, une victime collatérale, touchée tandis qu'elle tentait de s’interposer. Sa violence aveugle, il l’explique comme une “perte de contrôle”. "Les versions données récemment sont des choses qui font très mal. Ce sont des mensonges odieux qui sont infirmés par des éléments du dossier", regrette Me Arnaud Dupin.

 Si aucun élément de ces déclarations n'a pu être confirmé, les investigations ont révélé l'obsession de cet homme pour Sylviane et ses deux filles. Pendant dix ans, l'homme a photographié, épié les trois femmes depuis son jardin. Son ordinateur a également révélé des recherches internet en lien avec elles.

Réclusion à perpétuité

Troubles psychiatriques, traits psychopathes, l’analyse psychiatrique de l’accusé sera l’un des tournants majeurs de cette enquête et une pièce clé du dossier. Car pour David Daouphars, implacable, la vérité sur cette soirée est difficile à confesser. Au lendemain du drame, il avait répondu à nos journalistes, venus sur place. Il témoignait alors son choc. "On ne mangeait pas ensemble, mais enfin, on se connaissait quand même un peu, ça fait tout bizarre”, avait-il alors confié à France 3 Aquitaine.

Dernier point de cette reconstitution : la tentative d’incendie du domicile. Des traces d’un départ de feu avaient été relevées, en décembre 2019. David Daouphars tentait-il de faire disparaitre les corps dans un incendie ou cherchait-il seulement à dissimuler certaines preuves ?

Interpellé le 13 novembre 2023, le cinquantenaire originaire de Cenon nie d’abord les faits. Il avouera finalement en garde-à-vue, sans explication, acculé par les preuves. Son ADN, notamment, a été retrouvée sous les ongles de Sylviane Muller. S’il est reconnu coupable, l’accusé encourt la réclusion à perpétuité.