Bordeaux s'affiche en disant stop au racisme et à la montée de l'antisémitisme

Stop au racisme et à l'antisémitisme : Bordeaux se mobilise dans une campagne d'affichage inédite. Du 13 au 27 mars, les panneaux de la ville vont se parer de messages clairs sur les conséquences de tels faits. Une manière pour elle de répondre à un phénomène croissant.

Ces quatre affiches sont la nouvelle campagne de Bordeaux contre le racisme et l'antisémitisme. Elles vont être aux vues de tous Bordelais durant deux semaines.

Celles-ci soulignent avant tout le "racisme ordinaire", celui qui ne donne pas nécessairement lieu à une plainte, mais qui peut avoir des conséquences très importantes sur la vie des personnes discriminées. 

Racisme ordinaire 

"C’est bien que la mairie se positionne et notamment sur les conséquences de tels actes" commente Erwan Nzimenya, président de SOS Racisme à Bordeaux, qui parle de "racisme décomplexé". Comme d'autres représentants d'associations luttant contre le racisme, il a fait partie des réunions qui ont conduit à cette campagne. Car, quotidiennement, ce défenseur des droits dénonce les répercussions des discriminations sur le quotidien des victimes. Il évoque ainsi, tel un inventaire à la Prévert, le bien-être dans la vie étudiante, l'accès au logement ou encore à l’emploi.

Pour réaliser ces affiches, la mairie de Bordeaux et les acteurs associatifs ont fait le choix de s'appuyer sur des statistiques nationales, qui traduisent toutes une vie de difficultés pour les personnes discriminées et un racisme bien ancré dans la société française. 

"Ces chiffres nationaux traversent toute la société, il n’y a pas de lieu en France qui ne soit pas touché", pointe Olivier Escots adjoint au maire de Bordeaux, en charge du handicap et de toutes les discriminations. 

Les personnes discriminées souffrent en silence

"Les enquêtes de victimisation sont plus fiables que les plaintes", précise le président de SOS Racisme Bordeaux. "Quand 9 personnes noires sur 10 disent avoir vécu des discriminations, elles ne sont pas toutes allées porter plainte" dit-il.

Pour représenter cette réalité, la Ville a missionné une sociologique dans le but d'aller sur le terrain et de sonder le sentiment et l'expérience de chacun.

Ce sont des messages pour visibiliser cette réalité dont les personnes discriminées souffrent.

Olivier Escots

Adjoint au maire de Bordeaux en charge du handicap et toutes les discriminations

À l'épreuve des statistiques bordelaises

Difficile de dresser un état des lieux réaliste, cependant les chiffres existants permettent tout de même d'établir une première photographie de la société bordelaise. "Rappelez-vous les tags sur les locaux de certaines associations ou les descentes racistes à Saint-Michel par un groupuscule d'extrême droite", se désole Olivier Escots. 

Cette comptabilité des actes racistes et antisémites à Bordeaux est effectuée par un comité opérationnel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme et la Haine anti-LGBT (CORAH) auxquels participent le parquet et la préfecture.

Cependant, tempère la procureure de la République de Bordeaux qui y participe, "un chiffre "noir" demeure sans doute, compte tenu de la difficulté majeure qui réside encore dans la remontée d'informations via des plaintes ou des signalements" avant d'ajouter : "C’est en ce sens que le travail des associations est important et d’une aide essentielle aux forces de sécurité intérieures et à la justice." 

Hausse des actes antisémites 

Le dernier CORAH s'est tenu en décembre dernier et a permis de dresser le bilan de l'année 2023, dont le décompte des actes antisémites.

Nous avons observé une hausse de ces phénomènes sur le ressort du tribunal de Bordeaux. Ces chiffres sont malgré tout faibles en nombre, avec 15 cas d’antisémitisme recensés, contre 5 l’année dernière.

Frédérique Porterie

procureure de la République

Cependant, il est notable de remarquer que sur ces 15 actes antisémites, 13 ont été commis après l'attaque du Hamas en Israël. Ils concernent pour la plupart des dégradations ou des détériorations volontaires de biens, mais également des menaces de mort ou des provocations à la discrimination. 

"Ce sont des faits de nature juridique faible, mais un sentiment d’insécurité s’installe", commente la procureure de la République de Bordeaux. "Des discours d’ultra-gauche sur la Palestine et Israël sont à noter dans le monde étudiant."

Par ailleurs, le comité a pu constater "un affaissement des infractions du fait de l’origine, de l’ethnie ou de la nationalité pour l’année 2023, passant de 126 infractions en 2022 à 113 infractions (relevées par la police) au 08/12/2023", remarque Frédérique Porterie. 

L'engagement de Bordeaux

"La question d’une campagne, c'est un bon début, mais on ne se mouille pas vraiment", tempère Erwan Nzimenya, qui souhaite que la mairie fasse déjà le ménage au sein de ses instances. 

Nous, ce que l’on attend de la mairie de Bordeaux est qu’elle présente des mesures pour garantir un droit au logement, notamment. Elle peut, grâce à ses compétences.

Erwan Nzimenya

président de SOS racisme

Une requête qui s'accompagne par ailleurs de la demande d'un interlocuteur particulier à la mairie, afin de pouvoir traiter de ces problématiques. 

Tandis que l'élu bordelais en charge du handicap et toutes les discriminations évoque les suites qu'il entend donner à cette campagne. "Ce serait vain que je sois le seul élu à le porter. On embarque la politique de la ville", dit-il pour parler de la prochaine la tournée du Parlement mobile de fin mai à début juillet. Ce dispositif d'agora abordera le thème avec les Bordelais. "À raison d’un quartier par semaine. Sachant que la tournée passera par quatre quartiers prioritaires", précise l'élu, avant de conclure : "Ce projet n'est pas spécifique depuis le 7 octobre et la montée de l’extrême droite, c’est un projet au long cours."